Procès des attentats de janvier 2015 : « Je suis là à cause d’une balance mythomane », clame le principal accusé – 20 Minutes

Spread the love
  • Yum
Ali Riza Polat (à droite) est le seul accusé présent à devoir répondre de complicité — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Quatorze personnes sont jugées jusqu’au 10 novembre par la cour d’assises spécialement composée pour les attentats de janvier 2015. Trois sont néanmoins en fuite.
  • Ali Riza Polat est le seul accusé présent à devoir répondre de complicité de crimes.
  • S’il reconnaît vivre pleinement dans le milieu du banditisme, il nie son implication dans les attentats de janvier 2015.

Ali Riza Polat parle comme il pense, sans filtre. Et d’emblée, le seul des onze accusés à devoir répondre de complicité de crimes* dans le procès des attentats de janvier 2015 tient à mettre les choses au point. « Je suis innocent des faits qu’on me reproche, je suis là à cause d’une balance mythomane », lâche ce Franco-turc de 35 ans, cheveux rasés et chemise blanche, le visage largement dissimulé sous son masque. A qui fait-il référence ? Il promet de s’en expliquer lorsqu’il sera interrogé sur les faits mais ce vendredi, au troisième jour du procès, la cour d’assises spéciale s’intéresse avant tout à la personnalité des hommes dans les deux larges box vitrés. Car «  on juge des faits, mais avant tout des hommes », a rappelé en préambule le président de la cour d’assises, Régis de Jorna.

A l’entendre parler de lui, Ali Riza Polat n’a qu’un seul centre d’intérêt dans la vie : s’enrichir. « Franchement, un million d’euros, c’est rien. Je veux profiter, une belle villa, des voitures… », explique-t-il crânement devant la cour. Malgré la solennité de l’institution judiciaire, il ne fait pas mystère du chemin qu’il compte emprunter pour y parvenir. « Quand je sors, je vais faire encore plus de banditisme. » La délinquance, l’accusé est tombé dedans lorsqu’il entrait dans l’adolescence. Des vols d’abord, puis rapidement du trafic de stupéfiants. Son premier séjour en prison, en 2009 alors qu’il a 24 ans, bien loin de l’éloigner de tout trafic, le renforce dans ses convictions de « carrière ». Ali Riza Polat explique y avoir alors côtoyé des voyous « millionnaires ». « Je me suis alors dit : “Je veux faire plus d’argent”. »

« Je paye mon amitié »

Paradoxalement, c’est selon lui cette « passion » pour l’argent qui l’a perdu. Tout au long de la procédure, l’accusé n’a eu de cesse de nier les faits qui lui sont reprochés, admettant seulement avoir monté des escroqueries à l’assurance avec Amédy Coulibaly, le tueur de Montrouge et de l’Hyper Cacher, afin de rembourser une dette de stups de 15.000 euros. « Je me désolidarise de ce qu’il a fait, je paye mon amitié », martèle-t-il encore ce vendredi. « Je n’ai eu de combat religieux, je ne m’en suis jamais pris à personne. »

Les deux hommes ont grandi dans le même quartier, à Grigny, dans l’Essonne et se sont rapprochés en 2007. Le Franco-turc est présenté par l’accusation comme le bras droit du terroriste, présent à tous les stades de la préparation des attentats. Son écriture a notamment été identifiée sur un document dans lequel il demandait le prix d’armes et d’explosif, l’homme a également quitté la France trois jours après les attentats, tentant de rallier la Syrie via le Liban. Il avait finalement été refoulé à la frontière.

« On fait tous des conneries »

Signe de sa place prépondérante dans ce procès, il est le seul accusé à avoir été longuement interrogé sur son rapport à la religion. Des questions qui ont le don d’agacer son avocate, Me Isabelle Coutant-Peyre. « Je m’étonne qu’on fasse un débat sur les questions de religion dans une enceinte judiciaire laïque », réagit-elle alors que son client est interrogé sur sa pratique. « Y a-t-il une autre question que celle-là ? Vous n’avez pas honte, devant des victimes ? », s’offusque, furieuse, une avocate des parties civiles, Me Nathalie Senyck.

Ali Riza Polat a grandi dans une famille de Kurdes alévis et s’est converti à l’islam en 2014 mais expose, ce vendredi, une vision de la religion toute personnelle. « Je suis croyant, je fais mes cinq prières par jour mais je fais mes conneries à côté. » Le président s’étonne : « Vous faites des escroqueries mais après, par le biais des prières, vous demandez pardon ? » « On fait tous des conneries », lui répond l’intéressé Mais l’exubérance de ses réponses pourrait faire oublier la gravité des faits qui lui sont reprochés. L’homme encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

*Un second accusé est renvoyé pour complicité mais jugé en son absence.

103 partages

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *