Mort du petit Tony : son insoutenable martyre raconté aux assises de Reims – Le Parisien

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Elle s’est levée sans crier gare, en pleine audience, se glissant hors de la salle pour ne plus entendre. Ne plus entendre les légistes énumérant les « innombrables lésions » retrouvées sur le corps de Tony, ne plus entendre ces médecins décrire l’agonie de son fils, « un petit bonhomme, un tout ptit bout de chou de 98 cm et presque 17 kg », mort à trois ans et demi dans d’horribles souffrances. C’était le 26 novembre 2016, au 6e étage d’une tour HLM de Reims (Marne). Caroline Letoile avait alors 19 ans et avait emménagé avec un tout nouveau compagnon, Loïc Vantal, un petit caïd violent tout juste sorti de prison. Une cohabitation qui aboutira, en moins de deux mois, à la mort de Tony.

Tous deux sont jugés depuis ce lundi devant la cour d’assises de la Marne, lui pour coups mortels aggravés et violences habituelles sur Tony – faits passibles de trente ans de réclusion criminelle – elle pour non-assistance à personne en danger. Caroline Letoile, qui comparaît libre et encourt cinq de prison, a annoncé en préambule qu’elle ne reconnaissait pas les faits, laissant présager une défense axée sur la notion d’emprise. Après son malaise – « nous lui accordons cinq minutes », a froidement commenté la présidente, agacée de devoir interrompre l’audience au pied levé – Caroline Letoile a bien dû écouter, tête baissée, les légistes dresser la liste insoutenable des blessures de Tony, cette « litanie macabre », selon leur expression.

Près de 150 blessures

La docteure Béatrice Digeon, qui avait examiné l’enfant le jour de sa mort, en a dénombré pas moins de 150. Responsable de la cellule maltraitance de l’hôpital de Reims, elle avait commencé un peu plus tôt sa déposition par cette mise en garde : « Il y a trop de lésions pour pouvoir les décrire une à une. Je vais donc procéder par zones ». Commence alors un exposé clinique, et non moins glaçant : « nez éclaté et extrêmement tuméfié », « rupture du frein de la lèvre », « front couvert d’hématomes », griffures et égratignures au visage. On passe aux épaules, aux bras, aux genoux, aux cuisses. Tous couverts d’ecchymoses, plus ou moins larges, plus ou moins anciennes. Viennent ensuite le thorax, l’abdomen, les jambes, et même le sexe… « Il y en a partout », résume la médecin.

Tony avait aussi le bassin fracturé, un tassement des vertèbres, des fractures costales – dont l’une a perforé le poumon. Mais le garçonnet est vraisemblablement mort d’une rupture de la rate et du pancréas, qui ont provoqué ces vomissements décrits par Caroline Letoile dans la semaine qui a précédé sa mort… Une blessure rare, le plus souvent constatée après un accident de voiture. Piétinement, coups de pied au ventre, comme suggéré par les légistes ? On ignore ce qui l’a causé, Loïc Vantal n’ayant reconnu que quelques coups de poing. Seule certitude pour le Dr Digeon : « Les lésions au pancréas sont extrêmement douloureuses, parmi les pires qui soient. Il a eu horriblement mal sur le moment, et tout au long de ce qui lui restait à vivre ».

Certains jurés peinent à cacher leur émotion

Un enchaînement de violences que plusieurs personnes avaient bien suspecté dans l’entourage du couple – voisins, parents, amis du couple et personnel de l’école seront entendus ce mardi par la cour d’assises… sans imaginer la montagne de souffrances subies par Tony dans sa dernière semaine de vie. Un huis clos terrible que Caroline Letoile avait d’elle-même décrit aux enquêteurs, détaillant jour par jour les coups reçus par son fils, sans qu’elle ne réagisse. Projetées à l’audience, les photos de la chambrette de Tony laissent entrevoir son calvaire : un seau rempli d’un liquide brunâtre, mélange de vomi et de sang, côtoie un matelas taché et dénué de draps. Ni dessin ni poster au mur, presque aucun jouet au sol… On remarque aussi la porte de la chambre, enfoncée par un poing rageur, sa poignée, brisée, et cette armoire, dégondée, dans laquelle Tony a été projeté violemment.

Plus tard, ce sont cette fois les clichés du corps de l’enfant, qui sont présentés. Dans un silence pesant, les planches photos passent de mains en mains. Certains jurés, malgré leur masque chirurgical, peinent à cacher leur émotion. D’autres refusent carrément de regarder. « 98 % des lésions relevées sont en rapport avec de la maltraitance. Le diagnostic ne souffre aucun doute », insiste encore le Dr Digeon. « Très sincèrement, il est rare de voir un tel déchaînement de violences sur un enfant, conclut celle qui exerce depuis 1977. Des cas comme ça, dans ma carrière, je les compte sur les doigts d’une main ».

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