Mila face à une poignée de ses harceleurs au tribunal de Paris – Le Figaro

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COMPTE RENDU D’AUDIENCE – Le procès de 13 prévenus, jugés pour avoir harcelé et menacé la jeune femme qui avait critiqué l’islam sur les réseaux sociaux, a été renvoyé au 21 juin prochain.

«La peur change de camp», a lancé Mila à la sortie de l’audience. Les yeux charbonneux, les cheveux blonds tirés en queue de cheval au sommet de son crâne rasé. C’est protégée par un dispositif policier exceptionnel que Mila est arrivée ce jeudi après-midi au tribunal judiciaire de Paris, vêtue d’un pantalon noir et d’un top rouge aux manches bouffantes. Plutôt détendue derrière son masque. « Mila a des choses à dire, avait annoncé Me Richard Malka, l’avocat de l’adolescente iséroise. Elle va parler de la manière dont on vit quand on a reçu plus de 100.000 messages haineux et menaces de mort ».

Mais ni Mila ni ses treize harceleurs n’ont eu l’occasion de s’exprimer. Plusieurs avocats de prévenus ont soulevé des questions de nullité ou formulé des demandes de renvoi. «Il est apparu que le calibrage de cette audience sur une après-midi était insuffisant», a également admis le président. Le procès a été renvoyé au 21 juin prochain.

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La banalité du mal

«Dis-moi où t’habites, je vais te faire une Samuel Paty», «L’autre pute est toujours en TT. On s’en blc – ce que le président traduit par «on s’en bat les couilles» – de sa vie. Qu’elle crève sah», «Faut la faire sauter», ou encore «tu mérites de te faire égorger sale grosse pute», voilà un florilège des terribles messages reçus par Mila. Lus par le président, ils provoquent des murmures d’épouvante dans la salle. Les prévenus, eux, regardent leurs chaussures.

Ces treize jeunes gens à peine plus âgés que Mila, trois femmes et dix hommes, des athées, des musulmans, des chrétiens, venant de toute la France, au casier judiciaire vierge pour la plupart, étaient convoqués devant le tribunal pour «harcèlement» – et pour huit d’entre eux, «menace de mort». En novembre 2020, ils avaient posté des messages en ligne à l’encontre de Mila, une lycéenne qui venait de publier, sur les réseaux sociaux, une vidéo critique sur l’islam. «Treize personnes sans histoires, qui, cachées derrière leur écran et leur pseudo, ont souhaité broyer le crâne et lacérer le corps d’une mineure devenue leur bouc émissaire», résume Me Malka. Elles encourent deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende pour le harcèlement en ligne, et jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende pour les menaces de mort.

Dans le public, pas mal de jeunes, venus soutenir la lycéenne, repartent «un peu déçus». Lise, 25 ans, avait «posé une demi-journée de congé» pour assister au procès : «L’affaire, très émouvante, m’a marquée, dit-elle. J’étais curieuse de voir les visages des prévenus; finalement ce sont des gens comme vous et moi. J’ai pu voir la banalité du mal. J’ai trouvé qu’il était important d’être là Mila, car je ne veux pas qu’il y ait de tribunal sur internet».

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