Présidentielle américaine : ce qu’il faut savoir avant le premier débat entre Donald Trump et Joe Biden – Le Monde

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Le premier débat entre Joe Biden et Donald Trump aura lieu mardi 29 septembre à la Case Western University à Cleveland, dans l’Ohio.

Après un début de campagne présidentielle perturbé par la pandémie de Covid-19, le candidat républicain, Donald Trump, et son adversaire démocrate, Joe Biden, se retrouvent, mardi 29 septembre, face à face sur un plateau télévisé pour le premier débat avant l’élection du 3 novembre. Les deux septuagénaires débattront à partir de 21 heures, heure de la côte est (3 heures à Paris), et auront quatre-vingt-dix minutes pour convaincre les électeurs.

Aucun risque de confrontation physique : les deux candidats garderont leurs distances et il n’est pas prévu qu’ils se serrent la main. Le public sur le plateau sera également restreint, seules 80 à 90 personnes – précédemment testées négatives au Covid-19 – assisteront au débat organisé à la Case Western Reserve University de Cleveland, dans l’Ohio.

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MM. Trump et Biden n’auront pas la possibilité de faire de déclaration d’ouverture et c’est le présentateur Chris Wallace, de Fox News, qui animera les hostilités. Ce journaliste expérimenté, réputé pour ses questions sans concession au sein de la chaîne conservatrice, interviewera les deux candidats sur six thèmes préétablis, auxquels ils devront répondre pendant quinze minutes. La première question sera à l’adresse de Donald Trump.

  • L’ombre du Covid-19

Joe Biden apparaîtra probablement masqué, pour souligner la gravité de la pandémie que Donald Trump est accusé d’avoir minimisée, comme l’a révélé le journaliste Bob Woodward dans un livre intitulé Rage (Simon & Schuster, non traduit). Depuis, le président en est réduit aux promesses. « Nous aurons assez de vaccins pour tous les Américains d’ici avril » 2021, a-t-il promis, en faisant un de ses arguments de campagne.

Le débat de mardi intervient alors que les Etats-Unis ont dépassé le cap des 200 000 décès attribués au Covid-19, selon l’université Johns-Hopkins. « Le Covid sera la troisième cause de mortalité cette année aux Etats-Unis, plus que les accidents, les accidents vasculaires cérébraux et la maladie d’Alzheimer », a tweeté Tom Frieden, ancien directeur des centres de prévention et de lutte contre les maladies.

  • Des bilans à défendre

Confronté à de nombreuses manifestations contre le racisme et aux statistiques alarmantes de l’épidémie de Covid-19 aux Etats-Unis, Donald Trump a constamment rejeté la responsabilité de la situation sur les autres sans jamais faire de mea culpa. Joe Biden s’efforcera de le renvoyer à son bilan.

Entré en politique il y a un demi-siècle, Joe Biden, sénateur puis vice-président de Barack Obama (de 1988 à 2016), espère que sa troisième tentative pour la Maison Blanche (il s’était déjà présenté aux primaires démocrates en 1988 et 2008) sera la bonne. Ce débat est l’occasion pour lui de relancer sa campagne. Il a organisé des événements dans plusieurs Etats et accordé régulièrement des interviews, mais le Covid-19 ne lui a pas permis de faire son grand retour sur scène. Bien qu’en tête dans les sondages, il devra s’imposer tout en fournissant des réponses concises et, surtout, éviter les gaffes qu’il a l’habitude de commettre.

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L’ancien vice-président démocrate a montré à plusieurs reprises pendant la campagne qu’il avait parfois du mal à se contrôler face aux attaques personnelles répétées de Donald Trump à son égard. Depuis des semaines, le locataire de la Maison Blanche moque les capacités physiques et mentales de « Sleepy Joe » (« Joe l’endormi »), le présentant comme une marionnette manipulée par la « gauche radicale ».

Les sondages montrent que les attaques répétées de l’équipe Trump contre la santé mentale de Joe Biden, 77 ans, ont imprimé dans l’opinion. Toute hésitation du candidat démocrate pendant le débat sera ainsi impitoyablement exploitée par l’équipe du président sur les réseaux sociaux.

  • Une nomination à la Cour suprême très surveillée

Entre la mort, le 18 septembre, de la juge progressiste de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg et le scrutin présidentiel du 3 novembre, le président américain sortant dispose d’une opportunité historique pour conforter son électorat conservateur. Il entend ainsi arriver à ce rendez-vous auréolé, auprès de sa base, du choix d’Amy Coney Barrett (aussi surnommée « ACB »), magistrate connue pour ses convictions religieuses traditionalistes, pour siéger à la plus haute juridiction américaine.

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Il espère galvaniser la droite chrétienne, sur laquelle il s’est largement appuyé lors de son élection surprise de 2016, et au-delà tout le camp conservateur, notamment tous ceux qui veulent voir la Cour suprême revenir sur son arrêt de 1973 (Roe v. Wade) ayant légalisé le droit des Américaines à interrompre leur grossesse. Il a prédit une confirmation « rapide » de cette nomination par le Sénat, où les républicains sont majoritaires.

