« Quelqu’un m’a tiré dans le dos » : au procès de l’attentat du Thalys, le guitariste et le terroriste – Le Monde

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Mark Moogalian, professeur franco-américain de 56 ans, partie civile au procès du Thalys, livre son témoignage, jeudi 19 novembre.

« Comment teniez-vous la kalachnikov ? » La frêle silhouette de Mark Moogalian s’éloigne du micro et mime. On jurerait qu’il tient une guitare. Professeur d’anglais, ce Franco-Américain de 56 ans au timbre délicat est aussi musicien. Le 21 août 2015, il a tenu entre ses doigts une arme de guerre. Depuis ce jour, certains accords « de débutants » lui échappent. L’index de sa main gauche ne répond plus comme avant. La balle qui l’a traversé à bord du Thalys Amsterdam-Paris aurait pu le tuer.

Jeudi 19 novembre, la cour d’assises spéciale de Paris a commencé à entendre les parties civiles de l’attentat du Thalys, pour l’essentiel des passagers dont l’intervention a sans doute permis d’éviter un massacre. Dans son costume noir négligé, Mark Moogalian tient à faire une déclaration avant de répondre aux questions. Il raconte, comme on raconte un songe, comment il s’est retrouvé avec le fusil d’assaut de l’assaillant, la balle qui est ressortie par son cou, le sang qui en a jailli et le rêve qu’il a fait en sentant venir la mort.

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Il est environ 17 h 45. Mark Moogalian et son épouse, de retour d’une escapade à Amsterdam, sont installés voiture 12 près de la porte qui donne sur le sas où se trouvent les toilettes. Une dizaine de minutes plus tôt, Mark a aperçu un homme entrer dans les W.-C. avec une valise à roulettes et a trouvé cela « étrange ». Il se décide à entrer dans le sas. Un autre passager, Damien A., attend son tour. Cet employé de banque très discret, premier héros méconnu du Thalys, a demandé à garder l’anonymat et n’a pas souhaité témoigner au procès pour « raisons émotionnelles » : le président a lu à l’audience ses déclarations aux enquêteurs.

« Caméra cachée »

Le loquet tourne. Lentement, la porte s’ouvre. Ayoub El-Khazzani, un djihadiste marocain formé en Syrie, surgit torse nu des toilettes. Il porte un sac à dos sur le ventre, « comme on porte un enfant », dira Damien A. Sur le sac repose un fusil d’assaut. Les trois hommes se regardent. Damien A. pense à une « caméra cachée ». Il sourit. Mark Moogalian est persuadé qu’il s’agit d’un « déguisement » : « On venait d’Amsterdam, on ne sait jamais », glisse-t-il, provoquant quelques timides rires dans la salle.

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La blague ne dure pas. « Instinctivement », Damien A. se rue sur l’assaillant et le plaque contre une paroi : « J’ai du rester une dizaine de secondes dans cette position en lui serrant le cou des deux mains autant que je le pouvais. (…) C’est à ce moment-là que j’ai senti de manière assez brève sa faiblesse et que j’ai compris que j’avais une sorte d’ascendant sur lui : ses yeux ont commencé à clignoter, sa tête a tourné un peu vers le côté gauche et ses jambes flageolaient. »

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