Mort de trois soldats français au Mali : “Les groupes jihadistes se sont diffusés sur l’ensemble du territoire – franceinfo

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“Depuis l’opération Serval, les groupes jihadistes se sont diffusés sur l’ensemble du territoire malien et au-delà”, considère lundi 28 décembre sur franceinfo le directeur de recherches émérite au CNRS et spécialiste du Mali, André Bourgeot après l’attaque d’un véhicule blindé qui a tué trois soldats français lundi

franceinfo : est-ce que ce drame vous surprend alors qu’on décrivait récemment une amélioration de la situation, notamment depuis la libération de l’otage française Sophie Pétronin ?

André Bourgeot : Ce qui est surprenant, de mon point de vue, c’est que les trois soldats étaient dans un véhicule blindé et que c’est un engin explosif qui a détruit le véhicule. C’est la première fois que j’entends cette expression-là et ça me paraît être un mode opératoire inédit. Quand on parle d’un engin explosif, on parle de bombe. Habituellement, les jihadistes utilisent des mines. Ce n’est pas la même chose qu’un engin explosif. La seconde chose, c’est que le chef d’État-Major était à Bamako puis à Gao, il y a une ou deux semaines. Il a envisagé un retrait progressif de l’opération militaire Barkhane. C’est dans ce contexte militaire et officiel qu’intervient cet attentat contre des soldats français. Enfin, la troisième chose à retenir, c’est que les forces armées maliennes issues du coup d’État militaire du 18 août 2020 n’ont pas particulièrement amélioré les conditions sécuritaires sur l’ensemble du Mali, et plus particulièrement dans le centre du pays. Il y a un accroissement des attaques perpétrées par les groupes armés salafistes jihadistes qui se rapprochent de plus en plus.

Est-ce que le retrait progressif dont vous parlez est compromis ?

C’est prématuré de le penser. Je ne pense pas que ce soit simplement lié à ce type d’action. Bien sûr, ça aura des conséquences mais je ne pense pas que ça va réorienter la stratégie de l’opération Barkhane. Ça fait déjà des mois que les forces politiques françaises ont envisagé ce retrait progressif. Je dis bien progressif, le temps de former les armées nationales et plus particulièrement celles qui composent le G5 Sahel pour la lutte contre ces groupes jihadistes.

La zone est immense à surveiller pour les militaires français, c’est une des raisons pour lesquelles nous avons du mal à en voir le bout ?

Absolument, l’espace d’intervention de l’opération Barkhane concerne la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad. Les militaires de l’opération sont environ 5 000, ce qui n’est pas tellement important par rapport à l’immensité du territoire. C’est d’ailleurs dans ce contexte que l’opération européenne Takuba est intervenue il y a quelques mois. Globalement, de mon point de vue, on ne peut pas considérer que ces différentes opérations ont été assorties de grands succès militaires. Dès qu’un chef jihadiste est éliminé, deux ou trois mois après, un autre chef jihadiste apparaît. Depuis l’opération Serval, on ne peut pas dire que les groupes salafistes ont été éradiqués. Je crois même que l’on peut dire qu’ils se sont diffusés un peu partout sur l’ensemble du territoire malien et au-delà, au Burkina Faso, ou encore au Niger, encerclé par les salafistes jihadistes de Boko Haram sur sa partie orientale et par l’État islamique au Grand Sahara à la frontière avec le Mali. C’est un sérieux problème qui se pose. Je considère que ce n’est pas uniquement avec des stratégies militaires qu’on pourra résoudre ce problème. Les nouvelles autorités politico-militaires maliennes considèrent d’ailleurs qu’il faut essayer de négocier avec ces groupes armés jihadistes. Ce n’est pas la position de la politique française, qui considère qu’on ne négocie pas avec les groupes jihadistes. Mais c’est susceptible d’évoluer.

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