Procès Preynat : « Il y a tellement de victimes qu’on n’arrive plus à compter » – Journal La Croix

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⇒ L’audience est suspendue. Elle reprendra à 9 h 30 le vendredi 17 janvier.

⇒ 18 h 56 : « En vous pardonnant, mon client vous a accordé une part d’humanité »

Me Morel salue le fait que Preynat ait reconnu les faits puis s’interroge sur ses regrets : est-ce une demande de pardon dans le sens d’une confession, ou bien un pardon d’hommes, face à la justice des hommes ? Rappelant « la porte qui s’est entrouverte » grâce à ce procès, évoquée par l’expert psychiatrique Michel Debout, l’avocate dit avoir « envie d’y croire ». « En vous accordant son pardon, Monsieur Preynat, mon client vous a accordé une part d’humanité. »

NOTRE DOSSIER. Procès Preynat : analyses et dernières actualités

Elle reconnaît le risque d’effondrement psychique qu’il a sans doute voulu éviter en refusant un nouveau suivi thérapeutique. Avant de lui demander un pas de plus. « Peut-être que si vous demandez ce pardon à la justice des hommes et pas seulement à Dieu, et qu’il n’est qu’une étape, que vous continuerez, cela signifiera que vous avez aussi fait un pas vers la souffrance de mon client. »

⇒ 18 h 49 : La difficulté de porter plainte

Me Agathe Morel expose toute la difficulté pour une victime de porter plainte, c’est-à-dire de ne plus fuir la réalité douloureuse vécue, mais de l’assumer vis-à-vis des autres, et de se présenter avec ce statut de victime.

Comme ses confrères avant elle, elle expose plus précisément les répercussions des abus dans la vie de Benoît Repoux, s’appuyant sur l’expertise psychologique, et notamment l’impossibilité dans laquelle se trouve son client d’avoir des enfants.

⇒ 18 h 39 : Bernard Preynat « fait tout pour ne pas être jugé »

Me Agathe Morel, l’avocate de Benoît Repoux et de l’association Enfance et partage, commence sa plaidoirie par un retour sur la prescription et sa jurisprudence, soulignant qu’une disposition de la loi de 1998, qui allonge la prescription, établit que la loi s’applique tout de suite, et bénéficie ainsi à son client.

Sur le fond, elle s’interroge sur un homme qui « de manière publique reconnaît les faits, redore un peu son image », et en même temps, par ce questionnement sur la prescription des agressions commises sur les dix victimes présentes dans la salle, « fait tout pour ne pas être jugé ».

⇒ 18 h 24 : « Je n’ai pas senti le prêtre en vous parler avec contrition »

C’est à l’avocat de l’association Innocence en danger, Me Jean-Baptiste Rozès, de s’exprimer devant le tribunal. « Si Bernard Preynat a créé un groupe autonome, c’était pour être seul, indépendant, c’était pour être chef, explique-t-il, et pouvoir choisir ses ouailles pour le soir. »

Puis, partageant une autre impression d’audience. « Je n’ai pas senti le prêtre en vous, Monsieur Preynat, parler avec contrition de ce qu’il avait fait. » Il insiste aussi sur la méthode, les dîners chez les parents alors qu’il agressait leurs enfants. Et sur le préjudice « incroyable », à commencer par le silence qui a emprisonné les victimes.

⇒ 17 h 59 : « Il anticipait sa propre criminalité en organisant des camps scouts »

Me Laurence Celerien, avocate de Stéphane Sylvestre, plaide à son tour. « Nous sommes dans un procès hors norme », commence-t-elle, avant de détailler. Hors norme par l’âge des enfants abusés. Par le nombre de victimes. Parce que ces agressions sont commises par un prêtre charismatique, doté d’une autorité naturelle, excellent orateur. Parce qu’on se trouve enfin dans un contexte religieux catholique.

