Alors que la PlayStation 4 et la Xbox One sont sorties depuis cinq ans, la PlayStation 5 et la prochaine Xbox chuchotée comme Scarlett lors de l’E3 2018 commencent à nourrir les rumeurs et l’imaginaire. Seulement, si celles-ci ne sont pas encore prêtes à sortir des usines, il est déjà possible de poser les bases de ce que pourrait être l’avenir selon le jeu vidéo.

De nouvelles consoles dans le salon ? Oui, mais quand ?

Même si la Xbox One X et la PS4 Pro ne sont encore que de jeunes et vaillantes nouvelles combattantes dans la guerre des consoles, le futur est déjà en marche. Peu importe si les joueurs viennent de dépenser des sommes rondelettes pour profiter de leurs jeux en compagnie d’une meilleure résolution ou de graphismes plus saisissants, une question commence à tarauder toutes les lèvres : « Quand arrivera la prochaine génération ? » et surtout, de quel bois se chauffera cette dernière ?

Si aucune date n’est pour le moment arrêtée officiellement, les premiers murmures semblent nous orienter vers 2020 ou 2021. John Kodera, successeur d’Andrew House à la tête de Sony Interactive Entertainment, l’a d’ailleurs laissé entendre récemment en s’exprimant à propos de la fin de cycle d’une PlayStation 4 dont les chiffres de ventes vont progressivement chuter, une logique après avoir dépassé les 80 millions d’unités vendues. C’est donc un fait, le cycle PS4/PS4 Pro a entamé sa phase finale. On le ressent bien, après deux exercices successifs 2017 et 2018 fournis, les grosses annonces « made in PS4 » commencent progressivement à baisser le flambeau et ne voient pas plus loin que fin 2019. Mat Piscatella, analyste pour le NPD group, table d’ailleurs sur 2020, ce qui nous apparaît comme la logique la plus absolue. Sony sortira d’une dernière année contenant des exclusivités, l’E3 2019 ouvrira des portes vers le futur hardware, et 2020 incarnera l’avenir.

Du côté de Microsoft, l’autre principal influenceur des générations de consoles, il semblerait que la donne soit quasiment la même à une différence près : sa position sur le marché, bien moins imposante que celle de Sony. De fait, la marque se devait de marquer les esprits dès « aujourd’hui ». Et c’est pourquoi, au milieu des présentations de sa conférence E3 2018, Microsoft a fait résonner le premier écho vers l’avenir par l’intermédiaire d’un Phil Spencer fier d’annoncer que les mêmes ingénieurs ayant travaillé sur la Xbox One X étaient déjà au travail sur la prochaine génération (génération supputée pour 2020 également). Coup double au moment où tout le monde s’accorde à dire que la Xbox One X est un monstre de puissance et où Microsoft cherche à reprendre du poil de la bête.

La puissance à tout prix, le véritable avenir ?

Evidemment, comme pour chaque génération de consoles, il faudra être en mesure de creuser un écart avec la génération sortante afin de motiver le public à changer plus rapidement de matériel. Les ventes en début d’existence sont terriblement précieuses et l’échec d’un lancement se fait ressentir sur l’ensemble d’une génération, demandez à Microsoft avec sa Xbox One…

Toutefois, si le gap sera bien présent, on ne l’imagine pas colossal. Car pour les constructeurs de consoles, l’enjeu est différent désormais : les consoles ne peuvent plus se permettre de tenter de mettre les pieds sur le territoire de la surpuissance, réservé au domaine du PC. Non, les consoles se doivent surtout d’être compétitives en termes de prix. Donnée inévitable, la bourse des joueurs est au cœur de l’attention des constructeurs. Et si cette dernière est convoitée, elle est aussi désormais « choyée ». L’erreur du prix du lancement de la PlayStation 3 n’a pas été reproduite sur PS4, et en cette période difficile pour de nombreuses bourses, la PlayStation 5 ne devrait par exemple pas déroger à la règle et conserver la stratégie affichée il y a un peu plus de cinq ans : fédérer le public le plus large possible. Une mission qui ne peut être accomplie que conjointement par la qualité des jeux et le prix des consoles, l’un étant indissociable de l’autre. Il faudra franchir une étape en termes de qualité vidéoludique tout en conservant un prix abordable pour le consommateur, quant à l’inverse, il faudra développer une console « abordable » tout en assurant un gap suffisant avec la génération précédente.

