Mosquées, enseignants, imams… le plan «anti-séparatisme» de Macron – Le Figaro

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Envoyé spécial à Mulhouse

Le chef de l’État aura beaucoup phosphoré avant de commencer à dessiner les contours de son plan d’action pour un «retour de la République». Voilà des mois qu’il consulte des intellectuels en privé et anime des réunions. Voilà des mois qu’il reporte, aussi, l’occasion d’en parler. «J’ai pris beaucoup de précautions. Je ne voulais pas de simplification», s’est justifié, mardi, Emmanuel Macron devant des responsables associatifs, dans le quartier populaire de Bourtzwiller de Mulhouse. Cette fois, le moment est venu.

Le choix du lieu ne doit rien au hasard. La ville du Bas-Rhin est une métropole cosmopolite où des faits de communautarisme sont de plus en plus palpables. «Il y a des écoliers qui ne veulent pas serrer la main de leurs camarades et des familles qui présentent des certificats médicaux de complaisance pour que leurs enfants n’aillent pas en cours de piscine», rapporte devant le président Anne-Marie Maire, la directrice d’académie, qui s’est exprimée au cours de cette table ronde.

On ne doit jamais accepter que les lois de la religion puissent être supérieures à celles de la République  », ni « accepter la déscolarisation pour des faits de croyance

Emmanuel Macron

Après avoir écouté une série de témoignages, le chef de l’État hausse le ton lors d’une conférence de presse. «Notre ennemi est le séparatisme», ce fléau qui pousse certains Français à construire «des murs» avec le reste de la population, tonne Emmanuel Macron. Lequel ajoute: «On ne doit jamais accepter que les lois de la religion puissent être supérieures à celles de la République», ni «accepter la déscolarisation pour des faits de croyance». Emmanuel Macron se veut tranchant: «Le séparatisme islamiste est incompatible avec l’indivisibilité de la République.»

En revanche, il n’est plus question de condamner le «communautarisme» en tant que tel. Sur ce volet, le président a mûri sa réflexion et fait évoluer son vocabulaire. «Je ne suis pas à l’aise avec le mot communautarisme», explique désormais le président. «Ces appartenances s’ajoutent à la République, elles sont compatibles avec elles», assure-t-il.

Réunion à huis clos

«On peut se sentir des identités multiples si on respecte les lois de la République», a-t-il également argumenté lors d’un échange, un peu plus tôt, avec des habitants, aux abords d’un commissariat. Voilà pour la théorie. Mais comment reconquérir le terrain perdu? Comment, par ailleurs, répondre aux accusations de l’opposition, qui, à l’instar du président LR des Pays de la Loire, Bruno Retailleau, accusent le chef de l’État de se cantonner à des «discours»?

En guise de réponse, Emmanuel Macron promet de mettre fin au système des «imams détachés» , notamment ces 300 imams «envoyés en France chaque année» . À la place, l’exécutif plaide pour des imams maîtrisant la langue française et formés en France. Il promet également la fin du système des Elco en septembre 2020. Ces enseignements de langue et culture, conduits par des professeurs envoyés par des pays étrangers, notamment la Turquie. La fermeture des écoles et des lieux de culte en contravention avec la loi se poursuivra, ajoute le chef de l’État.

Enfin, il assure que tout sera fait pour «mieux contrôler les financements des lieux de culte». «On a besoin de savoir d’où vient l’argent, qui le touche et pour quoi faire?», lance le président, sans pour autant préciser les modalités d’enquête. À Mulhouse, en tout cas, le sujet est particulièrement sensible, dans une agglomération marquée par la construction d’une mosquée géante (An-Nour). Le chantier est financé en grande partie par des fonds qatariens. Le matin, une réunion s’est d’ailleurs tenue à huis clos, entre les responsables des mosquées de la ville et trois ministres, dont Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, chargé également des Cultes. Pour éviter tout procès en «stigmatisation», Emmanuel Macron a pris soin d’insister sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’«un plan contre l’islam», ce qui serait «une faute profonde». Son adversaire s’appelle «l’islam politique». Et de jurer: «Je ne céderai rien dans cette bataille.»

Les mesures annoncées par le chef de l’État

Jusqu’ici, en France, dans les écoles, collèges ou lycées professionnels, 80.000 élèves apprenaient la langue de leur pays d’origine via un système baptisé Elco (enseignements langue et culture d’origine). Depuis 1977, des accords bilatéraux avaient été signés avec certains pays comme la Turquie, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Serbie, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc ou la Croatie. Pour le président, cet enseignement était, ces dernières années, de plus en plus souvent dispensé par des professeurs envoyés par leur pays qui ne parlaient pas français et dont l’Éducation nationale ne pouvait contrôler le contenu de l’enseignement. Aucune relation n’était envisageable entre eux et le corps enseignant national. Une situation inacceptable pour le président qui vise essentiellement les professeurs venus de Turquie.

Il a souhaité supprimer purement et simplement ce système. Et en a échafaudé un autre. Dès septembre 2020, les Elco disparaîtront. Un autre mécanisme – les enseignements internationaux en langue étrangère (EIL) – verra le jour avec des enseignants qui parleront désormais systématiquement le français et dont on pourra vérifier le travail. Tous les pays ont accepté la réforme. Sauf la Turquie, à ce jour. Faute d’accord, la France assurera elle-même l’enseignement.

Autre décision: Emmanuel Macron a annoncé que notre pays allait progressivement cesser d’accueillir des «imams détachés» envoyés par d’autres pays, comme la Turquie et l’Algérie, en augmentant parallèlement le nombre d’imams formés en France. Le chef de l’État a également annoncé que sera mis fin à l’accueil des quelque 300 «psalmodieurs» reçus chaque année durant la période du ramadan.

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