Oserez-vous cliquer ?

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Oserez-vous cliquer ?

Au début des années 2000, le film d’horreur utilisait certains codes de lumières et scénaristiques, faisant qu’on avait parfois l’impression de voir le même film ou de l’avoir déjà vu. Malgré quelques facilités, Terreur point-com est un film qui se laisse regarder.

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École Seven

La première chose qui frappe en regardant Terreur point-com est le jeu des lumières et de la caméra. L’environnement est sombre, pluvieux, les espaces sont grands et les mouvements de la caméra donnent une vue d’ensemble à une pièce. Au niveau de la mise en scène, de la direction photo et de la réalisation, Terreur point-com fait penser à trois autres films : Seven, Résurrection et la Maison de l’Horreur.

Cela n’a rien d’étonnant, car ces films sont sortis sur une même période. On va styliser la mise en scène, pour renforcer le côté glauque des morts, de manière à créer une répulsion chez le téléspectateur. Le message doit susciter un rejet. Curieusement, au même moment sortait un autre thriller, qui cassait ces codes : American Psycho. Dans l’adaptation du monstre littéraire Bret Easton Ellis, les lignes sont pures, droites. Les lumières sont apaisantes et claires, afin de créer deux contrastes. Le premier est de trancher — c’est le cas de le dire — avec l’environnement presque aseptisé de Patrick Bateman. Le second est de créer une fascination esthétique. On oublie presque qu’on est face à un meurtre assez sanglant : la disposition du corps n’est là que pour satisfaire un désir de beau chez le spectateur.

Cette mise en scène de la mort, jouant sur la répulsion ou sur l’esthétique très épurée, permet d’inclure le spectateur dans le film. La répulsion génère un sentiment de compassion envers les victimes alors que l’esthétisme gomme littéralement le concept d’humanité. La victime n’est là que pour être une représentation graphique de l’assassin, une toile vierge sur laquelle il peut peindre ses sentiments les plus noirs. Partant de là, le scénario devient presque accessoire.

Vous êtes ce que vous voyez

Le pitch de Terreur point-com est relativement basique : 48 h après s’être connecté à un site Web et vu une vidéo, les internautes décèdent. C’est quelque chose qui a déjà été largement utilisé dans le cinéma d’horreur. On l’a vu dans Ring, Action ou Vérité, Friend Request, etc. L’idée générale est simple : vous savez qu’il ne faut pas cliquer, pourtant, vous allez le faire. C’est une allégorie de la sécurité informatique : ce n’est pas parce qu’un inconnu vous indique un lien qu’il faut le visiter.

La vidéo que les internautes vont regarder est dans la veine des snuff-movies. Ce sont des films, en théorie réels, qui montrent des actes pénalement répréhensibles. Suite à ce visionnage, même partiel, ils vont décéder, dans des circonstances qu’on ne révélera pas, pour ne pas totalement gâcher l’intrigue.

Dans la liste des victimes, il en existe une qui le devient à son insu : celle qui doit travailler sur un disque dur. Analyste pour la police, elle doit disséquer un disque dur qui a été récupéré chez une autre victime et se retrouve à devoir consulter l’historique de navigation. Cela renforce le côté arbitraire de ce slasher : on n’est pas face à une victime « consentante », mais une victime réellement victime.

Réseaux toxiques

Aujourd’hui, on aime disserter pendant des heures sur le côté toxique des réseaux sociaux. Au-delà du fait que les partisans de cette thèse ont de sérieux problèmes de compréhension, c’est oublier ce qu’était le Web à ces débuts. Cela reste un simple outil, que des humains utilisent. Or, la méchanceté, la cruauté, le sadisme sont des composantes de l’être humain.

Dans Terreur point com, les scénaristes ont décidé de pousser jusqu’au bout la logique de l’outil, en lui apportant une essence. Sans le savoir, ils ont préfiguré les réseaux sociaux et l’impact des images. Si on enlève le côté fantastique, le film nous invite à avoir une réflexion sur le choc provoqué par la vision d’un contenu choquant. Peut-on s’en défaire ? Peut-on oublier ?

Transposée à notre époque, cette question revient à chaque attentat. Des idiots utiles pensent nécessaire d’imposer à d’autres, la vision d’horreur que cet acte a générée, participant à la création d’un traumatisme. Au prétexte de partages d’information « car les gens doivent savoir », beaucoup s’en servent pour se créer une notoriété. Entité parasite dans un milieu où celui qui a le plus d’audience a forcément raison, les influenceurs de morbide sont les meilleurs agents de propagande des terroristes, peu importe l’orientation.

Certains films ne rencontrent pas de franc succès à leur sortie, mais les regarder presque 20 ans après, leur donne toute leur pertinence. Parfois, il suffit d’avoir les bonnes lunettes pour bien les regarder.

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