Autant la recherche d’un successeur à Chris Viehbacher, fin 2014, aura été longue et laborieuse, autant l’annonce du remplaçant d’Olivier Brandicourt à la tête de Sanofi aura été rapide, voire brutale. Le numéro un français de la pharmacie a annoncé le 7 juin avoir désigné Paul Hudson, actuel PDG de Novartis Pharmaceuticals. Le futur directeur général prendra ses fonctions dès le 1er septembre, soit un an et demi avant la date prévue du départ en retraite d’Olivier Brandicourt.

Ce dernier a donc été poussé vers la sortie plus rapidement que prévu, laissant derrière lui un bilan mitigé. Sanofi a réalisé l’an dernier

un chiffre d’affaires de 34,46 milliards d’euros, en baisse de 1,7% et un résultat net en chute de 1,8 %, mais en croissances respectives de 2,5% et 4,2 % à taux de change constant). Si ses ventes ont été tirées par la division de médicaments spécialisé dans les maladies rares Sanofi Genzyme, qui a enregistré une croissance de 30,8% et a rapporté 7,2 milliards d’euros, le groupe français a vu s’effondrer ses ventes dans les traitements du diabète suite à la perte d’exclusivité sur son blockbuster, l’insuline Lantus.

Restructuration en France

En décembre 2018, Sanofi a été contraint d’annoncer la suppression de 670 postes en France concentrée sur les fonctions supports et l’externalisation de 80 postes dans ses fonctions informatiques. Pour booster son innovation, il mise sur l’ouverture d’un centre de formation et de recherche en région parisienne concentré sur le biomédicament, et sur une enveloppe R&D fixée à 5,8 milliards d’euros en 2019, focalisée sur les vaccins et les médecines dédiées aux maladies rares.

En faisant appel à Paul Hudson, qui dirige l’imposante branche de médicaments sur ordonnance du géant pharmaceutique suisse Novartis, Sanofi mise sur son “bilan très robuste dans le lancement réussi de produits majeurs” et dans la transformation numérique. Mais il montre aussi un changement de stratégie. En 2014, lorsque le groupe s’était soudainement séparé de son précédent dirigeant, le germano-canadien Chris Viehbacher, accusé de ne pas suffisamment communiquer avec le conseil d’administration, la prime à la nationalité française dans le choix du nouveau patron avait prévalu. Avec le britannique Paul Hudson, c’est un candidat d’envergure internationale et venu d’un grand concurrent qui a été privilégié.

A lui de s’adapter à la culture et à l’ancrage français encore imposant, avec de multiples centres R&D et usines à travers l’Hexagone, d’un groupe qui joue dans la cour très compétitive des géants internationaux de la pharmacie. Alors que Chris Viehbacher avait créé la polémique à l’époque en faisant le choix de déménager aux Etats-Unis alors qu’il dirigeait encore Sanofi, “Paul Hudson s’installera à Paris”, tient à préciser le groupe dans son communiqué du 7 juin. Prenant ainsi les devants pour rassurer ses salariés français.