« On a affaire à un silence de l’Église, à une omerta qui n’a pas éradiqué la bête noire. » Enfin par l’ancienneté des faits. « Il y a quand même cette ancienneté. Le recul. Vous avez devant vous des adultes de plus de quarante ans et vous pouvez voir les impacts des agressions sexuelles sur leur vie. »

Puis elle revient sur la culpabilité de Bernard Preynat qui, très jeune, a eu conscience de sa maladie. « Il a abusé de tous, les enfants, les parents, sa hiérarchie. Au lieu de s’éloigner, il anticipait sa propre criminalité en organisant des camps scouts. »

« À procès hors norme, demande de dommages et intérêts hors norme, conclut-elle. À hauteur de plus de 10 000 €. »

⇒ 17 h 40 : « Comment allez-vous libérer votre conscience ? »

« Comment allez-vous libérer votre conscience ? », interroge encore Me Bouchet.
L’avocate balaie d’un revers de main les explications psychiatriques selon lesquelles l’ancien prêtre aurait été lui-même agressé par quatre personnes. « Comprendre l’origine d’un comportement n’est pas l’excuser ni l’absoudre. »

⇒ 17 h 37 : « Vous êtes plus préoccupé par votre image sociale que par le traumatisme de ces enfants »

Me Martine Bouchet lui rappelle le détail des agressions imposées Jean-François G. à partir de l’âge de 8 ans, « sans aucun consentement de sa part », appuie-t-elle. « Le début d’un véritable enfer » pour l’ancien scout tétanisé, dont l’ancien prêtre utilise « la naïveté, la timidité ». Au prévenu, elle lance, d’un ton accusateur : « Aujourd’hui encore, dans l’enceinte du tribunal, vous me semblez plus préoccupé par votre image sociale que par le traumatisme imposé à tous ces enfants. » Là encore, assis, l’ancien prêtre regarde droit devant lui, épaules voûtées sur sa chaise.

⇒ 17 h 34 : « Grâce à Dieu, les faits ne sont pas prescrits »

Vient le tour de Me Martine Bouchet, avocate de Jean-François G., pour qui « grâce à Dieu, les faits ne sont pas prescrits », commence-t-elle, faisant écho à la formule malheureuse du cardinal Barbarin en 2016.

Sans les cofondateurs de La Parole libérée, son client n’aurait jamais trouvé la force de ce combat, salue-t-elle en son nom. Tout en se défendant de faire le procès de l’Église – Jean-François G. n’a pas voulu s’impliquer dans le procès Barbarin, précise-t-elle –, Me Bouchet décrie le silence de l’institution, y compris ces dernières années. « Est-ce une façon d’aider à guérir que de jeter un voile épais sur les plaies ? Au lieu de mettre des pansements, on préfère étouffer l’affaire, la régler en interne, comme Rome l’a demandé. » « Quel drame que les cardinaux qui se sont succédé, qui étaient au courant, ne vous aient pas mis hors d’état de nuire, préférant l’omerta au scandale ! »

⇒ 17 h 02 : « Il feint de ne pas se souvenir »

L’audience a repris avec la plaidoirie de Me Emmanuelle Haziza. L’avocate de Pierre-Emmanuel Germain-Thill insiste sur le côté « manipulateur » de Bernard Preynat. Créant des camps scouts autonomes pour abuser de « milliers d’enfants livrés à sa merci ». « Aujourd’hui, il feint de ne pas se souvenir alors même qu’il nous a prouvé tout au long de cette audience son excellente mémoire », remarque l’avocate, parlant d’une « mémoire vive mais diablement sélective ». Elle oppose encore la maîtrise parfaite de sa parole, bien différente de la maîtrise parfaite de son corps. « Pourquoi ne pas vous être, alors, maîtrisé avant 1991 ? Et est-ce vrai ? », interroge-t-elle.

16 h 16 : L’impact fracassant des agressions de Preynat sur Matthieu Farcot

Humeur triste, manque de confiance en soi, mal-être, anxiété, entraves dans sa vie amoureuse, inhibitions, et autres syndromes de stress post-traumatique… Après avoir détaillé l’impact fracassant des agressions de Preynat dans la vie de Matthieu Farcot, son avocat souligne combien cette affaire, plus que d’autres, met en évidence plus généralement les ravages des abus sur mineurs.

