Jean-Luc Mélenchon et cinq proches comparaissent à Bobigny jeudi et vendredi pour « actes d’intimidation envers un magistrat, rébellion et provocation ».

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 05h29, mis à jour à 05h36

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Depuis plusieurs semaines, le chef de file des Insoumis dénonce un « procès politique » dont il s’estime victime. Relatif aux incidents ayant émaillé la perquisition au siège de La France insoumise (LFI) en octobre, le procès de Jean-Luc Mélenchon et cinq de ses proches – dont les députés Alexis Corbière et Bastien Lachaud et l’eurodéputé Manuel Bompard – s’ouvre jeudi 19 septembre à Bobigny dans un climat électrique.

Prévu sur deux jours, le procès doit débuter à 9 h 30 à Bobigny, où l’affaire a été dépaysée « dans un souci d’impartialité », selon le parquet général de Paris. Ils comparaissent pour « actes d’intimidation envers un magistrat et un dépositaire de l’autorité publique, rébellion et provocation » et encourent jusqu’à 10 ans de prison, une amende de 150 000 euros et 5 ans inéligibilité.

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Le 16 octobre 2018, M. Mélenchon s’était opposé avec virulence à la perquisition menée au siège de son parti à Paris dans le cadre de deux enquêtes du parquet de Paris : sur les comptes de la campagne présidentielle de 2017 et sur les conditions d’emploi d’assistants d’eurodéputés de la France insoumise – confiées depuis à des juges d’instruction. Ce jour-là, le leader du parti, filmant en direct sur Facebook la perquisition de son domicile, avait d’abord dénoncé une « énorme opération de police politique ». Il s’était ensuite rendu avec des proches au siège du mouvement, où une autre perquisition avait viré à la confrontation.

Devant des caméras de télévision, il avait ainsi appelé ses proches à « enfoncer la porte » pour entrer dans les locaux où la perquisition était en cours, affirmant notamment : « La République c’est moi ! » On le voyait également bousculer un représentant du parquet ainsi qu’un policier qui tentait de s’interposer.

Un parallèle avec la situation de Lula

Des policiers et magistrats figurent parmi les parties civiles à ce procès qui se tiendra dans la salle, plus grande, des assises en raison de l’intérêt suscité par ce procès et de l’appel de LFI à s’y rendre en nombre. M. Mélenchon a d’ailleurs relayé un appel à manifester devant le tribunal dès 7 h 30.

Me François Saint-Pierre, qui représente cinq fonctionnaires de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, appelle toutefois à « un débat dans la sérénité et le respect » lors du procès. « Je souhaite répondre à M. Mélenchon que mes clients sont des fonctionnaires de police qui agissent dans un esprit républicain », poursuit l’avocat qui partagera le banc des parties civiles notamment avec Me Eric Dupond-Moretti.

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Avant d’aborder son procès, l’ancien candidat à la présidentielle s’est dit « préoccupé » en recevant Dilma Rousseff, l’ex-présidente de gauche du Brésil qui lui rendait visite à l’Assemblée nationale. Quelques semaines auparavant, M. Mélenchon, a profité de son périple en Amérique latine pour rendre visite à l’ex-président brésilien Lula en prison et faire le parallèle entre leurs deux situations. Selon M. Mélenchon, tous deux subissent le lawfare, une pratique d’instrumentalisation politique de la justice pour museler les oppositions.

Cette position du mouvement est dans la droite ligne d’une rhétorique antisystème, ouvertement populiste, mettant en cause une « oligarchie » tirant les ficelles. Ainsi, le leader de LFI affirme ne plus « croire en la justice », qualifiant les magistrats de « menteurs ». Des propos que la ministre de la justice Nicole Belloubet estime « inacceptables », l’accusant d’être dans « l’invective », « le fantasme » et « le complot ». « La justice n’est pas instrumentalisée à des fins politiques. »