Quand le pape François se prononce contre la reconnaissance faciale

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Quand le pape François se prononce contre la reconnaissance faciale

Alors que les dispositifs de reconnaissance faciale suscite l’adhésion d’un nombre croissant de collectivités en France, des voix se font entendre pour défendre le respect de la vie privée. On ne l’attendait pas forcément là, mais le pape François s’est positionné en fin de semaine dernière contre cette technologie en associant le Vatican aux géants technologiques Microsoft et IBM pour promouvoir le développement éthique de l’intelligence artificielle (IA) et appeler à un renforcement de la réglementation.

Dans son Appel pour un intelligence artificielle éthique, le Vatican a exhorté l’ensemble de l’industrie technologique à « élargir les espaces de liberté qui pourraient être menacés par un conditionnement algorithmique ».

Au cours de la présentation de ce document, le pape François a apporté son soutien public aux deux géants américains tout en mettant en garde contre le danger que pourrait représenter le recours à l’intelligence artificielle pour extraire des données à des fins commerciales ou politiques, souvent à l’insu des individus.

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Le Vatican prône une approche « algor-éthique »

« De nouvelles formes de réglementation doivent être encouragées pour promouvoir la transparence et le respect des principes éthiques, en particulier pour les technologies avancées qui présentent un risque plus élevé d’impact sur les droits de l’homme, comme la reconnaissance faciale », ont relevé les responsables du Vatican, en l’absence du Pape. Pour ce faire, l’Eglise catholique prône le développement d’une « vision algor-éthique, c’est-à-dire une approche de l’éthique par la conception ».

Cette vision a pour but de promouvoir une utilisation éthique de l’intelligence artificielle basée sur des principes de transparence, d’inclusion, de responsabilité, d’impartialité, de fiabilité, de sécurité et de confidentialité. Autant de principes qui ne guident malheureusement pas le recours à la reconnaissance faciale, une technologie vue par certains dirigeants politiques sous le prisme sécuritaire.

« Les technologies basées sur l’IA ne doivent jamais être utilisées pour exploiter les gens de quelque manière que ce soit, en particulier les plus vulnérables. Au contraire, l’IA doit être utilisée pour aider les gens à développer leurs capacités et pour soutenir la planète », a pourtant exhorté le Vatican, rejoignant de fait la ligne soutenue par les opposants à la généralisation du recours à la reconnaissance faciale à des fins de maintien de l’ordre.

La France en première ligne

Une ligne en partie adoptée par la Cnil, le gendarme des données, qui avait rappelé début décembre que « ni les entreprises, ni les établissements publics ne peuvent filmer la voie publique » et que « seules les autorités publiques » (les mairies notamment) peuvent mettre en place de tels dispositifs de vidéosurveillance de la voie publique. Pour autant, celle-ci avait déjà jugé, dans sa précédente mise en demeure, que « sauf circonstances exceptionnelles, un système de vidéosurveillance plaçant des élèves ou des salariés sous surveillance systématique et continue, dans leur lieu de vie ou de travail, est excessif ».

Rappelons que cette position a été suivie la semaine passée par la justice administrative. Par une décision rendue mercredi dernier, le tribunal administratif de Marseille a en effet annulé le lancement d’un dispositif expérimental visant à mettre en place un système de reconnaissance faciale à l’entrée du lycée Ampère de Marseille et de celui des Eucalyptus, situé à Nice.

Le tribunal a notamment fait valoir qu’une telle expérimentation « ne respecte pas le RGPD car les élèves n’ont pas pu donner de “consentement à la collecte de données personnelles de manière libre et éclairée”, du fait de la relation d’autorité qui lie les élèves à l’administration de l’établissement », comme le relevait La Quadrature du Net, qui s’était portée partie civile dans ce dossier. A noter qu’un second recours contre la mise en place d’un dispositif de vidéosurveillance dans les rues de Marseille, intenté cette fois contre la mairie de Marseille, a été examiné ce lundi par le tribunal administratif de la cité phocéenne, pour un verdict attendu dans les prochaines semaines.

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