Mort du petit Tony : « Il est rare qu’on voie un tel déchaînement de violence sur un enfant » – 20minutes.fr

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Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d’une marche blanche en sa mémoire. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Agé de trois ans, Tony est mort à Reims en novembre 2016 après avoir été la cible de coups répétés de son beau-père.
  • Condamné sept fois pour des faits de violence, Loïc Vantal a reconnu les faits à l’ouverture du procès d’assises, à l’issue duquel il encourt une peine de 30 ans de réclusion.
  • Caroline Létoile, la mère de Tony, nie pour sa part s’être rendue coupable de « non-assistance à personne en danger ».

A la cour d’assises de la Marne, à Reims,

C’est la nature humaine que de s’émerveiller, de s’énerver ou de s’émouvoir des choses de la vie. De s’horrifier, également. Et c’est précisément cette nature humaine qui fait que l’on s’exprime rarement avec la mesure nécessaire. La juste mesure. A de rares exceptions. Le docteur Béatrice Digeon est l’une de ces exceptions. Lundi après-midi, quand elle a expliqué à la cour d’assises de la Marne qu’elle « comptait sur les doigts d’une main » le nombre de cas comparables à celui du petit Tony, il ne s’agissait pas d’une expression toute faite.

« Il est rare qu’on voie un tel déchaînement de violences sur le corps d’un enfant », a-t-elle simplement expliqué. « Rare. » Le mot compte, forcément, dans la bouche de quelqu’un qui exerce depuis 1977. Et qui a créé en 1990 une cellule d’accueil pour enfants maltraités à l’hôpital de Reims… Mais il faut bien comprendre que la praticienne a eu besoin de dix minutes pour décrire l’ensemble des traces de coups relevés sur le corps du petit Tony lorsqu’elle a eu à l’examiner. Et dix minutes, c’est long… Très long… Car des traces, il y en avait partout sur ce petit bout de 17 kilos pour 98 centimètres. D’autant plus dur à entendre que Tony « a certainement eu des douleurs abdominales sévères durant toute la semaine précédant [son] décès… »

Loïc Vantal reconnaît avoir frappé Tony

La cour d’assises de la Marne a donc passé une première journée d’audience éprouvante à écouter le calvaire vécu par ce garçonnet de 3 ans avant qu’il ne succombe finalement sous les coups de son beau-père, en novembre 2016. Tassé dans son box, Loïc Vantal a semblé parfois perdu, le regard dans le vague, à l’évocation de cette affaire qui lui fait encourir une peine de 30 ans de réclusion criminelle. La présidente, Hélène Langlois, lui a bien demandé s’il reconnaissait les faits. « Euh… Bah… Oui, je reconnais », a-t-il seulement répondu, engoncé dans un pull noir barré d’une grande bande blanche, avant de se rasseoir.

Il y a un peu plus de quatre ans, cet homme a fait du petit garçon son « souffre-douleur » pendant environ un mois. Le frappant pour un oui ou pour un non. Parce qu’il ne rangeait pas sa chambre. Faisait pipi au lit. Ou parce qu’il répondait mal. Puis l’adulte laissait l’enfant à ses blessures et retournait jouer à la Playstation pour se calmer.

Caroline Létoile, sidération ou non-dénonciation ?

Caroline Létoile, la mère de Tony, n’est pas accusée d’avoir levé la main sur lui. Juste de n’avoir rien fait. Rien empêché. « Non-dénonciation .» « Non-assistance à personne en péril .» C’est pour cela qu’elle comparaît libre. Pour cela aussi qu’elle risque une peine de cinq ans de prison. Elle conteste les faits. « Elle était consciente de l’état de Tony. Mais elle ne voulait pas l’emmener chez le docteur par peur de son compagnon, a relaté Lydie Saintot, la policière qui a procédé à son audition en garde à vue.

Comme le docteur Digeon, Lydie Saintot a aussi indiqué que cette affaire était particulière que c’était la « procédure la plus douloureuse et la plus dramatique » qu’elle ait connue en 20 ans de carrière. « Dramatique » car, pour elle, Caroline Létoile n’était « ni violentée, ni menacée, ni sous l’emprise » de son compagnon. Autrement dit, elle aurait, selon elle, pu agir. « Mais cela vous parle, la notion de sidération chez les femmes victimes de violences conjugales ? », lui a renvoyé Nawel Hami-Nzati, l’une des avocates de la mère de Tony, dressant là les contours de sa stratégie de défense.

C’était quel genre d’enfant, Tony ?

C’est désormais la seule question qui vaille, en effet. Policiers, pompiers ou médecins : tous ceux qui se sont succédé à la barre n’ont finalement fait que répéter l’horreur subie par Tony. Une « sordidité » même, selon Matthieu Bourrette, le procureur de la République, très remonté par cette affaire.

C’est d‘ailleurs lui qui a posé, à la mi-journée, la question amenant la seule réponse dont on devrait se souvenir. Dont on devra se souvenir. C’était quel genre d’enfant, Tony ? « C’était un enfant qui aimait jouer, bouger, qui avait de la vie, qui sautait, qui vivait, a détaillé Lydie Saintot sur la foi d’une enquête de voisinage. C’était un enfant de son âge… » Le procès de ses parents doit durer jusqu’à jeudi.

Suivez le déroulement de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : 
@vvantighem

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