C’est peu dire que la nouvelle a saisi les membres des délégations participants au G7. À 14h13, un Airbus 320 floqué aux couleurs de la République islamique atterrit sur le tarmac de l’aéroport de Biarritz – normalement fermé à la circulation aérienne – après un vol de six heures depuis Téhéran.

L’Elysée a maintenu le suspense plus d’une heure avant de confirmer le nom du mystérieux passager : Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne. Un véritable coup de théâtre qui survient alors que les Européens tentent par tous les moyens de convaincre Donald Trump de faire un geste pour sauver l’accord sur le nucléaire – le « JCPOA » dans le jargon des diplomates – que le président américain a déchiré en mai 2018.

L’Elysée jure qu’Emmanuel Macron n’a pas pris de court les autres dirigeants du sommet. Selon la présidence française, la question de la venue de Zarif aurait été évoquée (et actée) la veille lors du premier dîner que les chefs d’Etat et de gouvernement ont partagé. Pour autant, l’entourage du président précise bien qu’il ne s’agissait pas d’une rencontre inscrite dans le cadre du sommet. « C’est une réunion franco-iranienne. Javad Zarif n’est pas invité au G7 », insiste un conseiller de Macron. Pas question non plus pour le dignitaire iranien de rencontrer un officiel américain.

Une réunion dans le bureau du maire de Biarritz

Il n’en reste pas moins que la présence du ministre des Affaires étrangères de Téhéran à quelques centaines de mètres du président des Etats-Unis – pays avec lequel le régime des mollahs n’a plus de relation depuis 1979 – offre un joli coup diplomatique à Emmanuel Macron. Cette visite s’est faite avec l’accord du président américain, assure-t-on côté français.

« Le chemin est difficile, mais ça vaut la peine d’essayer », a de son côté tweeté l’invité surprise, juste avant de repartir pour Téhéran à 19h33, à l’issue d’un entretien de trente minutes environ avec Macron lui-même. Plus tôt, c’est dans le bureau du maire de Biarritz que Zarif s’était longuement entretenu pendant près de deux heures et demie avec les ministres des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et de l’Economie, Bruno Le Maire. Des conseillers diplomatiques allemands et britanniques avaient également été associés à la rencontre. « Les discussions ont été positives », fait valoir l’Elysée sans entrer dans le détail des tractations. Vendredi déjà, Zarif s’était rendu à Paris pour rencontrer les autorités françaises, juste avant le début du sommet.

Les Iraniens ont cessé de respecter certains engagements

« Cette conversation s’inscrit dans le prolongement de l’action de ce que le Président fait depuis plusieurs mois, souligne l’entourage d’Emmanuel Macron. C’est l’ouverture d’une négociation qui porte sur un retour de l’Iran en conformité avec l’accord. » À la suite du retrait unilatéral des Américains du JCPOA, les Iraniens ont cessé en juillet de respecter certains engagements de l’accord encadrant leur programme sur le nucléaire. Depuis des mois, redoutant un embrasement du Moyen-Orient, Macron cherche à trouver comment désamorcer les tensions et de s’imposer en médiateur entre Washington et Téhéran. La partie est épineuse tant l’Américain se braque quand il s’agit de la République islamique.

Problème, pour trouver comment réduire l’impact des sanctions américaines qui étouffent l’économie iranienne, impossible de faire sans Trump dans cette négociation. Ce dimanche soir, l’imprévisible président américain n’avait pas commenté cette visite surprise, se contentant de l’ignorer superbement, y compris sur Twitter. Un signe que le temps de la désescalade est arrivé ? Il faudra attendre la réaction du locataire de la Maison-Blanche pour savoir s’il ne s’agissait que d’un coup d’éclat sur le G7 ou d’un véritable tournant.