Nagorny Karabakh : Avant l’arrivée des Azerbaïdjanais, les Arméniens préfèrent brûler leurs maisons – 20 Minutes

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Un habitant met le feu à sa maison dans le village de Charektar. — Alexander NEMENOV

Ils effacent leur vie passée pour ne rien laisser au nouvel occupant. A la veille de l’arrivée des troupes azerbaïdjanaises, les habitants arméniens du village de Charektar, près du Nagorny Karabakh, incendiaient samedi leurs maisons avant de quitter les lieux. « C’est le dernier jour, demain les soldats azerbaïdjanais seront là », commente un homme, la gorge serrée. Il noue un vieux pull imbibé d’essence au bout d’une perche de bois, l’allume, et jette le tout sur le parquet, contemplant le spectacle de sa maison en feu.

Les flammes lèchent déjà la charpente du toit de tôle qui peu à peu s’embrase. Pour être sûr qu’il ne restera que des cendres, il jette tisons et planches enflammées par chacune des fenêtres. « C’est ma maison, je ne peux pas la laisser aux Turcs », comme les Arméniens appellent souvent les Azerbaïdjanais. Toute l’habitation a été vidée, il ne reste qu’une énorme baignoire à massage au milieu d’une chambre, laissée là on ne sait pas pourquoi, et dont le plastique commence à fondre sous la chaleur du brasier. « Tout le monde brûle sa maison aujourd’hui (…) On nous a donné jusqu’à minuit pour partir », lâche cet homme, avant de remonter dans sa jeep, sans un regard derrière lui, et d’insulter : « tous des traîtres, tous des enc… ».

Une humiliante défaite pour l’Arménie

Un accord de paix signé en début de semaine entre Erevan et Bakou, sous l’égide de Moscou, a mis fin à près de sept semaines d’intenses combats au Nagorny Karabakh, enclave montagneuse disputée depuis des décennies entre ces deux pays du Caucase. Au terme de ce texte, qui consacre une humiliante défaite pour l’Arménie, l’Azerbaïdjan reconquiert de larges territoires sous contrôle arménien depuis une première guerre dans le début des années 1990.

Depuis le cœur du Nagorny Karabakh, le village de Charektar marque l’entrée de la région de Kalvajar, une étroite vallée serpentant le long de la rivière Tartar, au pied de hautes montagnes et de falaises à pic. Cette région fait partie du « glacis protecteur » formé par les forces arméniennes autour du Nagorny Karabakh à proprement parler, dont une partie doit également revenir à l’Azerbaïdjan selon les termes de l’accord de paix.

Charektar en est l’une des principales zones habitées, et sans doute plus de la moitié des maisons du village, pour beaucoup de modestes masures de paysans de montagnes, y ont été incendiées ces dernières 24 heures par leurs propriétaires sur le départ.

Plus de 2.300 soldats arméniens tués

A chaque fois les mêmes scènes autour des logis en flammes. Des hommes en treillis militaires, de retour des lignes de front – L’Arménie a reconnu ce samedi avoir perdu plus de 2.300 soldats dans le conflit –, embarquent tout ce qu’ils peuvent à bord de camions cahotants. « Si je n’arrive pas à trouver un véhicule, je crame tout », grogne Sargis, 46 ans, assis devant sa maison crasseuse. Les prix ont flambé, et impossible de trouver un véhicule.

Aux pieds du soldat, ses maigres biens : une antenne TV, un lustre des années 70, un gros bidon en plastique, des planches, une niche bricolée dans la tôle où sont entassés des poulets paniqués… « J’ai déjà dû brûler les ruches, je n’ai plus beaucoup de temps ».

La grande migration

Quand et comment vont arriver les forces azerbaïdjanaises ? Nul ne le sait. Les autorités du Nagorny Karabakh ont assuré que la route de Kalvajar, aujourd’hui unique voie reliant l’enclave à l’Arménie, restera sous leur contrôle. Des soldats russes y circulent. « Les Azéris vont arriver (à Kalvajar) par hélicoptère », croit savoir Sargis.

Sur cette même route, c’est la grande migration. La circulation est incessante vers la ville frontière arménienne de Vardenis, via le col de Sodits à 2.700 mètres d’altitude. Tout ce qui est transportable à Kalvajar d’ici ce soir semble être en train d’être rapporté. Des camions chargent les transformateurs gros comme des éléphants des stations hydro-électriques. Une nuée de bucherons s’affairent à couper et débiter les arbres le long de la route pour en faire de grosses buches aussitôt embarquées vers l’Arménie, où le bois s’échange à bon prix. Des bergers convoient d’un pas rapide troupeaux de vaches et moutons, encombrant un peu plus la chaussée.

« Fuck Azer ! »

Sur le point d’être abandonnée, la base militaire de Kalvajar est ouverte aux quatre vents. Tels des fourmis, les soldats encore présents enlèvent les tôles des toits des hangars, remballent caisses de munition, 4X4 en panne et tout ce qui peut être encore ramassé. Des papiers brûlent dans la cour de l’état-major. « Danger, mines ! », prévient en arménien une feuille placardée à l’entrée de l’un des baraquements.

Sur le mur, une tête de cochon et deux mots, tagués grossièrement à la peinture jaune, avec un message clair à l’attention des imminents arrivants : « Fuck Azer ! ».

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