Olivier Véran : «On n’empêche pas les Français de sortir» – Le Parisien

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« Le quoi, pardon? » fait ostensiblement répéter Olivier Véran lorsque nous lui parlons du confinement. Plus qu’une plaisanterie, son refus d’employer ce terme marque un tournant dans la stratégie gouvernementale de lutte contre le virus. Seize départements se sont réveillés ce samedi 20 mars avec de nouvelles restrictions, mais il n’est plus question de mise sous cloche, assène le ministre de la Santé qui improvise un slogan : « S’aérer pour souffler, se distancier pour se protéger. »

Revigoré par la reprise de la vaccination avec AstraZeneca (mais seulement pour les plus de 55 ans), le ministre table sur une accélération de la campagne fin mars. En revanche, pour se procurer rapidement des autotests en grande surface, il faudra repasser! Vaccins, sortie de crise, il nous dévoile sa feuille de route, et égratigne au passage Marine Le Pen qui vote « contre » tout ce qui protège les Français et le « populisme » de Jean-Luc Mélenchon.

ASTRAZENECA : «La confiance n’est pas rompue»

«Selon les autorités scientifiques françaises et européennes, il est sûr et efficace», souligne Olivier Véran à propos du vaccin AstraZeneca./REUTERS/Yves Herman
«Selon les autorités scientifiques françaises et européennes, il est sûr et efficace», souligne Olivier Véran à propos du vaccin AstraZeneca./REUTERS/Yves Herman  

Déconseillé aux plus de 65 ans, suspendu, à nouveau autorisé mais qu’aux plus de 55 ans… Ne semez-vous pas la confusion chez les Français ?

OLIVIER VÉRAN. Un chiffre : 55 000! C’est le nombre de vaccinations par AstraZeneca qui ont été faites ce vendredi entre 14 heures — le moment de la reprise — et 18 heures, contre 10 000 par jour les trois premières semaines. Ça veut dire que médecins et pharmaciens ont immédiatement recommencé à vacciner, et que la confiance des Français n’est pas rompue. Aujourd’hui, l’Europe opère encore des vérifications pour la sûreté des plus jeunes. Si elle et la Haute Autorité de santé donnent leur feu vert, je souhaiterais alors que la vaccination des moins de 55 ans reprenne.

Pouvez-vous affirmer que ce vaccin est sûr ?

Selon les autorités scientifiques françaises et européennes, il est sûr et efficace. Elles disent qu’on peut y aller sans équivoque chez les plus de 55 ans. Ce que nous faisons.

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Vous avez 40 ans et avez (au titre de médecin) reçu une première dose. Quid de la seconde : aura-t-elle lieu ?

600 000 personnes sont dans ce cas de figure, en attente de leur seconde injection, douze semaines plus tard. J’espère, comme elles, bénéficier de mon rappel vaccinal avec AstraZeneca, mais nous avons le temps de voir ce que dira la Haute autorité de santé.

La vaccination des 50-64 ans, sans comorbidité, est-elle encore atteignable en avril ?

Je l’espère. Notre priorité est qu’à la mi-avril, 10 millions de Français aient reçu une première injection. Je veux aussi que nous terminions de vacciner les plus âgés et fragiles, dont certains attendent encore un créneau. Il y aura une très forte accélération fin mars car les livraisons de Pfizer vont largement augmenter.

Que répondez-vous à ceux qui réclament plus de vaccins dans les zones tendues ?

Qu’ils ont raison ! C’est ce que nous faisons et allons continuer à faire là où le virus frappe le plus : Ile-de-France, Hauts-de-France, Normandie, Provence Alpes Côte d’Azur… Au moins cent mille doses supplémentaires y seront acheminées dans les quinze jours, en plus des livraisons prévues.

La vaccination Covid va-t-elle devenir annuelle, comme la grippe ?

Pas forcément. Si le virus mute et passe la barrière très forte conférée par le vaccin, oui. Dans le cas contraire, il n’y a pas de raison.

