Patrick Dupond s’en est allé danser avec les étoiles – Le Parisien

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Il avait un côté James Dean, et un regard bleu à la Delon à vous foudroyer. Regarder Patrick Dupond à 25 ans, c’est être saisi par un feu follet. Il sait, il est. Sa mère le voulait judoka, lui ne veut battre personne mais faire corps avec sa partenaire, après avoir été ébloui tout gamin par un spectacle de danse. Ses Jeux olympiques à lui, c’est une médaille d’or de « meilleur danseur du monde » à 17 ans en Bulgarie. Danseur étoile à 20 ans. Noureev, qui dirige alors l’Opéra de Paris, le consacre « génie ».

On ne vit que deux fois : Patrick Dupond est mort à 61 ans, des suites d’une « maladie foudroyante », à l’hôpital de Bordeaux. Il avait ressuscité une première fois, en 2000. Après s’être endormie au volant, sur l’autoroute de Normandie, la superstar des ballets avait été découverte par les pompiers littéralement en morceaux, 134 fractures. Mort pour la danse? Jamais de la vie. Leïla Da Rocha, danseuse orientale, l’aide à se relever. Ils créeront ensemble un spectacle, « Fusion », puis une école de danse en Gironde. C’est elle, devenue sa compagne, qui a annoncé sa disparition.

Qui était-il? Le prodige de « L’après-midi d’un faune » et du « Lac des cygnes », directeur de l’Opéra de Paris à 30 ans, vénéré par Maurice Béjart qu’il appelle « Momo ». Mais aussi le juré du Festival de Cannes en 1997. Le chanteur qui consacre un spectacle à l’âme canaille de Paris tout en dansant. La bête de télé qui a été jurée de « La France a un incroyable talent » sur M 6, de « Prodiges », sur France 2, et récemment des deux dernières saisons de « Danse avec les stars », sur TF1, après avoir même participé en 2005 à « La Ferme Célébrités ». Il avait toujours voulu en être une et l’assumait : « Plaire, séduire, enchanter, j’ai l’impression de n’avoir jamais vécu que pour cela ».

«C’était un homme tumultueux qui voulait tout faire»

L’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, qui a été très proche de Patrick Dupond, se souvient d’une tournée au Japon : « Des très jeunes filles l’assiégeaient, et il adorait ça. Il éprouvait beaucoup de bonheur à être adulé. Il a été le premier danseur à devenir un personnage très grand public. La danse est un univers tellement codifié et un peu fermé. Lui y a apporté sa formidable générosité, et même de la sauvagerie. Il était artiste par toutes les fibres de sa peau. C’était un homme tumultueux qui voulait tout faire, danser, chanter, être comédien. »

VIDÉO. Mort de Patrick Dupond : en 1982, le danseur étoile confiait son émotion de tourner dans un film

Patrick Dupond l’avait d’ailleurs théorisé très jeune. A une époque où l’on ne parlait que de l’école russe ou américaine, lui prétendait que les danseurs français, « qui sont avant tout des comédiens et de grands techniciens, sont les meilleurs du monde ». Celui qui a dirigé le Ballet de Nancy avant celui de l’Opéra de Paris portera les couleurs de la France dans le monde entier. « Pour bien danser, faut vivre », disait-il aussi, et il a brûlé la sienne par les deux bouts, d’amours bisexuelles qu’il raconte dans son autobiographie « Etoile ».

Il s’est battu toute sa vie pour rendre le monde plus beau

Lui qui avait grandi sans son père s’est construit à travers des mentors : Max Bozzoni, ancien danseur étoile qui le découvre à 8 ans et modèle son talent, puis Roland Petit, Maurice Béjart et Rudolf Noureev avec qui il a des relations aussi fortes qu’explosives : « Noureev était le pape de la danse classique, un directeur tyrannique. Il était énervé par l’impétuosité de Patrick. Ils s’agaçaient mutuellement mais chacun savait ce que valait l’autre », se souvient Jean-Jacques Aillagon. Dans ses mémoires, Patrick Dupond raconte comment il a accompagné les derniers mois de Noureev, seul face au sida. Fidèle quand le rideau tombe.

Ses années télé lui avaient permis de se lâcher, de partager avec le plus grand nombre, de transmettre. L’étoile aime le spectacle populaire. « Il est venu me voir au cirque. Il aimait beaucoup aussi les animaux. C’était un vrai gentil d’une grande tendresse », se souvient Sophie Edelstein, sa co-jurée d’« Incroyable talent ». Le violoncelliste Gautier Capuçon, qui avait participé avec lui à l’aventure de « Prodiges », l’a eu encore par texto samedi dernier : « Il me conseillait de jeunes danseurs pour les auditions de ma prochaine tournée d’Un été en France. Il était toujours bienveillant envers tout le monde. Il s’est donné pleinement dans la transmission. »

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Elizabeth Vidal, la soprano colorature également jurée de l’émission de France 2, partageait avec lui le goût de la méditation : « Patrick avait une grande foi et une connexion avec l’univers. Il se nourrissait de spiritualité, lisait beaucoup, ne se plaignait jamais. Il pensait que la force artistique pouvait changer le monde. » Ce danseur blessé, un moment presque ruiné, si souvent touché mais pas coulé, s’est battu toute sa vie pour rendre le monde plus beau. Corps et âme.

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