Présidentielle américaine : Avec Kamala Harris, Joe Biden joue la sécurité – 20 Minutes

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Joe Biden et Kamala Harris lors d’un débat de la primaire démocrate, le 12 septembre 2019. — David J. Phillip/AP/SIPA

Plat du pied, sécurité. En choisissant Kamala Harris comme colistière, Joe Biden a fait coup double, mardi. Il permet à la sénatrice californienne de rentrer dans l’histoire en devenant la première femme noire – et indienne – candidate à la vice-présidence. Et il protège son avance dans les sondages avec une partenaire consensuelle offrant peu d’opportunités d’attaques à Donald Trump.

« C’est Donald Trump qui a besoin de secouer la course, pas Joe Biden », analyse Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’université de Washington. Autrement dit, Biden n’avait aucun intérêt à tenter un coup de poker comme John McCain avec Sarah Palin en 2008.

La femme du moment

Tous les cadors du parti démocrate ont d’ailleurs applaudi à l’unisson la décision de Joe Biden. Kamala Harris est un « choix historique » (Hillary Clinton), une « championne des classes populaires » (Nancy Pelosi), elle se « battra pour réformer la santé » (Bernie Sanders) et elle est « plus que prête pour le job » (Barack Obama).

Alors consensuelle, Kamala ? « C’est un choix beaucoup moins controversé que d’autres prétendantes », continue Chris Edelson. Avec Susan Rice, Donald Trump aurait pu hurler « Benghazi ! » sur Twitter tous les matins (l’ancienne ambassadrice à l’ONU d’Obama avait dans un premier temps parlé de « manifestation spontanée » lors de l’attaque contre le consulat américain). Et avec Elizabeth Warren, Biden aurait été étiqueté de « socialiste radical » par le président américain.

Surtout, face aux vastes manifestations antiracistes qui ont suivi la mort de George Floyd, Joe Biden était contraint d’écouter la voix d’influents élus afro-américains comme Jim Clyburn (qui a sauvé Biden lors des primaires en Caroline du Sud), qui ont mis tout leur poids derrière Harris.

Possible mise sur orbite pour 2024

Biden-Harris, c’est un « ticket présidentiel solide », juge l’ancien porte-parole du parti républicain Doug Heye. « Avec son expérience au Sénat, cela envoie un message de stabilité à ceux que l’âge de Biden (77 ans) inquiète. » Même s’il n’a pas confirmé qu’il n’effectuerait qu’un seul mandat, il est peu probable qu’un éventuel président Biden se représente à 81 ans. C’est pour cela que son choix était particulièrement attendu : en cas de victoire en novembre, Kamala Harris serait une prétendante incontournable en 2024.

Pas si vite. Il ne faudrait pas oublier que la campagne présidentielle de la sénatrice californienne a, après des débuts prometteurs, fait pschitt dès décembre, à court d’argent et de soutiens. Si son passé de procureure de Californie fait d’elle une experte des joutes oratoires, son bilan, avec une ligne dure assumée, a été dénoncé par de nombreuses associations. En clair, Kamala Harris est loin d’être la championne dont rêvaient les progressistes pour réformer la justice et la police.

« Méchante et vicieuse », selon Trump

Le président américain, lui, n’a pas mis longtemps à réagir. Il a retweeté une vidéo de son équipe de campagne présentant Kamala Harris comme une politicienne « phony » (fausse et opportuniste). Et lors de son point presse coronavirus, il a estimé qu’elle était « méchante et vicieuse », utilisant son qualificatif préféré pour les femmes à poigne («nasty »).

Restent les vidéos de ce fameux débat démocrate, où Kamala Harris avait envoyé Joe Biden dans les cordes, l’accusant d’avoir soutenu des politiques racistes sur la ségrégation dans les écoles dans les années 1970, avec sa fameuse ligne « Cette petite fille, c’était moi ». Donald Trump ne « comprend pas » comment son adversaire a pu choisir Harris « qui lui a manqué de respect ». Mais Chris Edelson juge que le candidat démocrate pourrait retourner la situation à son avantage, en montrant qu’il est capable de travailler avec celle qui l’avait critiqué.

Alors, Kamala Harris renforce-t-elle la candidature de Joe Biden ? « Historiquement, le choix d’un colistier a peu d’impact sur une élection », répond Doug Heye. Chris Edelson acquiesce : « Plus que jamais, cette élection sera un référendum sur Donald Trump ». Et à moins d’un miracle sur le coronavirus ou du côté de l’économie américaine à l’automne « la mission de Donald Trump s’annonce compliquée ».

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