D’abord en raison du nombre de victimes – des victimes aux histoires, aux personnalités, différentes, toutes abîmées à des titres divers. D’autre part, parce qu’« on a trente ans de recul sur le préjudice, multiplié par des dizaines », ajoute-t-il plaidant pour indemniser en France le préjudice moral.

16 heures : « Si l’on ne vous punit pas, c’est bien que ce que vous avez fait n’est pas si grave »

« N’y a-t-il pas une forme de fatalisme à son âge ?, questionne enfin Me Jean Boudot. “J’étais attiré par les jeunes garçons”, et voilà. Mais cela ne nous suffit pas. » Avant de conclure sur la responsabilité de sa hiérarchie : « Si l’on ne vous punit pas, si l’on ne vous exclut pas, si l’on vous laisse en contact d’enfants, si l’on vous promeut doyen, c’est bien que ce que vous avez fait, ce n’est pas si grave. »

⇒ 15 h 57 : « C’est insupportable de devoir encore se bagarrer avec Bernard Preynat »

Bien sûr, reconnaît ensuite Me Jean Boudot, il reconnaît les faits dans leur globalité, bien sûr ils prononcent des mots de regret. « On les entend », souligne-t-il. Comme la difficulté, pour lui, de ne pas apparaître « odieux ». « Mais on ne va pas être complaisant non plus », prévient-il dans un mouvement rhétorique dont il a le secret. Plus fort, il assène : « L’absence d’infraction depuis 1991, c’est la démonstration absolue qu’il pouvait réfréner ses pulsions s’il le voulait. »

Puis il revient sur la précision dont le prévenu fait preuve quand cela l’arrange, et de cette « position de confort » qu’il préfère quand cela devient dérangeant : se réfugier dans l’oubli, tout en répétant cette formule « je ne dis pas qu’ils sont des menteurs ». Et parfois aussi, il conteste encore des faits, les circonstances comme sa conscience alors de la gravité de ses actes. « C’est pour nous insupportable de devoir encore se bagarrer avec lui sur cela. »

⇒ 15 h 50 : Le « décompte morbide » des victimes

Me Jean Boudot en vient à présent aux déclarations de Bernard Preynat et du « décompte morbide » qu’elles imposent à tous. « Il y a tellement de victimes qu’on arrive plus à compter », commence l’avocat, avant de se livrer au pénible exercice. « Quatre ou cinq par semaine, sans les semaines de vacances, cela fait 160 par an, entre 3 et 4 000 sur la période… Vous êtes en train de juger un dossier à 1 000 agressions sexuelles près quand une seule suffit à juger un homme. »

⇒ 15 h 45 : Dans les rangs du public du procès Preynat

Familles, proches, chrétiens du diocèse, soutiens aux victimes ou témoins en colère d’une Église qui a failli, la diversité des profils témoigne de toutes les émotions suscitées par l’affaire Bernard Preynat.

→ NOTRE REPORTAGE. Dans les rangs du public, au procès Preynat

⇒ 15 h 29 : La prescription des faits au cœur des débats

C’est maintenant Me Jean Boudot, l’avocat de Matthieu Farcot, qui a la parole. Il répond d’abord aux objections de la défense sur la prescription possible des faits concernant certaines parties civiles présentes. Les trois lois sur lesquelles se fonde la prescription sont celle du 10 juillet 1989 qui reporte à la majorité de la victime le délai de prescription de trois ans ; celle du 17 juin 1998 qui allonge ce délai à dix ans et enfin celle du 9 mars 2004 qui le porte à 20 ans.

→ DÉBAT. Faut-il supprimer la prescription pour les crimes pédophiles ?

⇒ 15 h 20 : Me Debbache à François Devaux : « Vous avez gagné le combat, peut-être pour vous le plus dur »

Me Debbache lit l’attestation de la sœur de François Devaux, dans laquelle celle-ci livre combien la « tragédie » vécue par son frère a marqué sa vie, elle qui n’a même pas osé vivre sa vie d’adolescente par peur de rajouter encore au souci de ses parents. « Je n’en veux à personne, écrit-elle, c’est dans mon tempérament, je m’efface. » C’est cette déclaration, poursuit l’avocate, qui « avec toute la délicatesse du monde » a fait éclater la carapace du fondateur de La Parole Libérée « en mille morceaux ».