RESTRICTIONS : «Ce n’est pas un confinement »

Pour Olivier Véran, «les nouvelles mesures font la jonction entre santé physique et santé mentale»./LP/Olivier Arandel
Pour Olivier Véran, «les nouvelles mesures font la jonction entre santé physique et santé mentale»./LP/Olivier Arandel  

Pourquoi rechignez-vous à qualifier les nouvelles mesures de « confinement » ?

Je me refuse à parler de confinement tout simplement parce que ce n’en est pas un! Il y a un an, quand j’ai signé les arrêtés du confinement, le mot d’ordre était : « Restez chez vous ». Ce terme évoque aux Français les semaines difficiles qu’ils ont passés enfermés chez eux. La situation est différente. Si je devais improviser un slogan ce serait : « S’aérer pour souffler, se distancier pour se protéger ». On n’empêche pas la population de sortir, on limite les réunions à l’intérieur. Se promener dans un parc, faire du vélo… On en a besoin pour ne pas craquer. Les nouvelles mesures font la jonction entre santé physique et santé mentale face à une épidémie qui dure.

La santé mentale vous préoccupe ? Une réunion doit se tenir lundi à Matignon…

Oui, être neurologue et avoir fait de la psychiatrie pendant mes études accentue sûrement l’attention que je porte à cet enjeu. Il ne faut pas laisser la déprime s’installer. Devant des lecteurs de votre journal (NDLR : le 22 janvier), j’avais indiqué vouloir former à l’université et en entreprise ceux qui le souhaitent aux premiers secours en santé mentale. Nous avons travaillé à un plan d’action, notamment pour faciliter l’accès à des psychologues.

Ce troisième confinement est-il le dernier ?

Vous savez, je ne voulais pas le deuxième, il s’est imposé pour sauver la vie de Français. Je ne rêvais pas plus d’un couvre-feu ! Nous prenons les mesures, territorialisées, quand elles sont nécessaires. Les semaines devant nous seront difficiles, la vague monte. Mais je peux garantir que la vaccination change la donne, la mortalité des plus âgés baisse. Les contaminations chez les soignants aussi. Ces signaux prometteurs laissent présager une sortie ferme et définitive de la pandémie.

AUTOTESTS : «J’ai essayé, ce n’est pas si simple»

«L’idée n’est pas que les Français déboursent de l’argent, dans des magasins, pour des autotests», assure Olivier Véran./Carrefour
«L’idée n’est pas que les Français déboursent de l’argent, dans des magasins, pour des autotests», assure Olivier Véran./Carrefour  

Les autotests (par prélèvement dans le nez avec un petit coton-tige) ont été autorisés cette semaine. Mais où les trouvera-t-on : en grande surface comme en Allemagne ou en pharmacie ?

La loi interdit aux grandes surfaces de vendre des dispositifs médicaux. Les autotests en sont. J’ai essayé et je peux assurer que ce n’est pas aussi simple qu’on l’imagine ! Un peu moins fiable, il faut d’ailleurs confirmer un résultat positif par un test PCR ou antigénique. De plus, l’idée n’est pas que les Français déboursent de l’argent, dans des magasins, pour des autotests alors qu’ils peuvent faire gratuitement des tests sûrs dans 12 000 laboratoires et pharmacies. Nous allons déployer les autotests dans les prochaines semaines mais notre première cible, ce sont les opérations de dépistage collectif sur les campus étudiants, dans des lieux de grande précarité…

Vous avez acheté — très cher — des milliers de traitements à base d’anticorps monoclonaux, que certains spécialistes contestent déjà…

Des spécialistes, contester ? Ça m’étonnerait (rires). Sur la base d’essais américains, l’Agence du médicament juge ce traitement très prometteur pour les personnes âgées, avec des comorbidités. Elle lui a donné une autorisation temporaire d’utilisation. C’était soit cela, soit on attendait qu’un autre pays démontre par A + B que c’est bien, et on arrivait après la bataille ! Une centaine d’hôpitaux les proposent à leurs patients fragiles. Si les promesses se concrétisent, ça sera une excellente nouvelle. La France fait partie des premiers pays à les avoir achetés, je le revendique !

