Présidentielle américaine : que disent (vraiment) les sondages? – Paris Match

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Après la victoire surprise de Donald Trump en 2016, les sondeurs et statisticiens ont revu leur copie pour 2020. Voici un guide pour y voir un peu plus clair dans la jungle des tentatives de prédiction.

Avant l’élection présidentielle de 2016, les prédictions ont donné l’avantage à Hillary Clinton jusqu’au bout. Les calculs du «New York Times» donnaient à la démocrate 85% de chances de l’emporter, y compris le jour même du scrutin. Moins optimiste, FiveThirtyEight, un site spécialisé dans l’analyse statistique, créditait Clinton de 71,4% de chances de victoire à la fin de la campagne. C’est pourtant Donald Trump qui l’a emporté, créant la surprise. Le milliardaire pourrait-il réitérer son exploit et devancer Joe Biden mardi soir?

Des prédictions très encourageantes pour Biden, mais… A moins de deux jours d’une nouvelle présidentielle, FiveThirtyEight affiche des scores plus favorables pour Joe Biden, le candidat démocrate, qu’ils ne l’étaient pour Hillary Clinton. Le site présente désormais ses résultats de manière différente : il ne s’agit plus de pourcentages, qui ont pu introduire une confusion avec les intentions de vote mesurées par les sondages, mais des résultats issus d’un modèle qui simule l’élection 40 000 fois à partir des sondages réalisés au niveau des Etats et de paramètres économiques et démographiques. Selon ce calcul, Joe Biden l’emporte dans 90 cas sur 100, contre 10 sur 100 pour Donald Trump. Joe Biden est, logiquement, qualifié de «favori», par FiveThirtyEight. Mais il ne s’agit que d’une probabilité. En réalité, la probabilité d’une victoire de Donald Trump est loin d’être négligeable : il y a dans la vie nombre de risques que l’on ne sera pas prêt à prendre si ils ont une chance sur dix de se produire. Ainsi, les 15% de chances de victoire calculés par le «Times» en 2016 pour le candidat Trump sont à peine inférieurs à la probabilité de perdre dès le premier tour à une partie de roulette russe.

Des sondages nationaux meilleurs pour Biden que pour Clinton. Les sondages, eux aussi, peuvent être trompeurs. En premier lieu parce que chaque sondage est accompagné d’un intervalle de confiance, qui donne une représentation de la marge d’erreur. Afin d’éviter les variations liées aux méthodologies très variées des sondeurs, la plupart des médias américains se fient à des moyennes des sondages nationaux pour évaluer le rapport de force. A ce titre, la moyenne publiée par Real Clear Politics est fréquemment citée. Ce dimanche matin, le site estime que Joe Biden a 7,8 points d’avance en moyenne sur son adversaire. La moyenne calculée par le «New York Times» est plus favorable : elle donne 9 points d’avance à Biden. FiveThirtyEight, qui pondère sa moyenne en fonction de la qualité des dizaines de sondages qu’il reçoit, l’établit à 8,6 points. Le «Washington Post», qui s’appuie sur un panier de sondages choisis pour leurs «standards de transparence et de qualité», donne un écart de 9 points.

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Pour mettre en perspective ces moyennes nationales, le «Times» propose un exercice intéressant : il affiche un résultat «si les sondages se trompent autant qu’en 2016 ou 2012». Ainsi, si les erreurs commises en 2016 se répétaient exactement à l’identique, Joe Biden disposerait en réalité d’une avance de 7 points et non de 9. En prenant 2012 pour référence, en revanche, l’écart se creuse : 12 points d’avance pour Biden. «Trump peut encore gagner, mais les sondages se tromperaient alors bien plus lourdement qu’en 2016», résume de son côté Nate Silver, le fondateur de FiveThirtyEight, dans un article paru samedi soir.

Quoiqu’il en soit, l’avance de Biden est sensiblement plus importante à deux jours du vote qu’elle ne l’était pour Hillary Clinton. Après l’annonce par le FBI de la réouverture d’une enquête sur ses emails privés, son avance avait fondu, et durant le dernier week-end avant le vote, elle ne bénéficiait plus que de 2,8 points d’avance au niveau national, selon les calculs de FiveThirtyEight à l’époque. Cet écart est relativement proche du résultat final : Hillary Clinton a en effet remporté 48,2% des votes dans l’ensemble du pays, contre 46,1% pour Donald Trump. Mais dans le système électoral des Etats-Unis, emporter la majorité des votes ne suffit pas.

Biden menace Trump dans des bastions républicains

Quid des Etats-clés? Le système des grands électeurs a joué puissamment en faveur de Donald Trump en 2016. Les votants désignent non pas le président mais un collège d’électeurs qui, ensuite, vote pour le président. Dans la plupart des Etats, le candidat qui arrive en tête remporte la totalité des grands électeurs de l’Etat… même s’il n’a devancé son rival que de quelques centaines de voix. C’est ce qui s’était passé en Floride en 2000, lorsque George W. Bush, surclassant Al Gore de 537 voix, avait emporté les 25 grands électeurs de l’Etat et la présidentielle.

Les élections américaines se jouent donc avant tout dans une poignée d’Etats clés, où le nombre d’électeurs indécis est le plus important. En 2016, Donald Trump avait réussi à faire basculer le Wisconsin, le Michigan, la Pennsylvanie et la Floride -parfois à quelques milliers de votes près- garantissant sa victoire en dépit de son déficit de voix au niveau national. Cette année, le milliardaire espère réitérer l’exploit. Mais les bons résultats de Biden dans les sondages menacent non seulement les conquêtes de Trump en 2016 mais aussi d’anciens bastions républicains, comme le Texas, deuxième plus gros pourvoyeur de grands électeurs, ou la Géorgie.

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Un sondage encourageant pour Trump à 48 heures du vote. L’une des rares bonnes nouvelles de ces dernières semaines pour la campagne Trump est tombée samedi. Le très respecté sondage du «Des Moines Register» donne un très net avantage au président sortant dans les intentions de vote pour l’Iowa. Dans cet Etat rural du midwest, Donald Trump est crédité de 48% des intentions de vote contre 41% pour Joe Biden. C’était 47% contre 47% lors de la vague de septembre, signe d’une amélioration pour le républicain.

J. Ann Selzer, qui a conduit le sondage, explique dans le quotidien que «le président conserve les faveurs des groupes démographiques qu’il avait remportés dans l’Iowa il y a quatre ans, ce qui a de quoi le rassurer». «Ce qui se passe en 2020 est cohérent avec ce qui s’est passé en 2016», affirme-t-elle. Au delà des six grands électeurs de l’Iowa, l’enjeu du sondage est aussi symbolique. En 2016, le sondage de J. Ann Selzer pour le «Des Moines Register» avait auguré la vague trumpiste, en donnant au républicain 7 points d’avance sur Clinton. Mais, comme le note Nate Cohn, le spécialiste des sondages du «New York Times» dans un article publié samedi, aussi révéré que soit ce sondage, il est cette année le seul à annoncer un basculement au profit de Donald Trump, ce qui n’était pas le cas il y a quatre ans.

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