Présidentielle 2022 : à quoi joue Edouard Philippe ? – Le Parisien

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Moins de dix jours, le 7 avril précisément, voilà le temps qu’il reste avant la sortie d’« Impressions et lignes claires » (Ed. JC Lattès), le nouveau livre d’Edouard Philippe, coécrit avec son ami de vingt ans Gilles Boyer. Une publication très attendue au moment où le maire du Havre culmine aux sommets des cotes de popularité, soulevant autant de questions sur ses réelles intentions — ambitions? — dans la perspective de 2022, qu’au rôle qu’il pourrait jouer au sein de la macronie… et encore plus à droite. « Tu verras… ça va t’amuser », a-t-il récemment glissé à un ministre qui l’interrogeait sur le livre, sans en dire plus pour ménager le suspens.

Neuf mois après son départ de la rue de Varenne, ce retour dans l’arène politico-médiatique va d’ailleurs s’accompagner d’une promotion musclée : les bonnes feuilles accompagnées d’une interview croisée dans un grand hebdomadaire, une matinale radio, un passage dans l’émission « Quotidien » de Yann Barthès, une autre interview dans un quotidien national, et même le magazine Elle.

« Dans les semaines qui viennent, on va lui poser des questions qu’on n’a pas eu l’occasion de lui poser depuis longtemps. Et il y répondra », promet sans détours Gilles Boyer, tout en prévenant que le livre n’est « ni une chronique de Matignon, ni un traité politique ». Plutôt un essai, en forme de récit, « où l’on revient sur des événements qu’il a traversés, comme les Gilets jaunes, le Covid ou Notre-Dame-des-Landes, pour en tirer des enseignements sur le fonctionnement de notre démocratie et la façon de décider ». Charles Hufnagel, son ancien conseiller pour la communication à Matignon, embraye : « Il a été le premier à dire qu’il fallait apprendre à vivre avec le virus. Il a aussi été le premier à dire qu’on allait traverser des tempêtes. Publier le livre aujourd’hui, c’est ne céder ni au virus, ni aux tempêtes. »

Un absent très présent

Et on n’a pas fini d’entendre parler de Philippe dans les mois à venir. Selon nos informations, plusieurs livres sur lui sont en cours de préparation et devraient sortir d’ici la fin de l’année. Quant à l’adaptation de son roman « Dans l’ombre », coécrit en 2011 avec Gilles Boyer, elle avance et devrait être sur les écrans d’ici la fin 2022 ou au début 2023.

Au sein de la majorité, toute cette agitation est forcément scrutée de très près. Depuis son départ de Matignon, Philippe est effectivement un absent très présent. Peu disert sur la vie politique nationale, il ne s’est pas pour autant privé de multiplier les rencontres, d’entretenir ses réseaux, y compris parmi les élus de droite qui le verraient bien incarner un leadership, tout en gardant langues avec ses anciens ministres.

La semaine dernière, il a ainsi appelé Elisabeth Borne, après son témoignage dans notre journal sur son hospitalisation due au Covid. Il a aussi eu Sophie Cluzel, pour lui promettre qu’il viendrait la soutenir aux régionales en Paca. Il a même rendu visite à Barbara Pompili, officiellement pour un dossier havrais. Ce qui ne l’a pas empêché d’aller voir son ancien bureau, à l’époque où il travaillait avec Alain Juppé au ministère de l’Ecologie en 2007.

Macron et Philippe ont dîné ensemble le 9 mars

Des incursions pas forcément bien vues à d’autres étages du pouvoir, particulièrement autour d’Emmanuel Macron où certains suspectent Philippe d’avoir des arrière-pensées. Comme celle de ne pas soutenir le président sortant en 2022, pire de se lancer lui-même ? Lui balaie ces soupçons d’un revers de la main, mais goutte peu les « mauvais off » lâchés ces dernières semaines dans la presse contre lui. Tout comme les déclarations de ceux qui jurent « qu’évidemment Edouard Philippe se rangera naturellement derrière Emmanuel Macron » au moment de la présidentielle.

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Les deux hommes ont dîné ensemble le 9 mars. « C’était très sympa. Les deux m’ont parlé d’un moment très agréable », confie une connaissance commune. « Mais s’il y a un truc qu’il ne supporte pas, c’est qu’on parle ou qu’on pense à sa place. Il y a des gens autour du président qui alimentent une sorte de paranoïa, en mode : Philippe finira par trahir. Attention, car le juppéiste peut être très susceptible… », prévient un élu qui le connaît bien.

D’autant qu’à ce stade, le principal intéressé prend bien soin de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. « Quand il était à Matignon, il n’a jamais failli au président. Mais le 3 juillet, il s’est passé quelque chose : Emmanuel Macron a changé de Premier ministre. Et Edouard a retrouvé sa pleine liberté », insiste un de ses soutiens, qui s’étonne qu’autour du chef de l’Etat, certains lui reprochent cette liberté revendiquée : « Tous ceux qui pensaient qu’on pouvait se séparer de lui, tout en le gardant, font juste une erreur d’arithmétique. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre dans la vie. » Au moins, tout le monde est prévenu… Macron en premier lieu.

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