Présenté comme un outil pour séduire les créatifs, l’iPad Pro d’Apple a déjà été adopté par des designers, des artistes mais aussi par des couturiers.

C’est le cas de Julien Fournié, dont la maison de haute-couture basée à Paris, a adopté les tablettes. Présent lors de la keynote Apple du 30 octobre dernier, nous avons rencontré le créateur, afin d’aborder la révolution numérique qui s’opère dans ce secteur, où la tradition, ancrée dans certains corps de métiers, connaît de nombreux bouleversements.

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© C.Réthoré

Si ce couturier de 43 ans confie avoir intégré la technologie dans son processus créatif depuis ses débuts chez Jean Paul Gaultier à l’aube des années 2000, l’homme l’a totalement adoptée avec l’arrivée du premier iPad Pro en 2015. Apple Pencil en main, il y conçoit les robes de ses clientes, dont la reine du Qatar et des princesses d’Arabie Saoudite. Des « femmes de destin », comme il les nomme.

L’arrivée du nouvel iPad Pro, pour lequel il s’est livré à un travail sur l’application ProCreate de l’éditeur Savage, démontre de nouveaux usages pour le milieu très exigeant de la haute couture, selon lui. « L’outil n’apprend pas à dessiner, mais permet de s’exprimer plus librement, partout et sans avoir à s’encombrer de matériels et de cartons à dessins », s’amuse-t-il.

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© C.Réthoré

« L’iPad Pro tient sous le bras et permet de dessiner une robe et d’y apporter des retouches en temps réel, voire de dessiner des idées sous le regard d’une cliente, par exemple, ce qui nous rapproche d’elle notamment, afin d’être plus réactifs, explique Julien Fournié. Auparavant, il fallait tout reprendre en annontant des indications et cela ajoutait plusieurs jours supplémentaires pour renvoyer une nouvelle version d’une robe».

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Du choix infini des couleurs au format du papier, en passant par la texture de ce dernier et l’outil graphique (fusain, crayon, pinceau…), la tablette affiche une palette d’outils très variés. Lors d’une démonstration avec le nouvel iPad, le couturier a utilisé l’Apple Pencil 2. Un stylet qui se montre « plus précis et utile », selon ses termes. « Celui-ci pèse moins lourd que le premier modèle et se rapproche donc davantage d’un crayon. Sa texture n’est plus lice et légèrement plus granuleuse. Une matière inspirée des modèles haut de gamme de la marque Caran D’ache, explique-t-il, qui comptent parmi les must pour dessiner. En outre, il possède un champ plat sur sa longueur qui lui évite de rouler, point qui était agaçant avec le précédent tout en rondeur. »

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© C.Réthoré

Au-delà de ses dessins, Julien Fournié dit utiliser l’iPad Pro pour interagir autrement avec ses équipes, afin d’accélérer les processus de retouches ou partager rapidement ses idées. « C’est un gain de temps et d’argent, note-t-il, puisque l’idéation d’une robe peut être transmise rapidement sur d’autres plates-formes. Jean Bouclier, mon mentor et ancien directeur des accessoires chez Dior, disait qu’”un bon dessin vaut mieux qu’un long discours”. Cela séduit un client, déclenche le rêve, mais aussi attire la curiosité de mes équipes. Surtout, l’outil numérique garde une trace de tous mes crayonnés, ce qui leur permet de comprendre le processus de fabrication d’une nouvelle création. »

Le couturier y voit également l’avenir pour son secteur. En collaborant notamment avec le FashionLab de Dassault Systèmes, mais aussi en utilisant diverses ressources informatiques, il voit en la technologie un moyen de «reglamouriser les métiers de la main», puisque ces derniers s’en trouvent valorisés. Loin d’être de simples exécutants, «tous peuvent intervenir sur ces fichiers et faire part de leurs suggestions afin d’améliorer les créations », conclut Julien Fournié.

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