Présidentielle américaine : pourquoi le résultat pourrait se faire attendre – Franceinfo

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Il va peut-être falloir s’armer de patience pour connaître le nom du futur président américain. Un second mandat de Donald Trump ou une arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche ? Rien ne dit que les résultats seront connus à l’issue de la nuit du mardi 3 au mercredi 4 novembre. Franceinfo vous explique les raisons de cette attente potentielle.

Parce que le dépouillement du vote par correspondance pourrait prendre du temps

Le vote par correspondance est une norme aux Etats-Unis. En 2016, 33 millions d’Américains y avaient eu recours sur les 146 millions d’électeurs que compte le pays. Avec la pandémie de Covid-19, quelque 91 millions d’Américains ont demandé un bulletin de vote par voie postale et plus de 60 millions d’Américains ont déjà voté par ce biais.

Plusieurs modalités de vote par correspondance existent selon les Etats : certains demandent le renvoi du bulletin par voie postale, d’autres installent des boîtes aux lettres spécifiques pour recueillir les suffrages ou cumulent les deux méthodes. La date limite pour voter diffère également. Dans l’Oregon, le bulletin doit être reçu au plus tard le 3 novembre à 20 heures par les services électoraux ; en Caroline du Nord, tous les bulletins seront comptabilisés s’ils sont reçus avant le 12 novembre. Cette extension du délai a été validée par la quatrième Cour d’appel fédérale, malgré une plainte du comité de campagne de Donald Trump. 

Au-delà de leurs modalités propres, les Etats vont également faire face à un afflux massif, qu’ils n’ont pas les “moyens humains ni logistiques” de gérer. C’est que les services postaux américains font face à des difficultés économiques qui pourraient entraîner des retards dans l’acheminement des bulletins jusqu’au centre de dépouillement.

>> Le vote par courrier, un facteur décisif de la présidentielle américaine ?

A ce problème, s’ajoute celui du prétraitement : par sécurité, l’électeur qui vote par correspondance met son bulletin dans une enveloppe qu’il signe en guise de cachet. Lorsqu’elle est reçue par les services électoraux, l’enveloppe est décachetée et seul le bulletin part au dépouillement.

Là encore, selon les Etats, ce prétraitement n’est pas effectué au même moment. Certains, comme le Colorado, débutent ce processus dès la réception des premiers bulletins et échelonnent donc la masse d’enveloppes à décacheter avant le dépouillement. D’autres Etats, comme la Pennsylvanie, attendent le jour de l’élection pour l’effectuer. Ce qui repousse le décompte des votes.

Dans les services de dépouillement, c’est déjà l’inquiétude. “On évoque des astreintes de 48 heures dans certains Etats. On prend le risque, avec la fatigue, d’accroître le nombre d’erreurs, d’imprécisions”, explique l’historien Lauric Henneton, spécialiste de la politique américaine et maître de conférences à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Environ 15% des résultats des votes par correspondance sont connus durant la nuit du scrutin. Les 85% restants seront dépouillés les jours suivants.

Parce que Donald Trump ne s’est pas engagé à reconnaître les résultats

Interrogé en septembre au sujet de la reconnaissance des résultats électoraux et d’une éventuelle “passation pacifique du pouvoir”, Donald Trump s’est montré évasif : “Il va falloir que nous voyions ce qui se passe.” Depuis le mois d’août, le président sortant a entamé une campagne de défiance à l’égard du vote par correspondance. Le 30 septembre, il dénonçait ainsi sur Twitter une “pagaille totale” et une “grande fraude” dans l’Etat de New York. 

“La masse de votes par correspondance attendue accroît le risque d’erreur, et fait donc partie du lot d’arguments de Donald Trump contre ce vote par correspondance. Mais plus généralement, il est surtout pour un vote en personne”, note Lauric Henneton.

>> Présidentielle américaine : l’élection peut-elle vraiment virer à la pagaille ?

