Mort d’un livreur lors d’une interpellation à Paris : l’autopsie évoque une asphyxie « avec fracture du larynx » – Le Monde

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Les images, filmées au smartphone, sont un peu lointaines, tremblotantes, mais elles éclairent d’un jour nouveau les circonstances de la mort de Cédric Chouviat, à la suite d’un contrôle policier. Diffusées lors d’une conférence de presse au siège de la Ligue des droits de l’homme par les avocats de la famille mardi 7 janvier, elles donnent à voir les conditions très musclées dans lesquelles s’est déroulée, vendredi 3 janvier, à l’angle du quai Branly et de l’avenue de Suffren, à Paris, l’interpellation au cours de laquelle l’homme de 42 ans a fait un malaise cardiaque. Pris en charge par les agents, puis par les pompiers, ce père de cinq enfants avait ensuite été transporté en urgence à l’hôpital européen Georges-Pompidou, où il est mort deux jours plus tard.

Les résultats de l’autopsie, communiqués par le parquet de Paris mardi 7 janvier, font état d’une « manifestation asphyxique » avec une « fracture du larynx ». L’homme était encore muni de son casque de scooter au moment de son interpellation et de son plaquage au sol. Par ailleurs, un « état antérieur cardiovasculaire » a été détecté chez ce coursier de profession. Sa famille assure pourtant qu’il ne souffrait d’aucune insuffisance cardiaque connue et qu’il avait été autorisé médicalement à pratiquer le sport dix mois auparavant.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris et confiée à l’inspection générale de la police nationale (IGPN) dès le 3 janvier. Le parquet de Paris a décidé mardi d’ouvrir une information judiciaire pour « homicide involontaire », confiée à un juge d’instruction. La famille, qui avait déposé une plainte avec constitution de partie civile, souhaitait que soient retenues des « violences volontaires ayant entraîné la mort », une qualification criminelle relevant de la cour d’assises.

Pour leurs avocats, Arié Alimi, William Bourdon et Vincent Brengarth, les autorités ont tenté dès le début de l’affaire de dissimuler une « bavure policière » à travers leur communication, en niant tout lien de cause à effet entre la technique d’interpellation et le malaise cardiaque. Selon la Préfecture de police de Paris, les fonctionnaires avaient contrôlé le conducteur du scooter parce qu’il téléphonait. Celui-ci se serait montré « irrespectueux et agressif », et aurait insulté l’équipage au moment où il partait. Les agents auraient alors procédé à l’interpellation pour outrage à laquelle M. Chouviat aurait résisté, avant de faire un malaise cardiaque.

Un appel à témoin citoyen

Sur une première vidéo obtenue par les avocats à la suite d’« un appel à témoin citoyen », on voit d’abord Cédric Chouviat filmant de près les policiers, qui le repoussent. Sur la deuxième vidéo, on aperçoit de loin plusieurs policiers en train de maîtriser l’homme au sol, avec la technique dite du « plaquage ventral », qui consiste à porter son poids sur le torse de l’individu. Les jambes de Cédric Chouviat, en pantalon gris, s’agitent en vain. L’homme qui a filmé la scène assure, selon les avocats, que les policiers ont également pratiqué une clé d’étranglement. Enfin, sur une dernière séquence tournée une vingtaine de minutes plus tard, on aperçoit les policiers en train de prodiguer un massage cardiaque à la victime.

Pour Arié Alimi, la fracture du larynx est « probablement due à une strangulation » : « C’est une mort atroce et extrêmement violente. » William Bourdon, autre avocat de la famille, estime pour sa part que ce décès est le fruit d’une « culture de l’impunité et du déni qui encourage et déresponsabilise les policiers » : « Il n’y a aucun doute sur le fait que les modalités d’interpellation – la clé, le plaquage ventral, l’étouffement – étaient inappropriées et hors de proportion. »

Lors de cette conférence de presse, Christian Chouviat, le père de la victime, a longuement pris la parole pour dénoncer un « meurtre », couvert par « un tissu de mensonges » : « Est-ce qu’on a le droit de faire ça ? Le mec, il se lève à 6 heures du matin, été comme hiver. Il va travailler, et d’un coup on a décidé de lui couper le sifflet. Ce sont des assassins. Il y a trois assassins. Je veux aller au jugement, je veux qu’ils ne dorment plus, ces gens-là ! »

La famille estime que l’homme, propriétaire d’un casque avec micro intégré, ne pouvait se servir de son téléphone au moment de l’interpellation. Sa femme assure que la première version que lui ont donnée les policiers parlait d’un contrôle routier à cause d’une plaque d’immatriculation sale.

« Notre famille prône la paix »

La justice a entre les mains plusieurs éléments qui pourraient permettre de faire rapidement la lumière sur l’ensemble des faits. Deux caméras de vidéosurveillance disposées sur le carrefour couvrent cette zone. Par ailleurs, M. Chouviat a lui-même filmé toute la scène avec son smartphone, actuellement placé sous scellés.

« Notre famille prône la paix, on est dans un chagrin profond qui ne partira jamais. J’aimerais que justice soit faite pour l’honneur de mon père », a expliqué en conclusion de la conférence de presse l’une de ses filles, Sofia. Quelques minutes plus tôt, l’épouse de Cédric Chouviat, Doria, avait délivré un message d’apaisement :

« N’ayons pas la haine. Même si c’est un homicide, ça reste un homicide involontaire. Je ne pense pas que les policiers qui étaient là ont voulu le tuer volontairement. Ce sont des êtres humains, ils se sont laissé trop emporter par la colère. »

Contactée par Le Monde, la Préfecture de police s’en est tenue à sa version initiale. Dans une déclaration transmise à l’Agence France-Presse (AFP), Christophe Castaner et Laurent Nunez, le ministre de l’intérieur et son secrétaire d’Etat, ont adressé leurs condoléances à la famille de la victime, estimant que les résultats de l’autopsie « soulèvent des questions légitimes ».

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