Nouvelles mesures contre le Covid-19 : Hidalgo, Rubirola… les grands élus entrent en guerre – Le Parisien

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Con-cer-ta-tion! C’est le mot à la mode depuis le déconfinement en mai dernier. Mercredi encore, Olivier Véran l’a employé presque à chaque phrase. Les mesures (contraignantes) annoncées pour essayer de freiner l’épidémie feront l’objet d’ici lundi d’une « con-cer-ta-tion » entre les préfets et les élus locaux, pour établir le détail de leur mise en pratique. Sauf que, si le gouvernement dit « concertation », les élus locaux ont immédiatement répondu « confrontation ». Et c’est du brutal.

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Michèle Rubirola, la nouvelle maire de Marseille, où bars et restaurants devront purement et simplement fermer dès samedi, a immédiatement fait part de sa « colère » sur Twitter à l’adresse d’Olivier Véran, lâchant par la suite au micro de BFMTV qu’il s’agissait d’une « information, pas d’une concertation! »

Renaud Muselier, le président de la région PACA, pourtant pas le plus farouche opposant à Emmanuel Macron, est entré dans une fureur noire. Toujours sur le réseau social, il s’adresse au ministre de la Santé : « Un coup de téléphone n’est pas une concertation, quand l’appel est passé à 18h30 pour une intervention à 19 heures, dans la précipitation. Cette décision est unilatérale, inadaptée et injuste ! Vous pensez être courageux, en fait vous perdez votre sang-froid. » La charge est lourde, appuyée.

Ce jeudi matin, c’est branle-bas de combat à la mairie de Marseille, tout récemment passée à gauche. Conférence de presse du premier adjoint au maire, Benoît Payan, retransmise en direct sur les chaînes d’information en continu. Il conteste frontalement les décisions du gouvernement et demande un délai de dix jours. Un report des mesures annoncées que la ville « vit comme un affront ». « Nous ne laisserons pas la ville de Marseille être dévitalisée comme ça », conclut-il avant de s’éloigner, colérique, du pupitre et du micro. En fin de matinée, Matignon a fait savoir qu’elle s’opposait à tout report, précisant que des mesures économiques accompagneront ces décisions.

Dans la foulée, Olivier Véran, auditionné par le Sénat, défend mordicus les mesures contraignantes annoncées la veille : « Le principe de responsabilité doit primer lorsqu’il faut protéger la vie des gens », martèle-t-il à l’intention des élus marseillais. « J’ai appelé la maire (NDLR : Michèle Rubirola, élue en juin) plusieurs fois cet été, je l’ai sensibilisée dès le mois d’août. Concerter ne veut pas forcément dire tomber d’accord. Il faut accepter l’idée qu’il faille prendre des décisions rapides », justifie encore le ministre de la Santé, mis en cause. Et Matignon d’ajouter que cette riposte « graduée et localisée », prise en conseil de défense pour répondre à l’urgence posée par la circulation du virus sur ces territoires, se devait d’être prise par l’Etat, responsable de la crise sanitaire.

Hidalgo : «J’avais dit mon désaccord sur ces mesures»

Mais Marseille n’est pas la seule métropole à s’insurger. Paris aussi se rebiffe. Dans la capitale, mairie et préfet doivent décider ensemble de l’horaire de fermeture des bars et restaurants à partir de lundi. Mais ce ne sera pas au-delà de 22 heures, a d’ores et déjà annoncé Olivier Véran. Anne Hidalgo était ce matin en déplacement au Havre pour une rencontre avec Edouard Philippe dans le cadre du « LH forum », le « forum international des villes et des territoires positifs ».

C’est donc sur une estrade havraise, avec, juste à côté d’elle, le chef de l’ancien gouvernement, qu’elle a pris le micro pour étriller le nouveau : « La grande majorité de nos cafetiers et de nos restaurateurs ont vraiment fait des belles choses sur l’espace public et je veux aujourd’hui leur apporter tout mon soutien par rapport aux mesures très restrictives qui ont été prises, malheureusement sans concertation. J’avais dit mon désaccord sur ces mesures », poursuit la maire de Paris, qui dit avoir été appelée par Olivier Véran « une heure avant son intervention ». Ce n’est plus un désaccord poli c’est une levée de boucliers des grands élus. Et le gouvernement semble ne pas l’avoir du tout anticipé.

Cette guerre ouverte entre élus locaux et pouvoir central est le symptôme d’un affaiblissement de l’autorité de l’Etat. Qui s’installe pour deux raisons. D’abord, Emmanuel Macron et son gouvernement paient le prix des injonctions contradictoires dans lesquelles cette crise sanitaire les a plongés depuis le début. Répondre à l’urgence sanitaire tout en relançant l’économie du pays. Nécessité d’agir vite, tout en concertant élus locaux et organisations professionnelles. Concilier consignes scientifiques, parfois mouvantes, avec l’impératif de maintenir un niveau d’activité de survie du pays.

Tout cela donne, depuis des mois, un sentiment d’hésitations ou de changements de pied constants qui décrédibilisent la légitimité de l’Etat à prendre les bonnes décisions dans le bon tempo face à des élus de terrains qui ont eu beau jeu de se démultiplier et de s’activer pour fournir, par exemple, des masques lorsqu’ils en manquaient cruellement.

L’erreur stratégique d’Emmanuel Macron

Mais ces élus de terrains ne sont pas non plus totalement dénués d’arrière-pensées politiques. Et c’est là où Emmanuel Macron paie le prix d’une erreur tactique majeure. En se désintéressant du fonctionnement de son parti, La République en Marche, en laissant s’y développer depuis des mois des divisions, en ne se préoccupant pas des concurrences qui s’installaient à Paris, Lyon, Marseille et ailleurs, bref en choisissant d’enjamber les élections municipales, Emmanuel Macron s’est rendu responsable de la Bérézina de juin dernier.

La conséquence est que les grands élus locaux sont tous également des adversaires politiques du pouvoir central. Certains, comme Anne Hidalgo, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, ont même des ambitions personnelles plus ou moins affirmées, mais bien réelles, pour l’élection présidentielle de 2022!

Dans ces conditions, la répétition jusqu’à l’ânonnement du mot « concertation » n’a aucune chance d’aboutir à de vrais échanges constructifs pour gérer la double urgence sanitaire et économique. Le nouveau Premier ministre, Jean Castex, adore se référer aux « territoires ». Il y multiplie les déplacements. C’est manifestement insuffisant. Pour l’instant, les « territoires » se rebiffent.

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