MayDay Hollywood ! La SVOD fait exploser le marché

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Même si la décision de WarnerMedia de sortir tous ses films en Day & Date aux Etats-Unis en 2021 ne concerne pas la France (HBO distribue ses programmes via son accord avec OCS), elle vient attiser les tensions entre les exploitants et les studios, jusqu’en France. Et pose la question de ce que vont décider les autres studios américains.

Tempête dans les médias

Le 4 décembre (hors Etats-Unis), Disney a mis son film Mulan en ligne sur sa plateforme SVOD Disney + sans supplément de prix. Le 25 décembre, ce sera le tour de Soul, le dernier-né de Pixar. Pour l’instant Disney n’a pas communiqué sur ses prochains blockbusters, mais le virage pris par WarnerMedia pousse certains analystes américains que Disney va emboiter le pas à son concurrent. Désormais l’urgence pour les studios est de garantir leurs revenus pour 2021. Or, la situation sanitaire américaine ne s’améliore pas et la perspective de voir les salles rouvrir rapidement s’éloigne de jour en jour. Les impacts de la crise sont désormais tangibles et touchent toutes les activités des studios : Disney a licencié 32.000 personnes dans ses parcs. Vendredi, James Goldston, le patron de ABCNews, la chaîne d’information de Disney a écrit à ses équipes pour les informer de la réduction des effectifs qui toucherait 1400 personnes en ces termes : « 2020 a été une année de transformation dans notre industrie. La pandémie a accéléré l’intérêt du public pour le streaming, y compris pour les news et les informations, et a généré des défis importants dans toutes nos entreprises, y compris ABC News, qui ont duré bien plus longtemps que ce que l’on aurait pu prévoir. »


Une cohabitation risquée

Pour l’instant la décision de WarneMedia concerne uniquement les Etats-Unis comme l’a expliqué Jason Kilar : les 17 films prévus en 2021 sortiront le même jour en salles et sur HBO Max. Proposés en 4K HDR10 et en Dolby Vision et Dolby Atmos, les films seront disponibles en SVOD sur la plateforme durant le premier mois de la sortie salles.  Dans le reste du monde, ces films devraient sortir en salles normalement, évidemment à la seule condition que les salles soient effectivement ouvertes.

La nouvelle stratégie mise en place par AT&T, l’actionnaire de WarnerMedia et l’ancien patron de Hulu, démarrera avec Wonder Woman 1984 le 25 décembre. Raison pour laquelle la période d’essai gratuite a pris fin comme l’a révélé CNET aux Etats-Unis cette semaine. Pour découvrir les exploits de Gal Gadot, il faudra payer 14,99 dollars, soit le prix de l’abonnement mensuel à la plateforme. En guise de cadeau de bienvenue, HBO Max propose un prix promotionnel pour un engagement de 6 mois, à savoir 69,99 dollars, ce qui revient à 11,66 dollars au lieu de 14,99 dollars, soit une remise de 22% ! 

Un modèle pérenne ?

Désormais, Hollywood se pose trois questions : 

  • Est-ce que Warner maintiendra cette stratégie au-delà de 2021 quand bien même la situation reviendrait à la normale pour l’exploitation salles ?  
  • Warner sera-t-il la seule major à basculer toutes ses sorties de 2021 en D&D avec la SVOD ? 
  • La décision de WarnerMedia ne cache-t-elle pas les difficultés de AT&T à définir ses priorités stratégiques ? 

Alors que les grands réseaux de salles américains ont du mal à encaisser la décision de WarnerMedia, rien ne permet de savoir si la prochaine arrivée du vaccin permettra de remplir les salles dans les prochains mois et d’inciter WarnerMedia à renoncer au Day & Date. Parmi les éléments qui pourraient faire infléchir Warner, il y a les contrats signés avec les stars, la plupart du temps indexés sur le box-office. Avec un box-office diminué, le risque de créer des contentieux avec les actrices et les acteurs n’est pas négligeable. Il y a aussi les conditions négociées avec les grands réseaux de salles qui peuvent avoir un impact sur les décisions de Warner. 

De nombreux observateurs américains pensent que la brèche ouverte par WarnerMedia ne se refermera pas et qu’il y a de fortes chances que les studios cherchent à répliquer le modèle initié par le studio de Burbank. Mais personne ne sait si cette stratégie permettra de compenser les coûts de production et de réaliser des recettes en ligne avec les objectifs des studios. Certains spécialistes américains estiment que les 17 films qui sortiront en Day & Date ont coûté 2 milliards de dollars et qu’ils ne seront pas rentabilisés. Ce qui pourrait freiner les initiatives des studios concurrents, même si Universal et Disney ont aussi mis en place une stratégie SVOD agressive avec leurs nouveautés. Tous les studios ont à cœur de positionner leurs plateformes face à Netflix et Amazon. 

Enfin, CNBC a publié un long article qui révèle les arbitrages compliqués que le patron de AT&T a du effectuer. Selon CNBC, John Stankey, « souffre de la même maladie que tous les autres dirigeants des médias : l’envie de Netflix. » Ce qui aurait amené le CEO de AT&T à sacrifier certaines de ses activités historiques comme HBO et son studio de cinéma au seul profit de la SVOD, censée faire exploser ses revenus. Pour CNBC, la motivation du patron de AT&T de soutenir coûte que coûte son projet de SVOD s’explique simplement : « C’est le Graal pour les entreprises médiatiques de cette décennie : convaincre Wall Street que la croissance de la diffusion en continu compensera le déclin des activités traditionnelles comme la télévision par câble et la fréquentation des cinémas. » 

Reste à savoir quels seront les impacts de la décision de WarnerMedia à moyen et long terme sur l’ensemble de l’industrie. Quelques dirigeants du secteur craignent un embrasement incontrôlable. Tout ça pour faire plaisir à quelques millions de fans !

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