Marée noire à l’île Maurice : le «Wakashio» s’est brisé en deux – Libération

Spread the love
  • Yum

Ce que tous les experts redoutaient vient d’arriver : le vraquier japonais Wakashio, d’où se sont échappées des centaines de tonnes de diesel et d’huile lourde depuis le 6 août, s’est brisé en deux ce samedi après-midi. Le navire, parti de Singapour pour rejoindre le Brésil, s’était échoué le 25 juillet sur la barrière de corail de la Pointe d’Esny, au sud-est de Maurice, provoquant une marée noire sur l’île touristique de l’océan Indien.

Un peu avant 16 heures (14 heures en France), le pont du bâtiment, qui était fendu depuis le naufrage, a été submergé par la houle et s’est disloqué. Les secours, qui s’attendaient à ce scénario, ont pris la décision d’éloigner l’épave des plages paradisiaques, souillées d’hydrocarbures depuis plusieurs jours.

A lire aussi :L’île Maurice lutte contre le fioul avec les moyens du bord

Le directeur mauricien des affaires maritimes, Alain Donat, a indiqué à des médias de l’île que la partie avant, qui représente les deux tiers du bâtiment, était en train d’être remorquée «tout doucement». La proue doit être coulée au large de Maurice, «à au moins 1 000 kilomètres» en haute mer, tandis que la partie arrière du navire, a été laissée pour l’instant en équilibre sur les brisants.

Nappes noires

Les secours avaient heureusement pompé la quasi-totalité des cuves encore intactes avant que la coque ne se disloque. Il ne resterait que quelques dizaines de mètres cubes de carburant à l’intérieur. Le ministre de l’Economie bleue, Sudheer Maudhoo, a d’ailleurs déclaré qu’il n’y avait pas eu de fuites d’huile supplémentaire. Pour autant, plusieurs témoignages font état de nouvelles nappes noires autour de l’épave.

Le Premier ministre Pravind Jugnauth, critiqué par l’opposition et une partie de la population, qui lui reprochent d’avoir sous-estimé l’ampleur du drame, s’est justifié auprès de l’AFP : «On ne pouvait pas pomper dès le départ, car la mer était mauvaise. Il fallait aussi stabiliser le bateau. Je ne vois pas le besoin de présenter des excuses.»

Cheveux, poils et boudins

Vendredi, le gouvernement a par ailleurs suspendu l’élan populaire des bénévoles. Des centaines de Mauriciens fabriquaient, depuis le début de la catastrophe, des boudins, remplis de paille de canne à sucre et… de cheveux et de poils d’animaux, pour tenter d’absorber les hydrocarbures.

Des moyens plus classiques, dont 1 300 mètres de barrages flottants acheminés par la France, depuis l’île de La Réunion, tentent de contenir le reste des nappes d’hydrocarbures, qui avaient diminué depuis deux jours. Plus de vingt tonnes de matériel avaient été envoyées par bateau et avion, ainsi qu’une dizaine d’experts.

Profitant d’une visite à La Réunion, Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, se rendra dimanche à Maurice pour «superviser le dispositif mis en place pour aider le gouvernement mauricien» et soutenir les équipes françaises qui participent aux opérations de pompage.

Il doit également rencontrer le Premier ministre mauricien pour «faire le point sur le dispositif antipollution». La cellule de crise activée par la préfecture de La Réunion suit de très près l’évolution de la situation, même si le département français, distant de 200 kilomètres, n’a jamais été menacé par la marée noire.

A voir aussi :Diaporama : Maurice sombre

Anniversaire et contrebande

Selon plusieurs médias locaux, le MW Wakashio, appartenant à un armateur japonais et battant pavillon panaméen, se serait -trop- approché des côtes alors que des membres de l’équipage fêtaient un anniversaire. Les autorités n’ont pas confirmé cette hypothèse, pas plus qu’une rumeur sur des faits de contrebande, et ont saisi des documents à bord pour tenter de comprendre les raisons du naufrage. Une enquête a été diligentée.

De son côté, le propriétaire du vraquier, la société japonaise Nagashiki Shipping, a affirmé dans un communiqué «être profondément conscient de (ses) responsabilités» et a promis de répondre «sincèrement» aux demandes de compensation.

Il est encore trop tôt pour évaluer précisément les dégâts, mais des sites fragiles et emblématiques, comme l’îlot des Aigrettes, où vivent des espèces endémiques, ou encore le parc marin Blue Bay, ont été dégradés. Plusieurs plages et mangroves ont également été touchées par la marée noire.

Laurent Decloitre correspondant à la Réunion

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *