Plan de relance: quatre jours de négociations et l’espoir d’un accord à vingt-sept – Le Figaro

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Correspondante à Bruxelles

Deux grandes questions agitaient, lundi, la bulle bruxelloise et la diplomatie européenne, au quatrième jour du sommet consacré au plan de relance à 750 milliards d’euros. Un: les Vingt-Sept vont-ils – enfin! – parvenir à trouver un compromis? Deux: cette réunion est-elle la plus longue de l’histoire de l’UE? Ce n’était pas encore le cas lundi après-midi mais on s’approchait tout de même à grands pas du record du sommet de Nice de décembre 2000, modifiant les traités de l’UE et élargissant l’Union.

Ils étaient quinze États membres à l’époque. Ils sont aujourd’hui vingt-sept. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est difficile de mettre tout le monde d’accord. Certains, dans la perspective de la conférence sur l’avenir sur l’Europe, verraient d’ailleurs d’un très bon œil que l’on se penche enfin sur cette règle de l’unanimité qui grippe trop souvent l’UE. Mais, à ce stade, les Vingt-Sept et le président du Conseil européen, Charles Michel, n’ont pas d’autre choix que de composer avec ces interminables discussions pour embarquer tout le monde, à commencer le club des pays dit «frugaux» – Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark mais aussi Finlande désormais – qui font de la résistance depuis vendredi et, surtout, son chef de file, Mark Rutte qui a l’art et la manière de faire durer le plaisir pour grignoter des concessions. Les discussions se poursuivaient donc lundi à Bruxelles, après un dîner tendu à Vingt-Sept la veille, une longue nuit de rencontres bilatérales puis, au petit matin, une très brève réunion plénière – sept minutes chrono.

Si vous voulez rompre, il n’y a pas de problème. Je prépare ma conférence de presse avec Angela Merkel et nous expliquerons que les “frugaux” ont bloqué l’accord

Emmanuel Macron dimanche soir, lors du dîner des Vingt-Sept

Et il a fallu un peu de poigne pour que les discussions se poursuivent et ne s’enlisent pas totalement. Dimanche soir, lors du dîner des Vingt-Sept, Charles Michel puis Emmanuel Macron ont tapé du poing sur la table. «S’il n’y a pas d’accord possible, alors je termine cette réunion», a mis en garde le président du Conseil européen. «Je n’ai aucun problème. Si vous voulez rompre, il n’y a pas de problème. Je prépare ma conférence de presse avec Angela Merkel et nous expliquerons que les “frugaux” ont bloqué l’accord», a enchaîné le président. Enfoncé dans son fauteuil, d’une voix à peine audible, le premier ministre suédois, Stefan Löfven, a immédiatement réagi: «Non, non. On continue.» Les «frugaux» ne veulent pas porter la responsabilité d’un échec des négociations. Emmanuel Macron a également haussé le ton sur la manière dont le club des «économes» – et particulièrement Mark Rutte – appréhendait les questions d’État de droit. «C’est quand même intéressant que vous parliez d’État de droit à chaque fois qu’il y a un problème budgétaire. Quand vos chiffres sont bons, vous n’en parlez pas», a-t-il souligné, un brin ironique.

Lundi soir, l’espoir était permis. «Un accord est probable», soulignait un diplomate, tout en le qualifiant d’ «historique». L’après-midi avait encore été rude, les «frugaux» continuaient à vouloir diminuer le volume des subventions alors que Charles Michel avait évoqué, lundi matin, une enveloppe non négociable de 390 milliards d’euros. Un montant confirmé dans la nouvelle proposition du président du Conseil européen, dévoilée en début de soirée. Dans cette nouvelle tentative de compromis, 312 milliards devraient aller directement aux pays pour les aider à financer leurs plans de relance nationaux. Soit deux milliards de plus que proposé par la Commission. Une bonne nouvelle pour les pays bénéficiaires et pour la France qui, selon Paris, verrait son «retour sur la relance» augmenter de 5 milliards, à 40 milliards d’euros donc.

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En cas d’accord sur la proposition de Michel, le plan de relance resterait à 750 milliards d’euros, avec 360 milliards de prêts et 390 milliards de subventions, au lieu des 500 milliards de la proposition franco-allemande. Cela été possible au prix d’une réduction des crédits envisagés dans les programmes de la Commission: recherche, santé, mécanisme de transition juste destiné à aider les États membres à remplir l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Sur ce dernier point, la Pologne tire aussi son épingle du jeu puisque les États membres n’auraient pas à souscrire à l’objectif à titre national mais seulement au niveau européen.

Qu’en est-il des frugaux? Mark Rutte semblait, lundi, avoir mis de l’eau dans son vin. «Il a été beaucoup plus constructif», affirmait un diplomate. On le serait à moins. Certes, les pays économes ont finalement accepté les principes de l’emprunt commun et des subventions auxquels ils étaient opposés. Et ils devront, en tant que contributeurs nets au budget de l’UE, participer au remboursement de la facture des 390 milliards d’euros de subventions. Certes, beaucoup estiment que cet accord constituerait autant de tabous levés et un premier pas vers plus d’intégration.

Mais, s’il y a accord sur la proposition de Charles Michel, les «frugaux» verraient aussi grimper sensiblement leurs rabais à 53 milliards sur 7 ans, soit 7 milliards de plus alors même que le Royaume-Uni a quitté le bloc. Pour les Pays-Bas, la ristourne passerait à 1,9 milliard d’euros par an contre 1,57 milliard précédemment. Pour l’Autriche, elle serait doublée. Il s’agit là de concessions coûteuses qui reviennent à graver dans le marbre ces ristournes. Car, il sera bien difficile de les remettre en cause ou de les renégocier le moment venu.

Les marchés pariaient lundi sur un accord

Par Armelle Bohineust

Tout au long de la séance lundi, les marchés ont continué d’espérer un accord européen. L’euro a légèrement baissé, les investisseurs engrangeant leurs bénéfices. Mais il se négociait toujours à son plus haut face au dollar depuis quatre mois, à 1,146 dollar. L’optimisme prévalait aussi sur les Bourses européennes. Le CAC 40 a terminé la séance en légère hausse, à +0,47 %. Le Dax allemand a gagné près de 1 % tandis que l’indice italien s’adjugeait en soirée plus de 1,5 %.

L’attention se porte sur les marchés de la dette particulièrement sensibles à la capacité de s’entendre des Européens. Au risque, en cas de clash, d’entraîner de vives tensions. Les espoirs d’une issue positive au sommet en cours, décisif pour la relance de l’Union européenne, ont particulièrement profité aux emprunts italiens. Les rendements à deux ans ont chuté en territoire négatif pour la première fois depuis début mars. Le rendement des obligations à dix ans s’est réduit à 1,19 %, retrouvant ainsi son plus bas niveau depuis le 9 mars, loin des 3 % atteints au plus fort de la pandémie de Covid-19. L’écart avec la prime de risque allemande, un indicateur très surveillé par les investisseurs, s’est réduit à 160 points de base, un record à la baisse depuis fin mars.

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