Mort de Sergueï Kovaliov, célèbre dissident russe – Le Monde

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Sergueï Kovaliov, le 20 janvier 2005, dans sa maison à Moscou.

Sergueï Kovaliov, célèbre défenseur des droits humains russe, est mort à l’age de 91 ans lundi 9 août. Son fils, Ivan Kovaliov, a annoncé sur Facebook que son père était mort « pendant son sommeil » lundi matin. Il était une grande figure de la dissidence à l’époque soviétique, puis une voix respectée, critique de l’autoritarisme de Vladimir Poutine. « A l’époque, il y avait des gens prêts à faire de la prison pour avoir le droit à une chose aussi éphémère que le respect de soi. Et il y avait des gens qui n’étaient pas prêts à cela », déclarait-il en 2017, expliquant la raison de son engagement.

Lauréat en 2009 du prix Sakharov du Parlement européen, décerné aux personnes et organisations qui consacrent leur existence à la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales, Sergueï Kovaliov a été l’un des meneurs du mouvement pro démocratie en URSS.

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Opposition à Vladimir Poutine

En 1968, alors qu’il dirige un laboratoire de biologie à l’université de Moscou, il s’engage activement dans la dissidence en devenant membre du Groupe d’initiative pour la défense des droits de l’homme, le premier du genre en URSS. Ce qui lui vaut d’être aussitôt privé de son poste.

Devenu un proche de l’académicien dissident Andreï Sakharov, il participe pendant plusieurs années à la rédaction de la Chronique des évènements en cours, bulletin clandestin tapé à la machine qui rend compte des violations des droits humains en URSS : arrestations, internements psychiatriques d’opposants, situation dans les camps et prisons. Il sera arrêté en 1974 et passera sept ans dans ces mêmes camps, pour « activités antisoviétiques ».

Après la dissolution de l’Union soviétique, il a été une voix critique de la première guerre de Moscou en Tchétchénie et de l’autoritarisme croissant du système mis en place par le président Vladimir Poutine à partir des années 2000. Le dissident avait dénoncé durant ces dernières années des lois promulguées par le président russe, qu’il jugeait liberticides. « Ces lois donnent des possibilités illimitées à l’arbitraire du pouvoir : on peut condamner qui on veut, à la peine que l’on veut », avait-il commenté.

En 2014, après le début du conflit survenu dans l’est de l’Ukraine, il avait appelé les Occidentaux, dans une lettre ouverte, à « arrêter l’expansion russe » en Ukraine. Il avait, par ailleurs, lancé une mise en garde contre la propension, selon lui, de l’Occident à faire « trop de concessions à la Russie ».

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Les droits humains avant la science

Biologiste de formation, premier émissaire du président russe Boris Eltsine pour les droits humains et l’un des auteurs de la Constitution russe, il a également été député. Passionné par la biologie, Sergueï Kovaliov reconnaissait avoir rêvé un temps de se consacrer uniquement à la science. Il a changé d’avis après l’arrestation des écrivains Iouli Daniel et Andrei Siniavski, en 1965, moment fondateur de la dissidence : « J’ai alors compris qu’il n’était pas possible de s’occuper uniquement de science. Cela aurait été honteux », avait-il déclaré.

L’organisation russe de défense des droits humains Memorial, dont il a été président et cofondateur, a salué la mémoire d’un homme qui « s’est toujours battu (…) en faveur des droits humains, contre la guerre en Tchétchénie, contre la violence et les mensonges ». « Sergueï Adamovitch Kovaliov nous manquera à tous égards : en tant qu’ami aimé de longue date, compagnon intrépide, intellectuel et conseiller, fidèle à l’idée des droits humains toujours et en tout, dans la guerre comme dans le civil, dans la politique comme dans la vie quotidienne », a ajouté Memorial.

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Le Monde avec AFP

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