Michel Dufour via Getty Images(Photo prise en 2013 de Liliane Bettancourt et de sa fille Françoise Bettancourt Meyers). 

ÉCONOMIE – Plusieurs grandes fortunes et entreprises françaises ont annoncé dès ce mardi 16 avril qu’elles débloquaient plusieurs centaines de millions d’euros afin de financer la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, dévastée par les flammes la veille. Parmi elles, le géant pétrolier Total

Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné a en effet annoncé sur son compte Twitter que Total, qui se présente comme “le premier mécène de la Fondation du patrimoine”, allait faire un “don spécial” de 100 millions d’euros. 

Les Bettancourt et L’Oréal ont, quant à eux, annoncé un don de 200 millions d’euros dans un communiqué.  “La famille Bettencourt Meyers et le groupe L’Oréal ont décidé de participer conjointement à la renaissance de la Cathédrale de Notre-Dame et annoncent un don de cent millions d’euros au fonds dédié”, indique-t-on. “Le Groupe L’Oréal va par ailleurs associer ses 86 000 salariés, tous émus par cette tragédie, et qui ont manifesté leur souhait de contribuer à cet élan de mobilisation collective (…). Par ailleurs, la Fondation Bettencourt Schueller, avec le soutien exceptionnel de la famille Bettencourt Meyers, annonce un don de cent millions d’euros pour la reconstruction”.

Total et L’Oréal rejoignent ainsi la liste des généreux donateurs, parmi lesquels figurent LVMH et la famille Arnault à sa tête, qui a annoncé un don de 200 millions d’euros. LVMH a en outre proposé de mettre à disposition ses ”équipes créatives, architecturales, financières” pour aider au travail de reconstruction et de collecte de fonds.

Des banques françaises s’engagent

Autre grande fortune du secteur, la famille d’industriels Pinault, qui possède le groupe Kering, a annoncé débloquer 100 millions d’euros via sa société d’investissement Artemis. 

“Très touchés” par l’incendie, Martin et Olivier Bouygues ont annoncé se mobiliser ”à titre personnel” avec un don de 10 millions d’euros via leur holding familiale, SCDM.

Via sa holding familiale, le géant français de l’affichage publicitaire JCDecaux a promis 20 millions d’euros. La société assure également une “visibilité nationale et internationale” aux appels à la souscription grâce à ses emplacements publicitaires.

Le PDG de la Française des jeux a annoncé mardi à l’AFP que le groupe allait affecter “quelque 2 millions d’euros” du Loto de Pâques, pour l’édifice, “une estimation moyenne” de la part qui revient à l’entreprise sur le jackpot de 10 millions mis en jeu, samedi.  

De son côté, le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, qui contrôle la société d’investissement Fimalac, a également annoncé vouloir participer à “l’effort national de reconstruction”. Montant du don: 10 millions d’euros “pour la restauration de la flèche, symbole de la cathédrale”, qui est tombée dans l’incendie de lundi. 

Le géant informatique français Capgemini s’est dit, lui, “solidaire de l’effort national” et a annoncé verser un million d’euros pour contribuer à la reconstruction de la cathédrale

Les banques ont aussi mis la main à la poche: BNP Paribas a annoncé débloquer 20 millions d’euros, le groupe BPCE et la Société Générale ont promis chacun 10 millions d’euros et Crédit Agricole, via sa fondation, a annoncé un don de 5 millions d’euros pour les mesures de sauvegarde d’urgence. 

L’assureur Axa France a suivi le mouvement de générosité lancé ces dernières heures, en “mobilisant dès maintenant une enveloppe de 10 millions d’euros” en signe de “solidarité”. Le groupe souhaite par ailleurs travailler “en faveur d’une meilleure prévention et gestion des risques”. Axa France est l’assureur de deux des entreprises présentes sur le chantier de Notre-Dame au moment de l’incendie.

 “Transport gratuit pour tous les acteurs officiels qui participeront à la reconstruction”

Groupama a annoncé offrir 1300 chênes qu’il prélèvera dans ses forêts normandes, “pour respecter le travail des Compagnons de l’époque”, pour la “reconstruction de la charpente”. Par ailleurs, Michel Druilhe, président de l’interprofession France Bois Forêt qui regroupe forêts privées et publiques, assure que l’ensemble de la filière “va s’organiser pour fournir du chêne français, et va participer, y compris financièrement, à la reconstruction de la cathédrale”. 