« Il y a peut-être un petit préjudice », a-t-il enfin reconnu juste après, relate encore Me Debbache. « Et je suis contente de l’avoir entendu le qualifier devant vous de “colossal”. Car c’est toute une famille qui est impactée par ces agressions. » Puis elle termine, par cette adresse à son client : « Merci d’avoir accepté cette mise à nue, François Devaux. Vous avez gagné le combat, peut-être pour vous le plus dur. »

⇒ 14 h 59 : La souffrance cachée de François Devaux

Me Nadia Debbache met en avant la complexité de son travail aux côtés de François Devaux – et en filigrane la souffrance cachée de son client – qui a longtemps affirmé « ne pas être une victime », « ne pas avoir de préjudice », se trouver dans une forme de « déni », « une difficulté à affronter cette réalité », selon l’avocate. Même au cours de la procédure de citation directe à l’encontre du cardinal Barbarin, interrogée par la juge, il a eu du mal à mettre des mots sur son préjudice.

Elle rapporte pour la première fois dans les détails, de manière poignante, la tentative de suicide – longtemps occultée – de François Devaux en 1993. Sa mère découvrant son fils en train de s’étrangler, avec une lettre d’adieux à ses côtés. Son mal-être qui perdure les années suivantes. L’impact sur ses frère et sœur. « Vous comprenez bien qu’on est loin de l’absence de préjudice dans ce dossier-là », appuie l’avocate. « Faire confiance à quelqu’un devient très difficile aussi pour lui », ajoute-t-elle.

⇒ 14 h 48 : « La famille Devaux, qui devrait être admirée, est ostracisée »

Cette famille qui dénonce Bernard Preynat en 1990, cette famille « qui devrait être admirée, reconnue pour le travail qu’elle a fait » est « ostracisée », « on va dire que c’est par elle que le scandale est arrivé », insiste Me Debbache. Et ce, parce que « les choses n’ont pas été nommées ni assumées », pointe-t-elle en visant Bernard Preynat, qui l’écoute sans la regarder, mains jointes sur les genoux. « Et votre hiérarchie en fera de même. »

⇒ 14 h 44 : François Devaux, victime et « dossier des paradoxes »

Après avoir souligné brièvement la complexité de la prescription en matière de pédocriminalité, Me Nadia Debbache, l’avocate de François Devaux, entame sa plaidoirie. « C’est le dossier des paradoxes. Mon client est peut-être celui qui a le plus fait pour libérer la parole des victimes, et c’est en même temps celui qui en a le plus été incapable. »

Longuement, elle revient sur le parcours de François Devaux, partant de son dépôt de plainte en 2015, revenant sur les mécanismes de l’amnésie traumatique, et sur l’afflux progressif des souvenirs « intacts ». Avec le souvenir de l’année 1990, lorsque l’ancien scout informe ses parents que le père Preynat l’a embrassé sur la bouche… déclencheur de toute la suite.

⇒ 14 h 19 : Les crimes jugés sont-ils prescrits ?

D’autre part, poursuit Me Doyez, « se pose une question sur le temps écoulé depuis les faits » – faits qui portent sur la période de 1986 à 1991 dans le procès Preynat –, un point que l’avocat a déjà contesté en formant un pourvoi en cassation au stade de l’instruction. Pour s’expliquer, Me Doyez revient sur les évolutions du droit en matière de prescription des abus sexuels sur mineurs.

Dans le code de procédure pénale, deux articles traitent de la prescription : l’article 7 (sur les crimes, 10 ans) et l’article 8 (sur les délits, 3 ans). Prescription qui démarrait, pendant des décennies, à l’instant où le crime ou délit était commis. « Il faut attendre 1989 pour l’amorce d’un progrès utile à l’intérêt des victimes », rappelle l’avocat. L’article 7 est alors modifié. Le point de départ de la prescription est différé à compter de la majorité de la victime. En 1995, une nouvelle loi applique le même principe aux délits. « Cette loi de 1995 n’est pas applicable en vertu du principe de non-rétroactivité de la loi pénale », qui ne permet pas de revenir en arrière, une fois que la loi est acquise, explique-t-il. Et ne peut donc s’appliquer aux délits pour lesquels Bernard Preynat est jugé.

S’il reconnaît que « la tenue de ce procès apporte un bienfait absolument considérable » pour ses acteurs, Me Doyez plaide pour faire appliquer ce principe.

13 h 55 : L’avocat de Bernard Preynat soulève l’irrecevabilité des parties civiles

L’audience a repris. L’avocat de Bernard Preynat, Me Frédéric Doyez, passe aux conclusions qu’il a déposées. Selon lui, les trois associations dédiées à l’enfance qui se sont portées parties civiles – dont Innocence en danger – doivent être déclarées irrecevables. Leur recevabilité suppose notamment que l’association ait été déclarée depuis cinq ans à la date de commission des faits. Or, avant 1986, ce n’est pas leur cas.

12 h 35 : L’audience est suspendue

La présidente vient de préciser les débats de l’après-midi. Me Doyez devrait présenter ses conclusions, ce qui devrait engager un débat sur la prescription. Le conseil de Bernard Preynat entendrait en effet défendre la prescription des agressions subies par les parties civiles présentes, contrairement au travail effectué par le juge d’instruction. Suivront comme prévu les plaidoiries des avocats des parties civiles.

12 h 30 : « De nombreux pédophiles peuvent user de violence, ce n’est pas son cas. »

C’est à Me Doyez, avocat de Bernard Preynat, de défendre la « démarche particulière » consistant à faire intervenir un second expert. « Je ne vous demande pas de dire s’il est sincère, je ne vous ai pas fait venir comme un élément de stratégie », réplique-t-il à l’adresse de Liliane Daligand, avant de souligner à son tour que Bernard Preynat, en 1991, a sans doute agi aussi pour rester dans l’Église.

Il revient ensuite sur la similitude entre les abus éventuellement subis par le prévenu et les agressions qu’il a perpétrées. « C’est une identification à l’auteur bien connue, explique Liliane Daligand. De nombreux pédophiles peuvent user de violence, ce n’est pas son cas. Il se dit du côté de la tendresse, de l’enveloppe de peau et pas de l’intrusion ». À ces mots, Me Doyez lui fait préciser : « Il se ment à lui-même ? ». La psychiatre acquiesce : « C’est de l’ordre du mensonge bien sûr puisqu’il a commis des abus sexuels ». Un mensonge envers lui-même comme envers les victimes : « Je te fais croire que je t’aime alors que j’ai besoin de ta chair. »

Puis Me Doyez en vient à l’instant de la rencontre avec les juges. « Est-ce qu’un tel jugement est un tournant dans une vie ? » Liliane Daligand devient plus affirmative : « Cela ne peut que renforcer la parole de l’évêque. C’est un moment intense qui peut transformer un homme, du côté des victimes comme de l’auteur. »

11 h 50 : « On ne vous demande pas de croire la parole de celui que vous écoutez »

Me Jean Boudot, avocat de Matthieu Farcot, se lève pour porter la contradiction. D’emblée, il attaque : Liliane Daligand intervient mandatée par l’avocat du prévenu et non par le juge d’instruction. « J’ai l’impression qu’on aborde les choses différemment, note-t-il. On ne vous demande pas de croire la parole de celui que vous écoutez ».

→ TÉMOIGNAGE. « Combien de victimes de Bernard Preynat sommes-nous en vrai ? »

Il aborde ensuite le problème de fond : « Notre lecture pénale repose sur le libre arbitre. Le paradoxe que vous nous proposez, c’est : après 1991, il peut arrêter alors qu’avant, il ne pouvait pas ». La psychiatre reconnaît qu’il aurait pu mettre fin à ses agressions à tout moment.

La construction psychique liée à notre famille, on ne la choisit pas, poursuit Me Boudot, et pour autant on n’est pas irresponsable. « Car cette pulsion, il était capable de la percevoir ». La psychiatre reconnaît qu’il n’y a jamais eu altération de son jugement et se défend : « je n’essaie pas de le justifier ». Jean Boudot donne alors une lecture différente du changement d’attitude du prévenu : « Ce qui l’arrête, de manière encore complètement narcissique, c’est soit la peur du scandale publique, soit le fait de rester dans l’Église ». Liliane Daligand n’objecte rien.

