Plan de relance : tout comprendre à l’hydrogène, sur lequel l’exécutif mise 2 milliards – Le Figaro

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Le gouvernement mise sur l’hydrogène «vert». Sur les 100 milliards d’euros du plan de relance, 2 milliards sont dédiés au développement d’une nouvelle filière hydrogène en France, plus propre. Cette enveloppe constitue le premier volet d’un plan de 7,2 milliards d’euros sur 10 ans. Ce dernier sera présenté la semaine prochaine par la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, et le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

«On a déjà de l’hydrogène aujourd’hui. C’est une source d’énergie qui sert plutôt à l’industrie et à l’industrie chimique. Aujourd’hui l’hydrogène n’est pas complètement propre. L’idée, c’est de faire de l’hydrogène décarboné servant d’abord pour l’industrie. On investit massivement dans l’hydrogène en lien avec les régions pour avoir une énergie dans les transports plus propre», a expliqué le premier ministre Jean Castex jeudi matin sur RTL.

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La filière et les industriels français s’impatientaient depuis la présentation du plan hydrogène de Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique, en juin 2018. Ce plan était doté de 100 millions d’euros. «Pour faire de la France l’un des acteurs majeurs de l’hydrogène et qu’elle puisse faire cavalier seul, il faut mettre les moyens», explique le ministère actuel de la Transition écologique.

Présenté comme un levier puissant pour atteindre la neutralité carbone et développer un marché stratégique français, l’hydrogène est-il le carburant de l’avenir ? Le Figaro fait le point sur cette technologie méconnue.

L’hydrogène, c’est quoi concrètement ?

L’hydrogène ne se trouve quasiment pas en tant que tel à l’état naturel. «L’hydrogène est présent dans l’eau. En faisant passer un courant électrique dans l’eau, on peut produire de l’hydrogène en le séparant de l’oxygène», explique Daniel Hissel, professeur à l’Université Bourgogne Franche-Comté et lauréat 2020 de la médaille de l’innovation du CNRS.

À quoi sert cette technologie ? Très concrètement, l’hydrogène permet de stocker l’électricité. «On peut transformer l’électricité en hydrogène afin, ensuite, de stocker cette électricité», résume Daniel Hissel. L’électricité stockée peut ensuite être réutilisée via une pile à hydrogène.

Dans quels secteurs l’hydrogène est-il utilisé ?

L’hydrogène peut être utilisé dans le secteur des transports (voitures, bus, trains, camions, bateaux, avions). «Avec de l’hydrogène à bord d’un véhicule, dans un réservoir, on peut fabriquer de l’électricité, et surtout avoir plus d’autonomie qu’avec de simples batteries», illustre Daniel Hissel. L’hydrogène peut s’avérer particulièrement utile pour les véhicules qui parcourent de longues distances.

L’hydrogène et les batteries électriques sont vus comme deux éléments complémentaires pour parvenir à la décarbonisation. «Une première vague d’électrification a eu lieu avec les batteries électriques. Pour combiner grande autonomie de véhicule, de 500 à 700 km et un temps de recharge record de 5 minutes, nous avons besoin d’une autre forme d’énergie électrique qui est amenée par l’hydrogène», explique Pierre-Etienne Franc, directeur monde de l’activité hydrogène énergie d’Air Liquide, le plus gros vendeur d’hydrogène en France.

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L’hydrogène peut aussi être mobilisé dans le domaine de l’habitat. Prenons l’exemple d’un logement avec un panneau solaire sur le toit. «L’hydrogène permet de stocker l’électricité renouvelable, qui a un problème d’intermittence et qui peut être perdue si le réseau est déjà saturé», explique Carine Sebi, professeure et coordinatrice de la Chaire Energy for Society à Grenoble École de Management (GEM). Ce vecteur énergétique pourra ensuite être réutilisé, par exemple l’hiver quand il n’y a plus de soleil, pour l’eau chaude ou le chauffage. L’hydrogène est également utilisé dans l’industrie, la chimie (production d’engrais) ou le raffinage de produits pétroliers, détaille Carine Sebi.

Pourquoi se doter d’une filière hydrogène en France ?

«C’est un enjeu de transition écologique et économique», résume Daniel Hissel. «C’est aujourd’hui un sujet crucial. L’enjeu pour le secteur industriel et le secteur de la mobilité est de décarboner l’hydrogène, c’est-à-dire de transformer l’hydrogène gris en hydrogène bas carbone», poursuit Carine Sebi.

900.000 tonnes d’hydrogène «gris», provenant d’énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz), sont produites chaque année en France à partir d’hydrocarbures et dégagent près de 13,5 millions de tonnes de CO2. À terme, l’ambition est de développer massivement l’hydrogène «vert», issu d’énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien ou hydroélectrique avec les barrages), pour le commercialiser en substitution de l’hydrogène «gris». Dans une perspective de transition écologique, l’hydrogène est donc un élément primordial car il permet de stocker l’énergie «propre», disponible en tous lieux. «Il y a du soleil partout. L’hydrogène permet donc de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de produire de l’électricité, puis la stocker, localement», analyse Daniel Hissel.

