C’est une maigre consolation, mais les travaux de l’historien américain Andrew Tallon, qui avait scanné en 3D l’intérieur et l’extérieur de la cathédrale de Notre-Dame de Paris pourraient aider à sa reconstruction.

Au lendemain du terrible incendie qui a ravagé lundi 15 avril les deux-tiers de la toiture du monument historique le plus visité d’Europe, le journal Wired exhume les recherches du scientifique. En 2015, Le National Geographic avait consacré un dossier aux travaux de l’historien.

Représentations d’une très grande fidélité

Andrew Tallon, professeur au Vassar College dans l’Etat de New York aux Etats-Unis, évoquait son travail, expliquant pourquoi il avait entrepris ces recherches, et cherché à comprendre comment le bâtiment gothique avait été érigé. “Malheureusement pour moi, il n’y avait rien d’écrit sur le sujet, expliquait-il en 2015. (…) J’ai donc eu recours à des technologies sophistiquées pour essayer d’obtenir de nouvelles réponses du bâtiment.”

Le chercheur, disparu en novembre 2018, a passé la moitié d’une décennie à balayer les lieux pour réaliser un relevé au laser en trois dimensions, générant un maillage de milliards points en 3D extrêmement riche. De quoi obtenir de fabuleuses images de synthèse de la cathédrale d’une très grande fidélité avec une précision “à 5 millimètres près”.

Les travaux de Andrew Tallon avaient permis de faire d’étonnantes découvertes sur les bâtisseurs du Moyen-Âge et sur la structure de Notre-Dame de Paris. Révélant par exemple que les colonnes intérieures n’étaient pas alignées, tout comme certaines allées. Les bâtisseurs de l’époque, déjà soumis à des contraintes budgétaires, avaient en effet utilisé les vestiges de structures existantes. 

“Le bilan est dramatique”

Pour Andrew Tallon, cette imperceptible imperfection était la “sauce secrète” dont les “gens du Moyen-Âge saupoudraient leurs bâtiments pour les rendre beaux”. 

C’est cette beauté qu’il va désormais falloir recréer. Car même si la structure et les deux tours du bâtiment ont été préservées, “le bilan est dramatique”, comme l’a expliqué le porte-parole des pompiers de Paris ce mardi. 

“L’ensemble de la toiture est sinistrée, l’ensemble de la charpente est détruite, une partie de la voûte s’est effondrée, la flèche n’existe plus”. Selon Robert Bork, historien de l’architecture à l’université de l’Iowa, cité par Wired, des charpentes datant du XIe siècle sont parties en fumée. “C’était – jusqu’à aujourd’hui – le dernier toit de ce type”.