Manifestation des policiers : un coup de pression aux enjeux très politiques – Le Parisien

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C’est une écharpe tricolore portée en bandoulière qui se faufile à travers une nuée de brassards orange fluo, siglés « police ». Les forces de l’ordre battaient le pavé ce mercredi 19 mai aux portes de l’Assemblée nationale, pour réclamer des peines plus lourdes à l’encontre des agresseurs de policiers, après la mort de collègues tués dans l’exercice de leurs fonctions. Des élus de tous bords ont sauté sur l’occasion pour redire leur soutien à une profession en souffrance. Ou, au moins, ne pas être accusés de manquer à l’appel.

Il est passé 13 heures, le ciel taquine les parapluies qui se déploient puis se replient. Pas de quoi doucher la motivation – ou la colère – des manifestants massés devant la tribune, deux semaines après le meurtre du brigadier Eric Masson à Avignon. Ils sont 35 000, selon les organisateurs, un peu moins de 10 000, selon des sources policières concordantes, qui se fondent sur le périmètre des lieux qui ne peut accueillir plus de dix mille personnes. L’acteur Gérard Lanvin ou l’ancien rugbyman Vincent Moscato feront office de guest stars. Les syndicats, eux, martèlent : « Légiférer pour mieux protéger » la police ; « Le problème de la police, c’est la justice ». Le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, est copieusement sifflé à de nombreuses reprises.

«Il y a une campagne qui arrive»

Les questions de sécurité étant toujours un des enjeux des campagnes électorales, cette « marche citoyenne » s’est invitée sur l’agenda des politiques comme sur celui du gouvernement. Un chef de parti, côté droite, confie : « À partir du moment où le premier (politique, NDLR) y va, tout le monde y va. Il y a une campagne qui arrive. Moi, je ne comptais pas y aller, mais j’y vais ».

On aura ainsi vu des cadres de presque tous les partis défiler. Et au premier rang des politiques, le ministre de l’Intérieur lui-même. Gérald Darmanin, le patron de la place Beauvau, a passé une courte tête pour redire son « soutien ». « Schizophrène », s’est-on étouffé dans l’opposition. C’est aussi ce mercredi que le gouvernement avait choisi de déposer un amendement prévoyant de porter à 30 ans la peine de sûreté pour les personnes condamnées à la perpétuité pour un crime commis contre un policier ou gendarme. Timing heureux.

La famille élargie des Républicains y est aussi allée de sa photo devant le Palais Bourbon – les candidats aux régionales et aspirants présidentiables Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez inclus. Le Rassemblement national avait également demandé à ses élus de venir en force, afin de soigner une corporation à laquelle il fait les yeux de Chimène. Et qui est de plus en plus tentée, selon les sondages, de le lui rendre dans les urnes. En déplacement à Bordeaux, Marine Le Pen a surenchéri, et demandé des « conséquences pénales extrêmement dures » pour qui s’attaquerait à la police. Très à droite encore, les silhouettes de Robert Ménard, Philippe de Villiers ou du polémiste Eric Zemmour ont été aperçues.

«Tout ça c’est de la récup politique»

Manifester au côté de l’extrême droite, c’est bien ce qui a plongé la gauche dans l’embarras. Sans soutenir les revendications des syndicats de police, plusieurs ont tenté de justifier leur présence. Ainsi Yannick Jadot, tête de gondole d’Europe Écologie – les Verts (EELV), a dit sa « solidarité » avec la police, souhaitant « éviter qu’il y ait un schisme entre la police et la société ». Et puis aussi « ne pas laisser la police » dans les bras du RN. Le chef du PS, Olivier Faure, cuir sur les épaules, se veut lui compatissant : « ils n’ont pas les moyens de mener à bien leur mission ». Les Insoumis, absents, ont dénoncé une « manifestation à caractère ostensiblement factieux ».

« C’est stupide et insipide d’essayer de faire croire que si la peine de sûreté pour les crimes de policiers est rehaussée et l’automatisation des peines rétablie, cela empêchera ce jeune dealer présumé de tuer le policier Eric Masson », commente auprès du Parisien – Aujourd’hui en France Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des questions de sécurité. Et de faire la part entre « le malaise des policiers [qui] est réel », et les syndicats qui seraient « dans une compétition entre eux, dans la radicalisation ». S’il a de son côté « entendu le cri des policiers », le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a lui appelé, à l’Assemblée nationale, à ne pas « opposer la justice et la police ».

Au milieu de ses collègues, Gaël, quadra poivre et sel, chef de Brigade anticriminalité (BAC) en banlieue, confie son désarroi. « Tout ça, c’est de la récup politique. Mais je comprends, les élections arrivent ». Il poursuit, la colère froide contenue dans le masque : « Darmanin, son rôle, c’est d’être là. Mais il est déconnecté du terrain. Pour nous, il ne se passera rien. »

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