Procès de l’attentat contre « Charlie Hebdo » : « Fredo, ça a été le premier tué, le dernier enterré » – Le Monde

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Mercredi 7 janvier 2015, Frédéric Boisseau est parti très tôt de la maison, à 4 h 30. Il est technicien de maintenance, la route est longue depuis son village près de Fontainebleau (Seine-et-Marne), il doit rejoindre deux de ses collègues, Jérémy Ganz et Claude Boutant, pour une nouvelle mission au 10, rue Nicolas-Appert, à Paris.

Ils sont serrés à trois dans la loge du gardien, à la recherche d’un code sur leur ordinateur, quand la porte s’ouvre d’un coup. Deux hommes cagoulés les pointent avec leurs armes, l’un crie : « Charlie ? C’est où Charlie ? » et tire. Frédéric Boisseau s’écroule. « Jérémy, je suis touché. Appelle Catherine. Je vais crever. Dis à mes enfants que je les aime. »

Jérémy Ganz en a gros sur le cœur. Il le dit tout à trac à la barre de la cour d’assises spéciale de Paris, mardi 8 septembre. « J’en veux aux médias. On a parlé des heures et des heures des autres. Mais pas de Fredo. Fredo, ça a été le premier tué, le dernier enterré. Nous, on est seulement de la maintenance. Fredo, c’est le père de famille qui se levait le matin pour nourrir sa famille. Le lambda. »

« Aujourd’hui, je témoigne pour lui »

Ce mercredi, Catherine Gervasoni, sa compagne depuis dix-sept ans, était à la maison, comme tous les mercredis, pour s’occuper de leurs deux fils de 11 et 13 ans, quand elle a reçu l’appel de Jérémie. « On nous a tiré dessus. Fred est blessé. Allume la télé, tu verras. » Catherine Gervasoni a pris le train à la gare de Fontainebleau pour rejoindre Paris et se précipiter rue Nicolas-Appert. « Je demandais partout des nouvelles de Frédéric, on me disait de m’asseoir et d’attendre, témoigne-t-elle. Je ne pouvais pas attendre. Quand j’ai vu qu’on ne me donnait pas de nom d’hôpital, j’ai compris. »

Elle file à l’Institut médico-légal, en vain, revient rue Nicolas-Appert, repart à l’Institut médico-légal, retourne encore une fois rue Nicolas-Appert. Supplie un policier. « Je dois savoir, je ne partirai pas. Il m’a dit : “Je suis désolé. Il fait partie des victimes.” Ça faisait cinq heures que je courais partout. »

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Catherine Gervasoni n’avait jamais parlé avant de déposer devant la cour d’assises. « Je me suis centrée sur les enfants. Je n’ai vécu que par eux et pour eux. Maintenant, ils sont équilibrés. Ils vont bien. Aujourd’hui, je témoigne pour lui, pour qu’on sache que c’est quelqu’un de bien et qu’il ne mérite pas d’être passé sous silence. »

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