11 h 45 : « Il a vécu pendant des années avec l’idée d’être absous »

« Régulièrement, il confessait ce péché de chair, sans faire d’ailleurs de différence entre cette relation avec des enfants et celle avec des adultes. Il a vécu pendant des années avec l’idée d’être absous », rappelle la présidente à la psychiatre, qui éclaire aussitôt : « La confession n’était pas suffisante pour donner un coup d’arrêt car à chaque fois il y avait la rédemption. Comme ces alcooliques ou toxicomanes qui ont besoin de nombreuses rencontres avec la loi, parfois la justice, pour arrêter. C’est une telle force qu’il faut souvent plusieurs cures pour arrêter. Le pédophile se shoote aux corps d’enfants. »

11 h 35 : « J’ai mis du temps à comprendre que les enfants étaient victimes »

C’est la question d’un changement possible chez le prévenu qu’aborde maintenant la psychiatre qui l’a examiné deux ans après le docteur Debout, entendu mercredi. « Il a pu changer, soutient-elle, je pense qu’il a pu voir les conséquences désastreuses de ses actes, demander pardon et être dans une culpabilité majeure et qu’il est très tourmenté par ce qu’il a fait subir à ces enfants ».

Elle rapporte les propos de l’ancien prêtre : « J’ai mis du temps à comprendre que les enfants étaient victimes. S’ils étaient réticents, je n’allais pas plus loin. Je les pensais complices. »
Elle explique également comment un « sevrage » a pu survenir avec la parole de Mgr Decourtray en 1990, « une interdiction de non-confusion avec le corps des enfants. Une loi de non-confusion à laquelle il n’avait jamais été soumis, une parole qui lui intime un interdit et a mis un coup d’arrêt à tous ses gestes. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas de fantasmes mais qu’il est capable de résister à la tentation. Jusqu’à cette parole, il ne pouvait pas y résister. »

11 h 25 : Une « force obscure » qui a poussé Bernard Preynat à consommer des corps d’enfants

Liliane Daligand parle de la « force obscure » qui a poussé Bernard Preynat à consommer des corps d’enfants et d’une recherche effrénée qui va jusqu’à une certaine addiction. Les pédophiles peuvent ainsi avoir des centaines de victimes, de manière charnelle ou par des milliers d’images, rappelle-t-elle. « Il existe une sorte d’accumulation, une addiction. Comment arrêter une addiction ? C’est très difficile ». Même, ajoute-t-elle, quand « il y a des alertes pendant des années, comme dans ce cas ».

EN SYNTHÈSE. Bernard Preynat, prisonnier de lui-même ou imposteur ?

En général, les pédophiles sont de très bons professionnels, poursuit-elle, « bien sous tous rapports », ils suscitent l’admiration. « Double face », résume-t-elle, avant de rappeler les progrès faits dans la connaissance de la pédophilie après 1998 où l’on met en place des médecins coordinateurs. En 1967-1968, il existe encore une méconnaissance de cette pathologie, resitue-t-elle. « Je crois que le docteur Achaintre a été très optimiste en le disant guéri. Les fantasmes restent. »

11 h 16 : L’eczéma qui a perturbé son enfance « faisait barrage à toute caresse et attouchements du corps »

La psychiatre Liliane Daligand, qui a rencontré Bernard Preynat en octobre 2019, s’exprime à la barre. « Il a beaucoup parlé, commence-t-elle, ce qui lui a fait du bien car il est très isolé ». Elle note aussi une très bonne mémoire et de bonnes qualités intellectuelles. Le poids d’une mère très préoccupée du fils aîné qu’il était. Ou encore l’eczéma qui a perturbé son enfance et « faisait barrage à toute caresse et attouchements du corps » et a causé une « fermeture sur lui-même et souffrance ».