De son côté, la compagnie Air France a annoncé qu’elle assurera “le transport gratuit de tous les acteurs officiels qui participeront à la reconstruction”. Elle mettra également en place un système de collecte auprès de ses clients. EDF propose de son côté d’apporter son expertise aux services de l’Etat, notamment dans “les réseaux électriques de secours et la sécurisation des chantiers électriques”.

La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) “se tient à la disposition des pouvoirs publics pour mobiliser son réseau national d’artisans” citant notamment la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre, les artisans et les PME. Le Medef a de son côté appelé les entrepreneurs à participer à la collecte lancée par la Fondation du patrimoine. 

Vinci, Michelin et Air Liquide ont également annoncé souhaiter participer au financement, mais sans indiquer pour l’heure de montant. 

Des dons encouragés par une fiscalité avantageuse

Le violoniste André Rieu a de son côté annoncé faire don de 700 tonnes d’acier, utilisées en éléments de décor reproduisant le château de Schönbrunn (Autriche) à l’occasion du spectacle “Une nuit romantique à Vienne”, “afin d’aider à ériger l’échafaudage en vue de la restauration de la belle Notre-Dame”.

Le monde du sport a également annoncé son intention de mettre la main au portefeuille. Sans donner de somme, la présidente de la Ligue de football professionnel (LFP) Nathalie Boy de la Tour a promis que le football français allait se “mobiliser pour aider financièrement à la reconstruction”. Côté hippisme, le monde des courses a décidé de rebaptiser le Prix du Président de la République, qui doit se tenir dimanche à Auteuil, du nom de la cathédrale et “d’en reverser le bénéfice au profit de la reconstruction” de l’édifice.  

Depuis la loi Aillagon de 2003, les entreprises qui investissent dans la culture peuvent déduire 60% de leurs dépenses en faveur du mécénat (66% de réduction d’impôt sur le revenu pour les particuliers), avec la possibilité de bénéficier d’un échelonnement de l’avantage fiscal sur cinq ans, dans une limite de 25% du don.

Cette réduction fiscale, appliquée dans la limite de 5‰ (cinq pour mille) du chiffre d’affaires annuel, peut même atteindre 90% lorsqu’il concerne l’achat de biens culturels considérés comme des “trésors nationaux” ou présentant “un intérêt majeur pour le patrimoine national”. La remise est alors appliquée dans la limite de 50% de l’impôt dû par l’entreprise.

Ce taux de 90%, qui signifie que l’entreprise ne contribue in fine qu’à hauteur de 10% de son geste, ne peut en théorie pas s’appliquer à des projets de restauration de grands monuments patrimoniaux, comme la reconstruction de Notre-Dame, étant limité aux objets “qui risquent de sortir du territoire”.

Des dons de l’étranger 

À l’étranger également, plusieurs donateurs se sont manifestés. Par un tweet matinal aux États-Unis, Tim Cook, le patron d’Apple, a assuré que la firme à la pomme allait “donner pour les efforts de reconstruction afin d’aider à restaurer le précieux héritage de Notre-Dame”, sans préciser de somme.  

Henry Kravis, co-fondateur du fonds d’investissement américain KKR, et son épouse Marie-Josée Kravis, “attristés par l’incendie”, ont annoncé contribuer “dès à présent” à hauteur de 10 millions de dollars (soit 8,85 millions d’euros). C’est le premier don d’ampleur venu de l’étranger.

La ville hongroise de Szeged a annoncé faire un don de 10.000 euros, s’estimant redevable à Paris. En 1879, la capitale française avait aidé à la reconstruction de cette ville du sud du pays, dévastée par une inondation. En Côte d’Ivoire, c’est le roi de Krindjabo, capitale du royaume de Sanwi dans le sud-est du pays, qui a promis un “don” pour la reconstruction, sans préciser de montant. Un prince de son royaume avait été baptisé dans la cathédrale dans les années 1700. 

La milliardaire brésilienne Lily Safra et la fondation au nom de son mari Edmond Safra, banquier syro-brésilien décédé en 1999, ont pour leur part annoncé un don de 10 millions d’euros.

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