Même son de cloche pour Microsoft qui, par l’intermédiaire de sa Xbox One X, a livré une performance technique impressionnante avec sa console que beaucoup estiment trop chère pour mériter un achat. De ce fait, Microsoft ne devrait pas pousser le bouchon plus loin et sortir une console plus puissante qui demeurera dans la tranche maximale de 450-500 euros. Au-delà, il s’agirait d’un pur et simple suicide.

L’aspect technologique sera donc bien présent, mais il ne devrait pas constituer l’unique motivation des constructeurs.

Réalité virtuelle, cloud gaming, rétrocompatibilité… quelle pourrait être la bonne idée ?

Si Microsoft et Sony ont sorti ce que l’on appellera des consoles intermédiaires – PS4 Pro et Xbox One X -, c’est pour des raisons différentes. Avec sa PS4 Pro, Sony a voulu s’offrir un peu plus de puissance pour valoriser son PS VR et attirer de nouveaux joueurs dans son escarcelle. Alors que son côté, Microsoft a surtout voulu combler une brèche affective certaine avec sa Xbox One X en mettant en avant tout son savoir technologique avec une console capable de produire les plus beaux jeux du marché (hors PC).

Mais si une donnée rapproche bien les deux consoles, c’est la volonté d’étendre cette génération. Premièrement, car celle-ci est rentable et surtout deuxièmement, car à l’heure actuelle, les ressorts autres que la puissance ne sont pas encore parfaitement identifiés. La preuve, Microsoft donnait de l’importance à la réalité virtuelle avec sa Xbox One X avant de s’en désister, affirmant que le PC était un support bien plus convaincant dans le domaine. De son côté, Sony, ne pouvant pas vraiment faire machine arrière, tentera sûrement à nouveau sa chance en matière de réalité virtuelle avec un PS VR 2 plus performant. De là à l’imaginer comme un rouage important ? Non…

Autre preuve d’une grosse hésitation ? John Kodera a affirmé que Sony considérait le jeu portable, après avoir sabordé la PS Vita. On appelle cela l’effet Switch, doublé d’un tâtonnement certain… En somme, en ce moment, au-delà du hardware, les constructeurs cherchent des solutions annexes pour convaincre le public.

Et sans aucun doute, cette tendance devrait être le cloud gaming. Progressivement en train de se démocratiser de par différents types d’offres, le cloud gaming devient de plus en plus omniprésent à l’ère de la dématérialisation. Mais plus qu’une option permettant de générer des fonds réguliers par l’intermédiaire d’abonnements, le cloud gaming permettrait aux joueurs de se connecter à des serveurs surpuissants, ce qui améliorerait la puissance des jeux tout en évitant ainsi l’écueil du développement d’une console trop onéreuse pour les joueurs. Le coup serait donc double…

La dernière danse ?

… peut-être même triple pour une bonne raison : à l’approche d’un bouleversement certain des habitudes de consommation des loisirs dématérialisés, cette génération sera probablement la dernière avant la mort des consoles telles qu’on les connaît.

Netflix, Spotify, Amazon Prime, Deezer… combien connaissez-vous d’utilisateurs ayant opté pour ce genre d’offres illimitées au détriment d’une collection physique forcément plus onéreuse et encombrante ? Beaucoup très probablement, même si cela hérisse le poil de certaines et certains… Aujourd’hui, peu importe que l’on utilise tel support ou tel matériel, l’important est d’avoir accès à un catalogue vaste et aguicheur. Yves Guillemot, le PDG d’Ubisoft, l’a par exemple annoncé sans sourciller, qu’après la prochaine génération, le hardware s’effacerait au profit du streaming.

