Procès Daval : après trois ans de batailles judiciaire et médiatique, le verdict d’une justice sereine – Le Monde

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Jonathann Daval (à gauche) et son avocat Me Schwerdorffer, lors des plaidoiries au dernier jour du procès, à Vesoul (Haute-Saône), le 21 novembre.

Un homme a tué sa femme, il a été condamné à vingt-cinq ans de prison. L’affaire Jonathann Daval est simple, si simple que deux heures – c’est peu – ont suffi au jury de la cour d’assises de la Haute-Saône pour délibérer et rendre son verdict à l’encontre de l’accusé de 36 ans devenu coupable, samedi 21 novembre. Epilogue de l’un des faits divers les plus retentissants du XXIe siècle.

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Mais l’affaire Daval est complexe, si complexe qu’il a fallu six jours d’audience – c’est beaucoup – pour juger un crime reconnu par son auteur. Cela s’explique : l’enquête n’a pas établi le mobile du meurtre, le procès pouvait y parvenir. Raté. A ce jour, une seule personne sait pourquoi Jonathann Daval a tué Alexia : Jonathann Daval.

L’accusé a évoqué une dispute ayant dégénéré – consécutive à un rapport sexuel refusé par lui –, au cours de laquelle serait ressortie toute la colère accumulée au sein d’un couple en panne de communication, miné par l’impuissance de l’homme et l’infertilité de la femme. L’avocat général et la mère d’Alexia ont avancé une autre explication : c’est parce qu’elle voulait divorcer que Jonathann Daval l’a tuée. Une avocate de parties civiles a imaginé un troisième scénario dans lequel Alexia Daval se serait rendu compte que son époux la droguait à son insu, et Jonathann l’aurait supprimée pour qu’elle n’ébruite pas le scandale. La préméditation ainsi que la possibilité d’un viol post-mortem ont parfois été avancées.

Complexité de la vie d’un couple

Randall Schwerdorffer a balayé, lors de sa plaidoirie, ces hypothèses parfaitement invérifiables, y compris celle de son client : « Je ne plaiderai même pas le refus de l’acte sexuel. On vous dit : ne croyez pas Jonathann Daval. Mais vous n’êtes pas là non plus pour croire les scénarios de la partie civile ou de l’avocat général. On n’est pas là pour croire, dans une enceinte judiciaire. L’intime conviction, ce n’est pas l’intime intuition. » La justice fait comme elle peut : elle ne peut pas savoir ce qui s’est passé dans le pavillon conjugal de Gray-la-Ville cette nuit-là. « On doit accepter que, dans un dossier criminel, on ne sache pas tout. »

On ne sait toujours pas comment Alexia Daval a été tuée. On sait en revanche quelle pilule gobait l’un contre l’impuissance, quelle capsule utilisait l’autre contre l’infertilité. On sait que Jonathann pouvait se faire gronder pour avoir mangé des tranches de blanc de poulet destinées au chat, ou parce que le tapis de course du sous-sol était en panne. On sait qu’Alexia lui faisait part de sa lassitude devant son comportement fuyant, et qu’il n’y entendait rien. Leurs échanges de SMS et les témoignages de leurs amis communs nous ont plongés dans les détails les plus intimes, les plus embarrassants, mais c’était nécessaire pour saisir la complexité de la vie d’un couple qui ne fonctionnait plus.

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