→ANALYSE. Procès Preynat, le rôle des expertises psychiatriques

Elle revient ensuite sur les agressions sexuelles qu’il aurait subies. « Cela peut surprendre qu’il n’en ait pas parlé avant. Est-ce utilitaire ? La seule chose que je peux dire, c’est que pratiquement tous les agresseurs sexuels ont été victimes quand ils étaient enfants. Et je ne suis pas la seule à le dire. », avant d’insister : « Je souligne que toutes les victimes ne deviendront pas agresseurs même si tous les agresseurs ont été victimes. »

11 h 00 : « Vous reprenez le séminaire comme si de rien n’était… »

Le tribunal entre à présent dans le détail de l’analyse que Bernard Preynat a suivi, alors qu’il était en deuxième année du grand séminaire, avec le docteur Achaintre à l’hôpital du Vinatier à Lyon, en 1967-1968. Il interrompt à ce moment-là le séminaire pendant deux ans et revient en septembre 1970. La présidente s’enquiert d’un éventuel entretien à son retour. Le prévenu n’en a pas le souvenir. « Pourtant, vous dites que vous récidivez à ce moment-là… », avance-t-elle. Et vous reprenez comme si de rien n’était… » Le prévenu acquiesce.

10 h 37 : « Ça ne s’est donc jamais arrêté, depuis l’âge de 16 ans… et jusqu’en 1991 »

On en vient aux agressions que Bernard Preynat a lui-même commises dès l’âge de 16 ans, a-t-il reconnu, pendant une colonie de vacances. La présidente lui fait remarquer, qu’au même moment, il dit se faire agresser d’une manière quasi similaire. « Vous reproduisez les mêmes attouchements », souligne-t-elle. « Je ne me souviens pas avoir fait le lien », répond-il.

S’ouvre ensuite une période plus floue, pendant qu’il est à l’université, où « il ne se passe rien » selon lui, notamment au sein de la troupe de louveteaux dont il s’occupe à Saint-Luc, où il est d’abord stagiaire. « Il y a eu des moments d’interruption », commente-t-il, tout en confirmant que ces agressions n’ont cessé de le hanter. « Mais quand ? », s’exclame la présidente qui lui fait remarquer qu’il reconnaît encore des faits pendant une colonie durant cette période. « Un ou deux, note-t-il alors, mais il ne se passait rien pendant l’année scolaire ». La présidente conclut : « ça ne s’est donc jamais arrêté, depuis l’âge de 16 ans… et jusqu’en 1991 ». Il confirme. Oui, jusqu’en 1991.

Me Sauvayre, avocat des parties civiles intervient alors. « Quand vous avez fait votre thérapie, vous avez parlé des agressions que vous aviez subies ? Car on peut avoir un doute sur la réalité de tout cela… » Bernard Preynat réplique : « C’est ce que je pensais, c’est pour cela que j’ai beaucoup hésité à en parler, je l’ai dit à mon avocat, car on allait croire que c’est pour m’excuser. Je m’attendais à ce que vous disiez ça. Ce que je dis est vrai mais on n’est pas obligé de me croire. »

La procureure à son tour questionne ces révélations. « Cela ne repose que sur vos déclarations et de manière très tardive car elles sont intervenues après que l’instruction a été annoncée comme close ». Bernard Preynat répète : « Je dis la vérité, si l’on ne veut pas me croire, on ne me croit pas. Ce sont des faits réels ».

10 h 14 : Un caractère « autoritaire »

Avant d’entendre la psychiatre Liliane Daligand, la présidente retrace les témoignages de l’entourage de Bernard Preynat. Ses frères et sœurs d’abord, qui témoignent d’une enfance « très austère » avec un père « très autoritaire », encore plus exigeant avec le prévenu qui était l’aîné (mercredi, Bernard Preynat a démenti le professeur Debout qui affirmait que l’aîné de la famille était décédé). Une de ses sœurs a témoigné aussi de la faiblesse des moyens financiers et de l’ouverture sur l’extérieur comme de la grande place accordée à la religion. Ses sœurs dépeignent aussi le caractère « autoritaire » du prévenu, « avec une haute opinion de lui-même ». Comme plus tard les paroissiens, elles insistent sur son charisme et sur son talent pour organiser et fédérer les autres autour d’un événement, mais décrivent aussi sa froideur.

