Menu unique dans les cantines de Lyon : trois questions pour comprendre la polémique – Europe 1

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DÉCRYPTAGE

Un menu unique sans viande à la cantine publique pour fluidifier le service dans les écoles lyonnaises face au Covid-19. La mesure prônée par le maire EELV de Lyon Grégory Doucet et qui doit entrer en vigueur lundi a mis le feu aux poudres. Un débat qui enfle au point de faire intervenir le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, qui a annoncé dimanche qu’il saisissait le préfet du Rhône sur la question. Europe 1 retrace l’itinéraire de cette polémique autour d’un menu unique sans viande, mais avec œufs et poissons.

Qui a initié la polémique ? 

Si ce choix avait déjà été mis en place à la sortie du premier confinement sans provoquer de remous par l’ancien maire, sa deuxième application provoque en revanche une levée de boucliers. À commencer par l’opposition locale, qui a tiré à boulets rouges sur la mesure. “Cette manière d’asséner un choix, sans aucune alternative possible, est proprement inadmissible”, s’est indigné jeudi son chef de file Étienne Blanc, candidat malheureux à la mairie l’an dernier. “Dans la ville de la gastronomie, la majorité écologiste profite de la crise sanitaire pour faire passer des mesures idéologiques sans aucune concertation”, abondait Béatrice de Montille, élue LR dans le 3e arrondissement.

Une passe d’armes qui est parvenue aux oreilles du gouvernement ce week-end, à commencer par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. “En plus de l’insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français, on voit bien que la politique moraliste et élitiste des Verts exclut les classes populaires. De nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande”, a-t-il tweeté samedi soir en dénonçant une “idéologie scandaleuse”.

Une pique qui n’est pas restée sans réponse, puisque Grégory Doucet a renchéri sur le même réseau social. “On ne vous a pas entendu tenir ces propos à Gérard Collomb, membre de votre famille politique qui avait pris exactement la même mesure lors de la première vague” de Covid-19. Continuez à être dans la posture, vous ne faites que masquer votre absence de fond.” Et d’ajouter lors d’une interview accordée à franceinfo : “Que la droite, qui s’est alliée à mon prédécesseur (Gérard Collomb, NDLR) au moment des municipales, crie à l’idéologie aujourd’hui me fait sourire.”

Du côté de la Fédération des parents d’élèves de Lyon, cette polémique vise avant tout à “détourner l’attention”, selon Monique Ferrerons, vice-présidente de la structure. “On nous agite cette problématique de la viande pour qu’on oublie de critiquer les modifications du protocole sanitaire scolaire, qui se font du jour au lendemain.” 

Comment se défend la mairie de Lyon ? 

Pour la mairie, ce choix du menu unique sans viande s’impose au vu des mesures sanitaires dictées par le gouvernement dans les écoles, notamment le fait de devoir respecter une distance de deux mètres en les élèves à la cantine, faisant mécaniquement baisser le nombre de personnes qui peuvent manger en même temps. Le recours temporaire au menu unique vise donc à fluidifier le service afin que tous les repas – 29.000 par jour – puissent être servis durant le temps du déjeuner, étalé de 11h30 à 13h45.

Sans viande mais avec œufs et poisson, ce menu “reste équilibré” et permet “de n’exclure aucun enfant”, affirme l’adjointe à l’Éducation, Stéphanie Léger, qui n’est encartée dans aucun parti. “C’est tout simplement du bon sens pratique”, justifie le maire EELV, Grégory Doucet. Mais force est de constater que tout le monde ne partage pas cette analyse.

Quels sont les arguments des détracteurs de cette mesure ? 

En annonçant sur Twitter saisir le préfet du Rhône, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a mis en avant l’aspect idéologique de la mesure, mais aussi ses conséquences sanitaires. “Arrêtons de mettre de l’idéologie dans l’assiette de nos enfants ! Donnons-leur simplement ce dont ils ont besoin pour bien grandir. La viande en fait partie. J’ai saisi le préfet du Rhône.”

Cette saisine se fonde sur un arrêté de 2011 fixant les règles nutritionnelles dans la restauration scolaire, selon lequel “au moins quatre repas”, sur vingt consécutifs, doivent être servis “avec, en plat protidique, des viandes non hachées de boeuf, veau, agneau ou des abats de boucherie”. Interrogé sur l’absence de réaction l’an dernier, le cabinet du ministre a évoqué “une vraie différence de situation entre mai et maintenant” : “Nous ne sommes plus dans une situation d’urgence, face à une situation exceptionnelle.”

Jeudi, dans un entretien avec l’AFP, Julien Denormandie avait appelé les élus locaux à “faire le pari” de la viande de jeune bovin dans les menus scolaires, afin de soutenir des éleveurs. Son collègue des Comptes publics, Olivier Dussopt, a fustigé, lui, “un choix anti-social et doctrinaire”. “Je suis toujours pour qu’on laisse le choix aux élèves. Il ne faut pas que ce soit une décision idéologique”, déclarait de son côté le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, interrogé lors de l’émission Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

Mais les politiques ne sont pas les seuls à s’opposer à cette mesure, et des agriculteurs doivent manifester lundi devant l’Hôtel de Ville de Lyon à l’appel de certains syndicats. 

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