Au moment de l’incendie qui l’a partiellement détruite, la cathédrale de Notre-Dame renfermait des centaines d’œuvres à la valeur inestimable. Un “trésor” artistique, historique et patrimonial, dont une partie a malheureusement disparu

Néanmoins, comme l’a confirmé le ministre de la Culture Franck Riester ce mardi après-midi, de nombreuses œuvres ont été épargnées. 

  • Les statues

Un coup du destin, voire un miracle, certains diront. Un heureux hasard, c’est indéniable. Les 16 statues représentant apôtres et évangélistes, trônant sur la toiture de Notre-Dame sont intactes, puisqu’elles n’y étaient pas lors du déclenchement de l’incendie. Elles avaient été retirées quatre jours avant, grâce d’ailleurs à une opération spectaculaire, afin d’être restaurées en Dordogne. 

Chacune de ces statues de cuivre pèse 150 kilos et mesure 3,50 mètres. Avant d’être descendues à l’aide d’une grue de 120 mètres de haut, elles ont été “décapitées” – les têtes ont dû être démontées afin de les alléger et d’éviter la moindre dégradation. Elles sont arrivées le 12 avril à Marsac-sur-l’Isle, pour être restaurées – durant deux ans – par la Société nouvelle de conservation et restauration archéologique (SOCRA).

France Bleu Dordogne indique que certaines statues devaient repartir “dès le mois de juin” à Notre-Dame. Par ailleurs, “des tétramorphes, des statues d’un mètre cinquante représentant des symboles comme des aigles ou des griffons, présentes aussi autour de la flèche de Notre Dame sont également rénovées à la SOCRA”.

  • Les reliques

Parmi les objets présents dans l’enceinte de la cathédrale lors du drame, il y avait des reliques. Certaines ont pu être sauvées, notamment la Couronne d’épines du Christ et la tunique du roi Saint-Louis, a indiqué durant la soirée le recteur de Notre-Dame, Mgr Patrick Chauvet.
La Couronne d'épines, relique issue de la Passion du Christ, qui reposait à Notre-Dame de Paris Philippe Lopez – AFP – La Couronne d’épines, relique issue de la Passion du Christ, qui reposait à Notre-Dame de Paris
La Couronne d’épines représente celle qu’auraient posé les soldats romains sur la tête de Jésus, en amont de sa crucifixion. Cet objet, ainsi que la tunique de Saint-Louis, ont rejoint le trésor de la cathédrale à partir de 1806, sous Napoléon, après avoir été conservés à la Sainte Chapelle pendant la Révolution.

Pour l’instant, aucune information n’a filtré quant à l’état des autres œuvres qu’abritait Notre-Dame. Celles-ci incluent, comme le rappelle Le Figaro, un morceau de la Croix et un clou de la Passion. Par ailleurs, trois reliques étaient nichées dans le coq surmontant la flèche qui s’est effondrée: une parcelle de la Sainte Couronne d’épines, une relique de Saint-Denis et une de Sainte-Geneviève.

  • Les vitraux

D’après le ministre de la Culture, “les roses du transept-nord et du transept-sud (…) n’ont pas subi de dommages catastrophiques”, tout comme “la rose ouest”. Ainsi, les trois immenses et sublimes rosaces conçues, pensées et taillées avec précision au sein de la cathédrale seraient-elles intactes, malgré la chaleur qu’elles ont subie? Des incertitudes demeurent.
La rosace du transept sud de la cathédrale de Notre-Dame, en 2011 Only France – Henri Tabarant – La rosace du transept sud de la cathédrale de Notre-Dame, en 2011
Sous ladite chaleur, le plomb qui lie les impressionnants vitraux de ces rosaces a pu fondre, affectant l’ensemble des œuvres, dont le verre lui-même a été exposé à des températures très élevées. D’autant que ces rosaces, rénovées à plusieurs reprises, datent du XIIIe siècle.

Celles des transepts nord et sud, qui font 13 mètres de diamètre, renferment des médaillons représentant des prophètes, des saints, des anges et des rois. Chaque rosace contient, à son centre, un personnage central: la Vierge, l’Enfant-Jésus et le Christ. 

Selon un témoignage recueilli par Europe 1, l’orgue principal de Notre-Dame, dont certains tuyaux datent du XVe siècle, n’a pas été trop gravement endommagé durant l’incendie. Il compte au total cinq claviers, 109 jeux et près de 8.000 tuyaux. 

“Il est très empoussiéré. Mais il n’a pas pris une seule goutte d’eau. Il a pris de la suie et de la poussière, donc il est totalement inutilisable. Mais rien n’a brûlé, rien n’a fondu”, a affirmé Laurent Prades, régisseur du patrimoine intérieur de la cathédrale.

Le deuxième orgue, utilisé quotidiennement et installé dans le chœur, a subi le contrecoup de l’eau des pompiers. “Il a été copieusement arrosé, mais c’était pour préserver les stalles du XVIIIe siècle qui sont juste en dessous”, précise Laurent Prades, faisant référence aux rangées de sièges alignés le long des murs du chœur de la cathédrale. 

  • Les tableaux

Si les pièces préservées seront mises en sécurité au Louvre dans les 24 heures, d’autres devront attendre. C’est le cas notamment des “grands tableaux” ou “grands Mays” de la cathédrale, qui ne pourront être décrochés avant vendredi en raison du risque à pénétrer dans l’édifice pour le moment, selon Franck Riester.

A priori il n’y a pas de dommage lié à l’incendie, mais des dommages éventuellement liés aux fumées. Et donc nous allons les transporter en sécurité dans les réserves du Louvre, où ils seront déshumidifiés et protégés, conservés puis restaurés”, a déclaré le ministre de la Culture. 

Le recteur de Notre-Dame a évoqué les tableaux de plusieurs mètres offerts à la cathédrale chaque année (sauf deux exceptions) de 1630 à 1707 par la corporation des orfèvres parisiens.

Treize de ces tableaux étaient encore présentés au public à Notre-Dame, parmi lesquels Saint-Pierre guérissant les malades de son ombre par Laurent de la Hyre et Lapidation de Saint-Étienne par Charles Le Brun. Ils étaient accrochés dans les arcades de la nef, du chœur, des croisillons et du déambulatoire, raconte Le Figaro.

C’est l’une des images les plus marquantes saisies durant cet événement tragique: celle de l’autel de Notre-Dame, après l’incendie, où la croix semble être restée étonnamment intacte, tout comme les statues du maître-autel, ainsi que celles de Louis XIII et Louis XIV agenouillés.

L’abbé Grosjean, prêtre du Diocèse de Versailles, y a vu un symbole, un signe d’une victoire sur le “mal”.