Pour la deuxième nuit consécutive, des manifestants antigouvernementaux sont descendus dans les rues du centre de Suez.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 00h56, mis à jour à 08h11

Temps de Lecture 2 min.

Au Caire, le 21 septembre.

Au Caire, le 21 septembre. MOHAMED ABD EL GHANY / REUTERS

Des affrontements ont éclaté samedi 21 septembre au soir à Suez, dans le nord-est de l’Egypte, entre les forces de l’ordre et des centaines de manifestants exigeant le départ du président Abdel Fattah al-Sissi, ont rapporté des témoins.

Pour la deuxième nuit consécutive, des manifestants antigouvernementaux ont bravé l’interdit de manifester et sont descendus dans les rues, où ils se sont retrouvés face à de nombreux policiers antiémeute appuyés par des blindés.

Sur la mobilisation de la veille : En Egypte, quelques manifestants ont pris le « risque extraordinaire » de se rassembler contre le président Sissi

« Il y avait environ 200 personnes », a raconté un manifestant de 26 ans interrogé par l’Agence France-presse (AFP). Les forces de sécurité « ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des balles réelles. Il y a des blessés », a poursuivi ce manifestant qui a requis l’anonymat.

Une autre habitante de Suez interrogée par l’AFP a fait état d’un nuage de gaz lacrymogène si vaste qu’il atteignait son immeuble, situé à quelques kilomètres des incidents. Une source des forces de sécurité a confirmé la présence de plusieurs dizaines de manifestants à Suez, mais n’a fourni aucun détail sur la réaction des autorités.

Rares manifestations

Au Caire, les forces de l’ordre ont été déployées samedi aux abords de la place Tahrir, lieu emblématique de la révolution de 2011. La veille, plusieurs dizaines de manifestants y avaient scandé « Sissi, va-t-en » avant d’être dispersés par la police. D’autres protestataires sont descendus vendredi soir dans les rues de plusieurs villes du pays, dont Alexandrie.

Les manifestations contre le régime sont très rares en Egypte, une la chape de plomb répressive est imposée au pays depuis la destitution en 2013 du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée, à la tête de laquelle se trouvait alors le général Sissi.

Des appels à manifester ont été lancés ces derniers jours sur les réseaux sociaux, émanant notamment d’un homme d’affaires exilé en Espagne, Mohamed Ali, qui accuse le pouvoir de corruption. Le président Sissi avait nié en bloc ces allégations. « Ce sont des mensonges et ils ont pour but de briser la volonté des Egyptiens et de leur faire perdre toute espoir et toute confiance en eux-mêmes ».

« Marche du million »

Dans une nouvelle vidéo mise sur les réseaux sociaux, il a appelé les Egyptiens à participer à une « marche du million » vendredi prochain sur toutes « les grandes places » du pays. « J’étais aussi surpris que vous de voir le nombre de personnes dans les rues (…) cette révolution du peuple (…) Nous devons nous unir (…) et nous organiser pour descendre sur les grandes places. Nous avons jusqu’à vendredi pour y arriver », a-t-il lancé.

Il a par ailleurs demandé aux autorités de libérer les personnes qui avaient été arrêtées vendredi.

Le régime égyptien mène une répression sans merci contre l’opposition, emprisonnant des milliers d’islamistes, de militants ou encore de blogueurs. Au moins 74 personnes ont été arrêtées dans la nuit de vendredi à samedi, a indiqué à l’AFP une source au sein des services de sécurité.