Procès Bygmalion : l’audience s’est ouverte jeudi, sans Nicolas Sarkozy – Le Monde

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Nicolas Sarkozy, le 1er mars 2021.

Après un faux départ en mars, Nicolas Sarkozy est de retour au tribunal. L’ancien président est jugé à partir de jeudi 20 mai, dans le cadre du procès Bygmalion, pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012. Le procès, prévu sur un mois, aurait dû débuter mi-mars, mais il avait été reporté en raison de l’hospitalisation de l’avocat de Jérôme Lavrilleux, protagoniste central du dossier, qui avait causé des déflagrations en cascade à droite.

L’audience s’est ouverte à 13 h 30, sans Nicolas Sarkozy. En mars déjà, il n’était pas venu – en raison de la demande de renvoi, avait fait savoir au tribunal son avocat historique, Thierry Herzog.

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Quelques jours plus tôt, M. Sarkozy était devenu le premier président de la Ve République à se voir condamner à de la prison ferme : il s’était vu infliger trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, pour corruption et trafic d’influence. Il avait assisté à tout le procès dans cette « affaire des écoutes ». Pour Bygmalion par contre, il ne « se dérobera pas », mais a fait savoir qu’il n’assisterait qu’aux audiences le concernant. Son interrogatoire est prévu la semaine du 14 juin. Il encourt dans ce dossier, qui porte le nom de l’agence de communication liée à l’UMP (ancien nom des Républicains), un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende.

42,8 millions d’euros dépensés

Contrairement à ses treize coprévenus – anciens cadres de Bygmalion et de l’UMP, experts-comptables – renvoyés notamment pour escroquerie ou complicité, M. Sarkozy n’est pas mis en cause pour le système de fausses factures imaginé pour masquer les dépenses excessives de sa campagne, et qu’avait révélé Jérôme Lavrilleux dans une surprenante confession télévisée, en 2014.

Mais, selon l’accusation, Nicolas Sarkozy a laissé filer les dépenses, malgré plusieurs alertes claires sur les risques de dépassement de plafond, et il a « incontestablement » bénéficié de la fraude qui lui a permis de disposer de « moyens bien supérieurs » à ce qu’autorisait la loi : au moins 42,8 millions au total, soit près du double du plafond légal à l’époque (22,5 millions d’euros).

Jérôme Lavrilleux, à l’époque directeur adjoint de la campagne de M. Sarkozy et directeur de cabinet du patron de l’UMP, Jean-François Copé, est le seul au parti à avoir reconnu les faits. Il avait d’abord été accusé d’avoir constitué un « trésor de guerre » au profit de l’avenir politique de son patron.

Jean-François Copé a, lui, bénéficié d’un non-lieu dans cette affaire, et il ne sera entendu que comme témoin. Il a fait savoir par son avocat, Hervé Temime, qu’il répondrait à « l’ensemble des questions » lors de son audition, prévue le 27 mai.

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Une machine qui s’emballe

L’enquête a décrit une campagne qui se voulait d’abord « éclair » pour le président sortant – seule une quinzaine de meetings prévue, dont trois ou quatre grands rassemblements. Mais la machine s’est ensuite emballée : « moyens techniques les plus en pointe » pour la scène, le son et l’éclairage, « mise en scène grandiose et millimétrée » pour les grands meetings… Les prix n’en finissent plus de grimper.

Et, alors que les premières alertes de risques de dépassement tombent, le candidat demande, au contraire, qu’on accélère le rythme. Il y aura au total plus de quarante meetings. Une campagne « d’une rare densité », marquée par une succession « très rapide » des meetings et une « totale improvisation » des donneurs d’ordres, dit aussi l’accusation.

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Pour éviter au candidat Sarkozy de devoir reconnaître publiquement que ses dépenses avaient dérivé « de manière spectaculaire », « avec les conséquences politiques et financières » qui s’en seraient suivies, il a été décidé de « purger » le compte de campagne, soutient l’accusation. Grâce à un système de double facturation, le prix des meetings est drastiquement réduit et le reste est facturé à l’UMP, au nom de conventions fictives du parti.

Renvoyé pour escroquerie, le directeur de la campagne, Guillaume Lambert, assure, lui, que le système a été mis en place à son insu. Pour lui, « rien » dans le dossier ne montrerait, par ailleurs, un lien avec la campagne – il privilégie la thèse de l’enrichissement personnel de dirigeants de Bygmalion. « Je continue à me demander où est passé l’argent », avait dit Nicolas Sarkozy devant les enquêteurs, estimant que le prix moyen de ses meetings était « en ligne » avec ceux de son opposant François Hollande.

Le procès doit durer jusqu’au 22 juin.

Le Monde avec AFP

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