Présidentielle américaine : A quoi joue Donald Trump avec ses multiples recours sans preuve crédible ? – 20 Minutes

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Donald Trump lors d’une cérémonie pour le 11 novembre 2020 à la Maison Blanche. — Patrick Semansky/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Les jours se ressemblent pour Donald Trump. Après le Michigan et la Pennsylvanie, c’est dans l’Arizona que ses avocats ont tenté de convaincre un juge circonspect, jeudi, que la présidentielle américaine du 3 novembre avait été entachée « d’irrégularités ». Désavoué par les autorités fédérales et locales, selon lesquelles il n’y a « aucune preuve » de fraude massive, le président américain persiste et refuse de reconnaître la victoire de Joe Biden. Mais il aurait besoin d’un improbable concours de circonstances, dans trois Etats au minimum, pour inverser la donne.

  • Où en sont les recours déposés par Donald Trump ?

En une semaine, Donald Trump a déposé une vingtaine de recours, principalement dans six Etats remportés – où en instance de l’être – par Joe Biden : Wisconsin, Michigan, Pennsylvanie, Géorgie, Nevada et Arizona. La semaine dernière, les actions qui visaient à interrompre le compte dans trois Etats ont été rejetées par la justice. Et si Donald Trump dénonce publiquement des « fraudes massives », ses avocats ont été forcés de reconnaître en Pennsylvanie et dans l’Arizona, mercredi et jeudi, qu’ils ne disposaient d’aucune preuve.

Dans l’Arizona, jeudi, les témoins qui affirmaient que leur vote n’avait pas été comptabilisé ont admis qu’ils n’en étaient « pas certains ». Les morts qui auraient voté en Pennsylvanie et dans le Michigan ? Pour l’essentiel, il s’agit d’homonymes ou de dates de naissance mal retranscrites par les scanners. Dans le Nevada, les soi-disant fausses adresses concernent des militaires basés à l’étranger ou qui ont changé de base. Et en Pennsylvanie, l’employé de la Poste qui avait signé une déclaration sous serment affirmant que ses supérieurs avaient modifié le cachet de bulletins en retard s’est rétracté.

Jeudi, le président américain a changé d’approche. Il a accusé le logiciel Dominion Voting Systems, qui équipe les machines à voter de 28 Etats, d’avoir « effacé 2,7 millions de votes pro-Trump dans le pays ». L’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), qui dépend du ministère de la Sécurité intérieure, a aussitôt démenti, écrivant : « Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit. »

  • Une mission impossible pour Donald Trump ?

Mathématiquement, la situation est sans espoir pour le président américain. En Géorgie, où Joe Biden compte 14.000 voix d’avance, un recompte manuel a commencé jeudi. Dans le Wisconsin, où Donald Trump a 20.000 voix de retard, le président américain s’est dit prêt à payer les 3 millions de dollars nécessaires pour demander un recompte. Mais par le passé, de telles vérifications n’ont changé que quelques centaines de votes au maximum. Et cela ne suffirait pas pour Donald Trump. Il aurait également besoin de la Pennsylvanie, où Joe Biden devrait finir avec 100.000 voix d’avance, ou du Nevada et du Wisconsin. Même l’ancienne éminence grise de George W. Bush, Karl Rove, est catégorique, dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal : « Les résultats de l’élection ne seront pas inversés ».

  • Un baroud d’honneur ou un coup de poker ?

« Les actions de Donald Trump relèvent plus d’actes désespérés que de recours légaux méritoires », analyse pour 20 Minutes l’avocat Mark Trachtenberg. Selon lui, même une intervention de la Cour suprême pour annuler les votes postaux reçus après l’élection en Pennsylvanie ne serait pas suffisante vu l’avance de Joe Biden. En coulisses, de nombreux proches de Donald Trump assurent dans les médias américains qu’il cherche avant tout à sauver la face pour ses supporteurs – ou qu’il entretient la controverse pour préparer le lancement d’une chaîne de télévision conservatrice concurrente de Fox News.

Reste l’option nucléaire : tenter de court-circuiter le verdict des urnes au niveau du collège électoral, qui doit se réunir le 14 décembre. Les résultats doivent en effet être certifiés auparavant par chaque Etat. La Géorgie a jusqu’au 20 novembre, la Pennsylvanie jusqu’au 23, l’Arizona jusqu’au 3 décembre. En jouant la montre devant les tribunaux, Donald Trump pourrait, en théorie, faire dérailler ce processus. Dans ce scénario, qui fait débat chez les juristes, les élus républicains, qui sont au pouvoir en Pennsylvanie, pourraient tenter d’envoyer une délégation de grands électeurs rebelles pro-Trump à la place de la liste démocrate basée sur le vote populaire – 32 Etats l’interdisent, mais pas la Pennsylvanie. Et le présient américain aurait besoin des électeurs de deux ou trois autres Etats.

De l’avis général, on n’ira sans doute pas jusque-là. Donald Trump pourrait jeter l’éponge dès la semaine prochaine si le recompte en Géorgie, qui doit être achevé avant le 20 novembre, confirme la victoire de Joe Biden. Le consultant de Fox News Geraldo Rivera, proche du président américain, lui a adressé ce message mercredi : « Tu es passé très près. L’heure est venue de tirer ta révérence avec grâce et dignité. »

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