Marée humaine dans les rues de Téhéran pour un dernier hommage au général Soleimani – Le Monde

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Estimée à « plusieurs millions » par la télévision d’Etat iranienne, la foule alterne moments de recueillement et explosion de colère, aux cris de « Mort à l’Amérique ! »

« Mort à l’Amérique ! » Une marée humaine en deuil a accompagné, lundi 6 janvier à Téhéran, les cercueils du général Ghassem Soleimani, commandant le plus populaire d’Iran, et de ses compagnons d’armes tués en Irak dans une attaque de drone des Etats-Unis. Dans la capitale iranienne, la population a offert le spectacle d’un rassemblement d’une ampleur jamais vue depuis les manifestations et contre-manifestations de la contestation post-électorale de 2009 en Iran.

Comme à Ahvaz (sud-ouest) et Machhad (nord-est) la veille, les Iraniens se sont déplacés en masse à Téhéran, en ce jour déclaré férié, pour honorer Ghassem Soleimani, figure charismatique très populaire en Iran, tué vendredi avec son lieutenant irakien et huit autres personnes près de l’aéroport de Bagdad. La foule rassemblée dans un froid glacial était manifestement beaucoup plus variée que lors des habituels rassemblements à l’appel du pouvoir.

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Le guide suprême d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, n’a pu retenir son émotion en présidant une courte prière des morts à l’université de Téhéran, devant les cercueils contenant les restes de Soleimani, d’Abou Mehdi Al-Mouhandis, numéro deux du Hachd Al-Chaabi (paramilitaires irakiens pro-Iran), et de quatre Iraniens. Soleimani doit être enterré mardi à Kerman (sud-est), sa ville natale.

Estimée à « plusieurs millions » par la télévision d’Etat iranienne, la foule alterne moments de recueillement, de tristesse, et explosion de colère, aux cris de « Mort à l’Amérique ! », « Mort à Israël ! ». Des drapeaux américains et israéliens sont brûlés. Hommes et femmes pleurent ou appellent à venger celui qui était le chef des Forces Al-Qods, chargées des opérations extérieures des gardiens de la révolution ; il était à ce titre l’architecte de la stratégie de l’Iran au Moyen-Orient.

Dans la capitale iranienne, la population a offert le spectacle d’un rassemblement d’unité d’une ampleur jamais vue depuis 2009.

Nombreux appels à la « vengeance »

La fille de Ghassem Soleimani, Zeinab, et le chef du bureau politique du Hamas palestinien, Ismaïl Haniyeh, ont électrisé la foule en parlant des effets galvanisants que la mort du général aura selon eux sur la résistance à l’Amérique et à Israël. De son côté, l’Iran a promis une « riposte militaire », une « dure vengeance » qui frappera « au bon endroit et au bon moment ».

Malgré les appels à la « désescalade » et à la « retenue » de nombreuses capitales dans le monde, le président américain Donald Trump ne fait rien pour apaiser les inquiétudes. Si l’Iran fait « quoi que ce soit, il y aura des représailles majeures », a-t-il lancé dimanche. Ces menaces « ne sont pas d’une très grande aide », a regretté Berlin.

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M. Trump a également évoqué la possibilité d’imposer des sanctions « très fortes » à Bagdad après le vote dimanche par le Parlement irakien d’une résolution demandant le départ des troupes américaines d’Irak.

L’assassinat de Soleimani est survenu trois jours après une attaque inédite contre l’ambassade américaine à Bagdad par des partisans du Hachd pour protester contre un bombardement américain meurtrier contre une faction de ces paramilitaires. Le bombardement était, quant à lui, une riposte aux tirs, au cours de ces deux derniers mois, de dizaines de roquettes sur des installations en Irak abritant des Américains, où un sous-traitant américain avait péri fin décembre.

L’accord sur le nucléaire en péril, réunion de l’OTAN

Dans ce contexte explosif, l’Iran a annoncé dimanche qu’il s’affranchissait encore plus de l’accord de 2015 sur son programme nucléaire, en ne s’imposant plus de limites pour l’enrichissement d’uranium. Si cette annonce était attendue, elle coïncide avec la forte aggravation des tensions entre Téhéran et Washington.

Mais Téhéran continue de se soumettre volontairement au programme d’inspection onusien, particulièrement draconien, mis en place à la suite de l’accord nucléaire de 2015 conclu entre l’Iran, la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et l’Allemagne. La République islamique pourrait ainsi revenir sur sa décision si les Etats-Unis lèvent leurs sanctions à son encontre.

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En effet, depuis mai, l’Iran s’est progressivement affranchi d’engagements auxquels il avait souscrit par cet accord, en riposte au retrait unilatéral des Etats-Unis, qui ont rétabli des sanctions économiques contre Téhéran. Paris, Londres et Berlin ont appelé « l’Iran à retirer toutes (ses) mesures non conformes » au pacte. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a déclaré lundi « regretter profondément » cette annonce.

Face à la crise entre les Etats-Unis et l’Iran, des ennemis jurés, et le risque d’une véritable déflagration, une réunion extraordinaire de l’OTAN se tient dans la journée à Bruxelles, et la chancelière allemande, Angela Merkel, rencontre samedi à Moscou le président Vladimir Poutine.

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