POLITIQUE : «Je n’ai pas de remords»

«Je suis dans le feu de l’action, je n’ai pas le temps de regarder en arrière», confie Olivier Véran./REUTERS/Martin Bureau
«Je suis dans le feu de l’action, je n’ai pas le temps de regarder en arrière», confie Olivier Véran./REUTERS/Martin Bureau  

Il y a un an, c’était le premier confinement. Douze mois plus tard, entre succès et échecs, quel bilan personnel tirez-vous ?

En tout cas, je n’ai pas de remords. Je ne crois pas que l’heure soit à la commémoration. Je suis dans le feu de l’action, je n’ai pas le temps de regarder en arrière. Je le ferai quand on aura enlevé nos masques et vaincu le Covid. Croyez-moi, je prendrais le temps de faire le bilan à ce moment-là.

Y a-t-il des choses que vous referiez différemment ?

Au début, on ne connaissait pas notre ennemi. Il est invisible, on ne savait pas où, ni comment le diagnostiquer et le traiter. A partir de là, on avait une obligation de moyens. On devait tout faire, tout mettre en œuvre, pour protéger les Français. A-t-on manqué à cette obligation ? Ma réponse est non.

PODCAST. Olivier Véran rêvait de la Santé : portrait d’un ministre à l’épreuve du Covid-19

Les attaques, vous les vivez comment ?

Ma doctrine : « Bien faire et laisser dire. » Que les gens râlent, c’est normal, car la période est dure. J’entends certains élus nous parler de stratégie Zéro Covid. Mais, pardon, qu’ils quittent deux secondes leur bureau et qu’ils regardent ce qui se passe dehors : le Zéro Covid est une utopie que même les îles totalement coupées du monde peinent à appliquer.

Emmanuel Macron a toujours dit qu’il ferait tout pour éviter un nouveau confinement. N’a-t-il pas perdu son pari ?

On ne parie pas avec la santé des Français. Mais si c’était un pari, il est pour moi gagnant. Nous avons évité un confinement à un moment où nos voisins le faisaient. L’Allemagne a fermé pendant presque trois mois ses écoles et ses commerces. Pareil en Italie, en Angleterre. En France, ils sont restés ouverts. Et qu’observe-t-on trois mois plus tard ? L’Italie reconfine, l’Allemagne est sur le point de refermer ce qu’elle vient de rouvrir. On a donc bien fait d’attendre. On aurait confiné le 29 janvier, comme certains nous y poussaient, nous y serions encore avec le risque de devoir reprendre les mêmes mesures aujourd’hui.

Marine Le Pen vous accuse de « faire payer aux habitants des territoires concernés (vos) échecs répétés »…

C’est dans les crises qu’on reconnaît un chef d’Etat. Marine Le Pen s’est opposée systématiquement à tout, avec cynisme et lâcheté. Même aux mesures de soutien économique. Elle ne propose rien. Quand je regarde ses votes au Parlement, je suis heureux d’avoir un président de la République comme Emmanuel Macron !

Et que répondez-vous à Jean-Luc Mélenchon qui vous accuse de n’avoir « rien prévu, rien organisé »…

Si le populisme pouvait sauver des vies, on le saurait ! Les Français n’ont pas besoin du venin de Jean-Luc Mélenchon. Ils veulent des soins, et des vaccins.

Le retour des « jours heureux », c’est pour quand ?

On va vaincre cette vague épidémique, j’en suis sûr. La vaccination est une arme exceptionnelle. Avec l’arrivée du printemps, nous allons vers une période avec des températures qui favorisent moins la circulation du virus. Cela va nous permettre d’entrevoir des jours heureux. Est-ce que ce sera la fin de la pandémie ? Je ne sais pas. A l’automne prochain, une fois la population totalement vaccinée, si on ne voit pas revenir de vague épidémique, je pense qu’on pourra confiner le Covid dans les livres d’histoire et refaire la fête.

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