“Si le résultat est net en faveur de Joe Biden, les républicains calmeront le jeu, avance le spécialiste de la politique américaine. Si c’est plus serré, ils essaieront de faire traîner les choses. Mais, selon moi, le plus grand risque est celui d’une action sporadique extrémiste : un Américain qui décide de contester le résultat en tirant dans une foule avec un fusil d’assaut, ça peut totalement se produire.”

Parce que l’élection va se jouer dans les très indécis “Swing States”

Pour comprendre l’incertitude qui peut régner autour des résultats de la présidentielle américaine, il faut aussi se replonger dans le fonctionnement de l’élection. Le président des Etats-Unis est élu au suffrage universel indirect par des grands électeurs. Il y en a au total 538, répartis proportionnellement en fonction de la population de chaque Etat. La Californie, Etat le plus peuplé du pays, en compte ainsi 55, quand les Etats les plus petits comme le Vermont ou l’Alaska n’en ont que trois. Le premier candidat qui atteint les 270 grands électeurs, soit la majorité absolue, est assuré d’être élu. 

Quel que soit son pourcentage de voix, le candidat qui arrive en tête dans un Etat remporte l’ensemble de ses grands électeurs, sauf dans le Maine et le Nebraska où ils sont attribués à la proportionnelle. C’est le principe du “Winner Take All”. Certains Etats sont traditionnellement démocrates (comme la Californie et New York) et d’autres républicains (comme le Nebraska et l’Utah). Et il y a les “Swing States”, des Etats disposant d’un certain nombre de grands électeurs qui basculent dans un camp ou un autre, selon les élections. Ils sont souvent la clé du scrutin. 

La Floride est le plus célèbre d’entre eux : en 2000, la victoire s’y est jouée. Alors que les deux candidats George W. Bush et Al Gore étaient au coude à coude, les 29 grands électeurs floridiens étaient déterminants pour proclamer la victoire : le candidat en tête en Floride allait accéder à la Maison Blanche. Et c’est le républicain George W. Bush qui l’a emporté de 500 voix sur le démocrate Al Gore, dans un contexte tumultueux où de nombreuses voix démocrates n’ont pas été correctement comptées en raison de machines à vote défectueuses.

Cette année, il faudra surveiller l‘Arizona, la Floride, le Michigan, la Pennsylvanie ou encore le Wisconsin. Le Texas, Etat historiquement républicain avec 34 grands électeurs, sera également scruté. Joe Biden, qui y a beaucoup fait campagne, remonte dans les sondages. “Probablement pas assez pour faire basculer le résultat, mais suffisamment pour indiquer une tendance”, observe Lauric Henneton.

Parce que les grands électeurs ne voteront que le 14 décembre

Le vote des grands électeurs, qui entérine le résultat de l’élection américaine, aura lieu le 14 décembre. Et il arrive que certains d’entre eux trahissent leur candidat. Ils ne votent pas pour le candidat adverse, mais pour un autre “ticket présidentiel”. “C’est pour cela qu’il faut bien les choisir en amont, pour minimiser le risque de trahison”, remarque Lauric Henneton.

En 2016, deux grands électeurs républicains avaient ainsi choisi de désigner Ron Paul et John Kasich aux dépends de Donald Trump. Son adversaire démocrate, Hillary Clinton, avait de son côté souffert de cinq défections. Des trahisons sans conséquences sur le résultat final, car Donald Trump avait suffisamment d’avance sur l’ancienne secrétaire d’Etat pour l’emporter.

Cette année, le scrutin s’annonce plus serré. Donald Trump est investi par le parti républicain, mais plusieurs membres de son camp ont déjà lâché le président, comme Mitt Romney, ancien candidat républicain à la présidentielle 2012, ou Colin Powell, ancien secrétaire d’État entre 2001 et 2005. Des défections internes pourraient-elles alors faire basculer le résultat ? “Il faudrait que cela se joue à seulement quelques grands électeurs. Mais on ne peut pas l’exclure à 100%”, admet Lauric Henneton.

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