La présidente revient ensuite sur les abus sexuels qu’il aurait subis. A la barre Bernard Preynat précise ses déclarations de la veille. Les faits se seraient produits quand il avait une dizaine d’années, par un sacristain dans l’église de Saint-Étienne où il était enfant de chœur. En colonie de vacances, au même âge, par un moniteur dans les douches. Et au petit séminaire de Montbrison, par un professeur dans son bureau et pendant les grandes vacances en Haute-Loire, quand ce professeur venait voir sa famille.

9 h 40 : Début du troisième jour d’audience

9 h 30 : Suite de l’expertise psychiatrique du prévenu et premières plaidoiries des parties civiles

S’ouvre aujourd’hui le quatrième et avant-dernier jour du procès Preynat. Depuis mercredi après-midi, le tribunal se penche sur la personnalité de Bernard Preynat, en retraçant son parcours depuis l’enfance et en entendant le professeur Michel Debout, qui a effectué l’expertise psychiatrique du prévenu. L’expert judiciaire près de la cour d’appel de Lyon a décrit une personnalité de type pervers sexuel, dont une partie n’accède pas à la souffrance de l’autre, encore dans le déni quand il l’a rencontré. Durant ces débats, l’ancien aumônier a également raconté les abus sexuels qu’il aurait lui-même subis à plusieurs reprises, au petit séminaire notamment.

→ RÉSUMÉ. Revivez le 3e jour du procès de Bernard Preynat

L’audience de ce matin devrait s’ouvrir sur les éclairages complémentaires de la psychiatre Liliane Daligand, qui a aussi procédé à l’expertise psychiatrique de Bernard Preynat. Viendront ensuite dans la journée les premières plaidoiries des parties civiles.

9 heures : Mercredi, le tribunal a abordé l’une des questions majeures du procès de Bernard Preynat : le silence de l’Église. Avec cette question de la présidente au prévenu : « Vous estimez que l’Église a une responsabilité ? » Réponse de l’ancien prêtre : « Je ne veux pas accuser l’Église ».

→ À LIRE : À son procès, Bernard Preynat « ne veut pas accuser l’Église »

⇒ 8 h 30 : Pour Didier Bardiau, « c’est tout l’art du pervers de se faire passer pour une victime »

« On pourrait le croiser dans la rue sans aucune inquiétude, il ressemble au Père Noël ! De façon générale, il est très malin dans sa façon de s’exprimer. Il entend très bien ce qui lui est dit, il revient en arrière, il est très stable et pas perdu comme il le prétend. Qu’il n’ait pas eu conscience de ses actes, peut-être quand il avait 16 ans, pas après qu’il a été ordonné prêtre. C’est tout l’art du pervers de se faire passer pour une victime. »

Agressé par Bernard Preynat en 1978 et 1979, entre l’âge de 10 ans et 11 ans, Didier Bardiau fait partie des victimes de faits prescrits de l’ancien prêtre auxquelles La Croix donne la parole durant le procès.

→ TÉMOIGNAGE. « Combien de victimes de Bernard Preynat sommes-nous en vrai ? »

⇒ 8 heures : Le rôle des expertises psychiatriques

Mercredi 16 janvier, Michel Debout, professeur de médecine légale et de droit de la santé et chef du service de médecine légale au CHU de Saint-Étienne (1980 à 2010), a été entendu à la barre.

→ EXPLICATION. À quoi servent les experts psychiatriques ?

⇒ 7 h 55 : La personnalité de Bernard Preynat au centre du deuxième jour d’audience

Le troisième jour du procès de Bernard Preynat (et deuxième jour d’audience après le report initial lundi), mercredi 15 janvier, a permis d’entrer plus profondément dans la personnalité et les ambiguïtés de l’ancien aumônier scout. Le clivage du personnage, prêtre d’un côté, traître à ses valeurs de l’autre, intrigue. Imposture ? Bernard Preynat réfute le mot, parlant plutôt de son « drame ». « Ma vie a été un drame, pour moi, pour mes victimes, pour l’Église, pour la société », dit-il, affirmant avoir vécu « douloureusement cette séparation » entre ce qu’il prêchait et ses agressions.

→ COMPTE RENDU. Bernard Preynat, prisonnier de lui-même ou imposteur ?

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