Le numéro deux de l’entreprise a appuyé sa défense sur une enquête, réalisée auprès des salariés en 2009, qui contredit l’état des lieux alarmant du rapport Technologia.

Par Publié aujourd’hui à 11h16, mis à jour à 17h51

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Pendant trois ans, de 2007 à 2009, le numéro deux de France Télécom, Louis-Pierre Wenès, avait confié à un cabinet une mission d’« écoute » des salariés.

Pendant trois ans, de 2007 à 2009, le numéro deux de France Télécom, Louis-Pierre Wenès, avait confié à un cabinet une mission d’« écoute » des salariés. ERWAN FAGES

C’est l’autre questionnaire. Il précède de quelques mois celui du fameux rapport Technologia qui, en décembre 2009, allait dresser un état des lieux alarmant sur le malaise des salariés de France Télécom et entraîner le départ de l’équipe dirigeante – dont Didier Lombard et Louis-Pierre Wenès – et l’arrivée de Stéphane Richard à la tête de l’entreprise. Versé aux débats, jeudi 6 juin, par la défense, il livre une photo beaucoup plus optimiste de la situation.

Pendant trois ans, de 2007 à 2009, le numéro deux de France Télécom, Louis-Pierre Wenès, avait confié à un cabinet une mission d’« écoute » des salariés. Mis en ligne sur le site Internet de l’entreprise, ce questionnaire avait suscité un taux de réponses important – 29 000 en 2007, 35 000 en 2009 – parmi les 80 000 agents rattachés à la direction France.

Au printemps 2009, donc, le sondage interne indique que l’indice de satisfaction au travail s’élève à 78 % chez les cadres et à 60 % chez les collaborateurs. Il donne les mêmes pourcentages favorables sur l’évaluation de la « qualité du soutien et de l’accompagnement dans l’évolution de l’entreprise ». La fierté d’appartenance à l’entreprise, si elle est en baisse par rapport à 2007, frôle encore les 80 % chez les managers et dépasse 65 % chez les collaborateurs. Il y a, certes, plusieurs avertissements dans ce rapport – les collaborateurs comprennent mal la stratégie de l’entreprise, ils sont nombreux à dire qu’ils ne perçoivent plus de possibilités d’évolution au sein de France Télécom et trouvent insuffisante la reconnaissance de leurs performances –, mais ils ne semblent pas entamer la foi des dirigeants dans le bien-fondé de leur stratégie.

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« Attention, danger de mort »

Les avocats des parties civiles rappellent pourtant que, à la même époque, la direction avait déjà reçu des signaux inquiétants, restés sans réponse : en juillet 2007, les syndicats réunis au comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CNHSCT) déposent un droit d’alerte sur la mise en danger de la santé des salariés : « Attention, danger de mort. Demain, à France Télécom, on ne pourra pas dire “Je ne savais pas” ou “Si j’avais su”. » En juin 2008, ils s’inquiètent de cinq suicides et rédigent une déclaration commune : « A partir de quels chiffres la direction va-t-elle aborder le problème ? » En juillet 2008, un inspecteur du travail adresse aux dirigeants une lettre dans laquelle il évoque le mal-être qui lui remonte face aux « procédures multiples et contraignantes, doublées de contrôles aux modalités invasives qui provoquent chez le salarié un sentiment permanent de faute ». Le même mois, un article de Libération cite le chiffre de treize suicides entre janvier 2007 et juillet 2008.