Ainsi, dames PlayStation 5 et Xbox Scarlett pourraient être les dernières représentantes de leur genre. Et c’est pour cette raison que nous n’avions abordé jusqu’à maintenant que les pistes Sony et Microsoft pour la prochaine génération, Nintendo boxant seul dans sa catégorie avec sa vision bien définie – et un brin rétro comme on l’aime – et aucun autre prétendant ne voulant se mêler à une guerre dont on connaît déjà la conclusion : l’« Armageddon ».

Car oui, cela paraît presque inévitable, la prochaine génération mettra un terme aux consoles. Il se peut même que ces dernières servent de transition vers une nouvelle manière de posséder consommer le jeu vidéo à l’avenir, comme le sous-entend le project xCloud d’un Microsoft affirmant qu’il s’agit d’un complément et non d’un potentiel tueur. Mais l’on sait très bien comment cela finira… Et c’est à cet instant que de nombreux concurrents apparaîtront sur le marché afin de proposer des « box » 100% orientées streaming qui capitaliseront leurs revenus sur des catalogues illimités et donc par extension, sur les formules d’abonnement leur étant liées.

D’où l’importance du combat à mener en direction de ce demain qui mènera lui-même au changement. Sony, Microsoft et Nintendo devront entrer dans l’inconscient collectif afin de s’offrir une pérennité digne de ce nom, un peu à la manière d’une marque qui traverse les époques de par sa notoriété collective. Nous avons tous acheté telle ou telle marque car beaucoup l’affirmaient comme fiable, robuste, efficace…

L’enjeu de cette génération sera donc colossal pour les deux principaux acteurs des évolutions vidéoludiques des 25 dernières années (si l’on met à l’écart Nintendo de par sa volonté définie d’honorer le jeu vidéo de manière plus traditionnelle mais qui, tôt ou tard, sera obligé de rejoindre cette danse, Reggie Fils-Aimé ayant déclaré que Nintendo était en concurrence pour obtenir une place dans le temps de loisir des gens).

Les exclusivités plus importantes que jamais ?

En ce sens, ce qui se construit aujourd’hui déterminera l’avenir des deux principaux acteurs. On a pu le voir lors du dernier E3, Microsoft a annoncé l’acquisition de studios afin de s’offrir des compositions exclusives, quand Sony a encore tenté de mettre en avant son avantage dans le secteur en concentrant sa conférence sur ses productions au fort potentiel commercial.

Si ces stratégies servent à construire le succès de demain, c’est également pour après-demain puisque ces dernières seront encore plus importantes à l’avenir. God of War, Halo, Mario, Uncharted, Gears of War, The Legend of Zelda… ce sont bien ces dernières qui feront fléchir les consommateurs à l’heure du choix.

La seule différence viendra de l’enjeu. Il ne sera plus forcément question de vendre un support, mais une offre. On s’abonnera à l’offre de Sony qui proposera ses exclusivités en plus d’un catalogue auquel auront adhéré d’autres développeurs/éditeurs. Et il en sera de même pour Microsoft ou Nintendo. Mais indéniablement, les constructeurs-phares ne pourront compter que sur eux-mêmes, car si démultiplication des possibilités il y a, tous les éditeurs et développeurs seront ravis de signer avec la majeure partie des offres pour augmenter leur possibilité de toucher un plus vaste public.

C’est pourquoi la génération en approche prend également autant de temps à se dessiner. Les constructeurs-phares savent que l’avenir est incertain et que la moindre erreur pourrait être dramatique. Ainsi, le but de cette prochaine guerre PlayStation 5/Xbox Scarlett sera bien de marquer l’inconscient des prochaines générations. Quant à celle qui se déroule en ce moment même, elle ne sert plus qu’à amasser des millions dans la crainte de jours moins positifs et plus concurrentiels.

Néanmoins, une chose est sûre, d’ici deux ans, nous pourrions assister à un joli feu d’artifice vidéoludique. Car s’il existe un seul et unique lieu où les guerres sont positives, c’est bien dans l’univers du jeu vidéo.