L’hydrogène va entraîner de grandes évolutions technologiques et la France doit pouvoir en être un des moteurs

Pierre-Etienne Franc, directeur monde de l’activité hydrogène énergie d’Air Liquide

Sur le volet économique, les fonds publics s’accumulent dans de nombreux pays ces dernières années pour développer une filière nationale compétitive. Les Pays-Bas, la Corée, le Japon et la Chine sont déjà bien avancés sur le sujet. L’Allemagne et le Portugal consacrent respectivement 9 et 7 milliards d’euros à l’hydrogène sur dix ans. L’Allemagne, qui mise notamment sur les trains à hydrogène, ambitionne d’ailleurs de devenir le numéro un mondial du secteur.

Dans l’Hexagone, le marché de l’hydrogène était jusque-là «essentiellement tiré par les activités de l’industrie française», explique le directeur monde de l’activité hydrogène énergie d’Air Liquide. De Total à Michelin, en passant par Faurecia et Plastic Omnium, une trentaine de grands groupes du pays ont réuni à leurs côtés ces derniers mois 80 PME-PMI dans près de 160 projets avec le soutien de 54 collectivités territoriales. Des initiatives lancées sur l’ensemble du territoire chiffrées à 32 milliards d’euros.

Il existe actuellement plusieurs initiatives au niveau local. Certaines villes, comme Pau, Auxerre, Belfort ou Calais, ont mis en place des lignes de bus à hydrogène. Dans la capitale, certains taxis fonctionnent eux aussi à l’hydrogène. En Auvergne Rhône-Alpes, Carine Sebi cite le projet «Zero Emission Valley». «Ce projet vise à accélérer l’adoption de véhicules à hydrogène via la construction d’infrastructures nécessaires dans région», explique-t-elle. Le budget de ce projet est de 70 millions d’euros sur 10 ans.

«Pour que les groupes français et internationaux puissent investir massivement en France plutôt qu’ailleurs, il faut que le pays dispose d’un marché hydrogène dynamique et compétitif», abonde Pierre-Etienne Franc. De plus, l’hydrogène représentant un stratégique d’avenir dans le monde, «il va entraîner de grandes évolutions technologiques et la France doit pouvoir en être un des moteurs», assure-t-il. «En France, le marché de l’hydrogène est encore restreint et les infrastructures sont en cours de déploiement», estime quant à elle Carine Sebi.

Quels sont les limites du marché ?

Première limite du marché français dans sa forme actuelle, les prix de l’hydrogène restent élevés. «Il faut que les prix baissent car l’hydrogène est aujourd’hui plus cher que ce qu’il remplace, le pétrole», explique Pierre-Etienne Franc. Pour réduire les coûts de production et développer un marché domestique compétitif, il est nécessaire de mener des projets à plus grande échelle.

Autre défi à relever, comme évoqué précédemment, la nécessité de produire de l’hydrogène propre, «soit par électrolyse de l’eau à partir d’énergies renouvelables, qui n’émettent pas de CO2, soit en capturant le CO2 émis lors de la production par reformage de gaz naturel pour le stocker et/ou le recycler», poursuit le dirigeant.

Enfin, certains ingénieurs se montrent par ailleurs critiques concernant l’efficacité de la chaîne hydrogène, jugée moins bonne que les batteries électriques. En d’autres termes, si l’hydrogène permet de conduire un véhicule en toute autonomie sur une durée beaucoup plus longue, la vitesse de conduite est, elle, quelque peu réduite.

Le plan hydrogène du gouvernement est-il suffisant ?

«Ces 2 milliards vont dans le bon sens. C’est un premier signal fort. Ça doit être une première étape», estime le chercheur Daniel Hissel. En juillet dernier, l’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible (Afhypac) avait adressé plusieurs propositions au gouvernement. L’ambition étant de produire, d’ici 2030, au moins 700.000 tonnes d’hydrogène vert par an. Cela nécessiterait une contribution de l’État à hauteur de 10,3 milliards permettant une forte offre de mobilité hydrogène : «300.000 véhicules légers, 5.000 véhicules lourds, 250 trains et 1.000 bateaux alimentés par un total de 1.000 stations de recharge», précise l’Afhypac.

Le plan hydrogène de 7,2 milliards d’euros d’ici 2030 semble donc répondre en partie aux espoirs de la filière. Ce plan participera au soutien à la recherche et au développement, ainsi qu’aux projets des industriels français. Une partie de l’enveloppe contribuera par ailleurs à un projet commun européen pour entrer dans «une phase hydrogène de pré-industrialisation», comme l’explique le ministère de la Transition écologique.

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