Joe Biden a, lui, réitéré son appel au Sénat à ne « pas se prononcer » avant l’élection présidentielle, estimant que cette nomination allait renforcer la majorité conservatrice au sein de cette institution-clé qui tranche les grands débats de société, tels que la loi sur les soins abordables, plus communément appelée Obamacare, sur laquelle « ACB » pourrait revenir.

  • Crise économique et explosion du chômage

La gestion par Donald Trump de la crise sanitaire et des conséquences économiques de celle-ci a affecté la popularité du président républicain auprès des électeurs. Fin mars, peu après la paralysie de l’économie américaine, républicains et démocrates ont adopté à la quasi-unanimité un plan historique de 2 200 milliards de dollars (environ 1 900 milliards d’euros). Il incluait des fonds pour les PME, un moratoire pour empêcher les expulsions et une aide de 600 dollars par semaine pour les chômeurs, et avait été complété par 500 milliards de dollars de nouvelles mesures fin avril.

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Ce plan n’a pas empêché les licenciements : en une semaine, 6,6 millions d’Américains s’étaient inscrits au chômage, du jamais-vu. Si la moitié des 22 millions d’emplois détruits au printemps ont été recréés, 12,6 millions de personnes bénéficient toujours du chômage. La Banque fédérale américaine table désormais sur 7,6 % de chômage en 2020.

  • Des tensions raciales grandissantes

Le meurtre de George Floyd, un Afro-Américain étouffé sous le genou d’un policier blanc le 25 mai à Minneapolis (Minnesota), a mobilisé des centaines de milliers d’Américains. Dans tout le pays, des citoyens ont défilé pour dénoncer le racisme « systémique » aux Etats-Unis.

Mais la grande mobilisation œcuménique du début de l’été a laissé place à des incidents, comme mercredi 23 septembre, après la décision du procureur général du Kentucky de ne pas poursuivre les deux policiers auteurs de la mort de l’infirmière Breonna Taylor, 26 ans, tuée dans son sommeil le 13 mars à Louisville. Deux policiers ont été légèrement blessés par balle. Le suspect, un homme de 26 ans, a été interpellé. Jeudi soir, plusieurs centaines de protestataires bravaient de nouveau le couvre-feu.

Le pays n’est pas sorti du cercle vicieux qui voit les manifestations antiracistes dégénérer, les villes – généralement démocrates – prises dans l’engrenage de la répression, les polices, excédées après des mois de troubles, l’extrême droite ravie de mettre de l’huile sur le feu. Donald Trump essaye de profiter de ces incidents en se posant en défenseur de « la loi et l’ordre » et dénonce régulièrement les « pilleurs » et « anarchistes » du mouvement antiraciste.

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Lors d’un événement organisé vendredi à Atlanta, le président-candidat a assuré que le mouvement Black Lives Matter, à l’origine de nombreuses manifestations à travers le pays, « faisait beaucoup de mal à la communauté noire ». Son adversaire dans les urnes, le démocrate Joe Biden, a dit « comprendre la frustration » des manifestants, tout en appelant au calme.

  • Les conditions de tenue du scrutin

Devancé dans les sondages, le président refuse toujours de s’engager à garantir un passage sans violence du pouvoir s’il est battu par son rival démocrate. M. Trump se plaint régulièrement des conditions d’organisation de l’élection et affirme, sans preuve à l’appui, que le vote par correspondance est source de fraudes potentielles. Il a également semblé appeler à une annulation pure et simple des bulletins envoyés par la poste. Donald Trump, qui a lui-même déjà voté par correspondance, avait déjà menacé de ne pas reconnaître les résultats de la présidentielle de 2016, alors qu’il affrontait Hillary Clinton.

L’issue du scrutin se décidera devant la Cour suprême, a aussi déclaré Donald Trump. Selon lui, cette hypothèse justifie que le siège laissé vacant par la mort, le 18 septembre, de la juge Ruth Bader Ginsburg soit pourvu le plus rapidement possible.

  • Question bonus ? Les impôts de Donald Trump

Un septième sujet pourrait parasiter le débat. La rencontre entre les deux candidats intervient effectivement deux jours à peine après les révélations du New York Times sur le patrimoine de Donald Trump. Selon le quotidien américain, qui a publié dimanche des informations sur vingt ans de déclarations d’impôts du milliardaire, M. Trump n’a payé que 750 dollars d’impôts fédéraux en 2016, l’année de son élection à la présidence des Etats-Unis, puis autant en 2017. Sa situation fiscale, qu’il a toujours refusé de rendre publique, devrait donc également figurer en bonne place dans les échanges.

Quelques heures avant le duel télévisé, Joe Biden a d’ailleurs rendu publiques ses feuilles d’impôts pour l’année 2019. Selon les documents, mis en ligne sur le site Internet du candidat démocrate, son épouse et lui ont payé 299 346 dollars d’impôts fédéraux l’an dernier.

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Les deux adversaires pour la présidence se retrouveront encore pour deux autres débats, prévus les 15 et 22 octobre, respectivement à Miami (Floride) et à Nashville (Tennessee). Le vice-président sortant, Mike Pence, affrontera pour sa part la colistière de Joe Biden, la sénatrice et ex-procureure Kamala Harris, le 7 octobre, à Salt Lake City (Utah).

Le Monde

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