Le président Emmanuel Macron se rendra jeudi 13 juin aux Sables d’Olonnes pour rendre hommage aux trois sauveteurs disparus. — AFP

  • Le site internet pour recueillir les signatures en faveur d’un référendum contre la privatisation d’ADP a ouvert ce jeudi.
  • L’opposition a neuf mois pour mobiliser 4,7 millions de personnes à signer sur cette plateforme.
  • Cette campagne pourrait gêner l’action d’Emmanuel Macron.

Une fois n’est pas coutume, l’opposition s’est retrouvée. D’un bloc, ou presque, autour du référendum d’initiative partagée (RIP). Début avril, 248 députés et sénateurs de tous bords ont lancé la longue procédure pour tenter de pousser l’exécutif à organiser une consultation nationale sur la privatisation des Aéroports de Paris (ADP).

Les opposants entrent dans une course contre la montre : ils ont désormais neuf mois pour motiver dix pour cent du corps électoral, soit 4.7 millions de personnes, à signer contre le projet de privatisation sur la plateforme lancée ce jeudi. On vous explique pourquoi cette campagne pourrait empoisonner la vie d’Emmanuel Macron.

Il unit toutes les oppositions

Le RIP a déjà permis une chose que seul Benalla avait réussi depuis le début du quinquennat : l’union de toutes les oppositions. Mardi, des représentants des groupes LFI, PCF, Libertés et territoires, PS et LR des deux chambres se sont réunis pour préparer leur visite au ministre de l’Intérieur ce jeudi. « Cette mobilisation des oppositions montre qu’il y va de l’intérêt supérieur de la nation. Un arc républicain s’est constitué pour éviter de commettre cette erreur stratégique majeure que serait la privatisation d’ADP », assure le député socialiste Boris Vallaud.

Pour symboliser cette « union sacrée » : les opposants au pouvoir ont décidé de créer une Coordination nationale du référendum, dont l’acronyme CNR, rappelle le Conseil national de la résistance. Mercredi prochain, une « soirée de lancement de la campagne de recueil des signatures », à l’initiative du député PCF Stéphane Peu, réunira d’ailleurs à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) des parlementaires communistes, socialistes, insoumis et républicains.

Il permet à la gauche de se reparler

Après les divisions des européennes, la gauche se côtoie de nouveau. Dans une tribune au Monde, publiée mercredi, le député insoumis François Ruffin, le secrétaire national d’EELV David Cormand ou encore Claire Nouvian ont appelé à l’union pour « produire une contagion de signatures ».

« Avec l’élection européenne, on a tous été otages des stratégies personnelles. Mais en réalité sur le terrain, on partage les mêmes combats, indique la cofondatrice de Place Publique. Ruffin a eu raison de lancer cette initiative, de montrer qu’on était tous unis quand il s’agit de combattre un ennemi commun, en l’occurrence Emmanuel Macron ».

Dans une vidéo publiée vendredi dernier, le député LFI ne dit pas mieux. « Dans le bazar à gauche, on bosse […] Car les gens, si on les met autour d’une table en leur disant, vous êtes de gauche ou bien populiste ou écologiste ou socialiste ? On ne s’en sort pas. En revanche, une campagne, au coude à coude, ça crée de la solidarité ».

La campagne va durer plusieurs mois

Les partis se préparent comme pour un scrutin, à l’image de François Ruffin qui a fait imprimer 70.000 affiches en faveur du RIP. « Ça va être neuf mois de campagne, politique et citoyenne, sur Internet mais aussi sur le terrain, en estrades communes, par des tractages, comme pour une élection, il ne faudra pas mollir », indique le socialiste Boris Vallaud. « Il va falloir mobiliser tous ceux qui s’opposent à ce libéralisme thatchérien qu’incarne notre président, associations, syndicats, citoyens, partis », abonde Claire Nouvian.

Cette campagne de plusieurs mois peut-elle gêner l’action du gouvernement ? « Il n’y a pas d’épée de Damoclès au-dessus de notre tête. Nous sommes très à l’aise sur la procédure du RIP. Les parlementaires des oppositions qui le souhaitaient ont été reçus à l’Intérieur, la plateforme mise en ligne », précise Olivia Grégoire, députée de Paris et porte-parole de la majorité au Parlement. « Les oppositions ont mis en place une tactique politicienne qui peut se retourner contre tous les parlementaires et renforcer l’antiparlementarisme, mais nous sommes sereins et vigilants sur l’organisation du processus », poursuit-elle.

Un danger pour Emmanuel Macron ?

Plusieurs opposants veulent faire du référendum un vote sur le président de la République. « La privatisation d’ADP est plus qu’un symbole. On est là au cœur du libéralisme dérégulateur du pouvoir. C’est un vrai référendum anti-Macron », confie Claire Nouvian. « Le sujet reste la privatisation d’ADP. Le RIP n’est pas une arme politique mais un instrument démocratique pour éviter de brader une entreprise qui rapport de l’argent », nuance toutefois Boris Vallaud.

Olivia Grégoire souffle : « On ne va pas entrer dans le jeu de Ruffin. Les Français veulent nous voir au travail, pas appeler à un référendum sur Emmanuel Macron tous les six mois ».

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