Manifestation de policiers : Gérald Darmanin défend sa participation – Le Monde

Spread the love
  • Yum
Des policiers manifestent devant l’Assemblée nationale, mercredi 19 mai 2021 à Paris.

Un millier de policiers sont rassemblés devant l’Assemblée nationale, mercredi 19 mai en début d’après-midi, pour un « rassemblement citoyen en soutien aux forces de l’ordre » inédit, à l’appel de quatorze organisations syndicales.

Devant une large banderole portant l’inscription « payés pour servir, pas pour mourir », les manifestants, pour la plupart aux couleurs des organisations majoritaires (Unité SGP-FO, Alliance, UNSA Police) ont investi une portion du quai d’Orsay, entre le pont de la Concorde et le pont Alexandre III.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les policiers manifestent à Paris pour réclamer des peines plus lourdes pour les agresseurs des forces de l’ordre

Premier syndicaliste à prendre la parole, Grégory Joron, secrétaire général délégué d’Unité-SGP police, s’est adressé aux parlementaires « de l’Assemblée nationale, maison du peuple » pour affirmer que la proposition de peine minimale « n’est pas liberticide, n’est pas inconstitutionnelle, mais urgente et nécessaire ». « Le problème de la police, c’est la justice », a ensuite asséné à la tribune Fabien Vanhemelryck, secrétaire national du syndicat Alliance, après avoir fait huer par les manifestants quatre décisions de justice – considérées comme trop laxistes – prononcées dans des affaires au cours desquelles des policiers ont été blessés. « Tant qu’il n’y a pas de justice, il n’y aura pas de paix », a poursuivi M. Vanhemelryck.

Le ministre de l’intérieur, Gerald Darmanin, doit être présent, ainsi que le numéro deux du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, qui a également annoncé sa venue avec « beaucoup d’élus » du parti. A gauche, les chefs du Parti socialiste, Olivier Faure, et du Parti communiste, Fabien Roussel, seront présents, tout comme l’écologiste Yannick Jadot. Seule exception, La France insoumise, qui voit dans les demandes des syndicats policiers un « cahier de revendications corporatives ».

Interrogé sur France Inter à propos de sa participation à la manifestation, M. Darmanin l’a défendue, assurant que « ce n’est pas baroque, c’est normal. J’apporte mon soutien aux policiers et aux gendarmes chaque jour depuis que je suis ministre de l’intérieur, et même avant. Je vais aller les saluer avec une partie de la classe politique, […] témoigner de mon amour et mon soutien. Il n’y a pas de soumission à un pouvoir quelconque. »

Sa présence à une manifestation syndicale, une « première », de mémoire de policier, a été vivement critiquée dans l’opposition. L’eurodéputé conservateur François-Xavier Bellamy a ainsi raillé un ministre qui manifeste « contre sa propre inaction ». « Son rôle est d’agir, pas de manifester », a aussi estimé Damien Abad, le patron des députés LR, dont « la quasi-totalité » sera présente.

Des « annonces non suivies d’effets »

D’abord prévu comme un moment de recueillement après la mort du brigadier Eric Masson, tué lors d’un contrôle à Avignon, et de Stéphanie M., à Rambouillet, à la fin avril, le rassemblement a pris une tournure revendicative autour de deux demandes principales : un plus grand soutien politique et financier aux forces de l’ordre, ainsi qu’une plus grande sévérité à l’encontre des agresseurs de policiers, gendarmes et pompiers.

Une dizaine de policiers venus du Vaucluse portent un t-shirt à l’effigie d’« Eric ». Certains participent à leur première manifestation. « Cela fait vingt ans que je suis dans la police et qu’on constate les mêmes problèmes », déplore un fonctionnaire de Cavaillon. « J’en ai assisté, à des obsèques de collègues. Il me reste quinze ans avant la retraite, j’espère que je n’aurai pas à revenir à Paris pour ce type d’occasion. »

Le groupe déplore des « annonces non suivies d’effets », surtout en matière d’effectifs. « Les cinq renforts qu’on nous a annoncés après la mort d’Eric Masson ne remplaceront pas les sept départs prévus dans notre commissariat », explique, par exemple, un policier du département.

Erwan Guermeur, secrétaire général du syndicat Unité SGP-Police en Seine-Saint-Denis, dénonce, quant à lui, une « instrumentalisation de l’action de la police par les gouvernements successifs », dont il considère que les annonces de réformes sécuritaires « sont rarement concrétisées sur le terrain ».

« Il faut que le message soit clair : toute personne qui touche à un policier doit être sanctionnée. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas », poursuit le représentant syndical, en faveur de la mise en place d’un renforcement de la réponse pénale pour ce type de délit, que le garde des sceaux, Eric Dupond-Moretti, et le premier ministre, Jean Castex, ont dit partager lors d’une rencontre avec les syndicats, lundi 10 mai.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « La police est résignée et ça ira de pire en pire » : à Avignon, la colère et l’émotion après le meurtre du brigadier Eric Masson

Plusieurs prises de parole de la part des syndicats sont prévues à la tribune à partir de 14 heures, après la diffusion de vidéos de « témoignages sur la réalité du terrain ». Le rassemblement doit se terminer, en début d’après-midi, par une minute de silence.

Parallèlement, le gouvernement a déposé mercredi un amendement prévoyant de porter à trente ans la peine de sûreté pour les personnes condamnées à perpétuité pour un crime commis contre un policier ou un gendarme. Cet amendement devrait être voté au cours de la semaine dans le cadre de l’examen à l’Assemblée du projet de loi d’Eric Dupond-Moretti pour la « confiance » dans la justice.

Dans le détail, l’amendement déposé mercredi explique, dans son exposé des motifs, qu’actuellement, en cas de perpétuité pour un meurtre commis sur des personnes dépositaires de l’autorité publique, la période de sûreté, qui est normalement de vingt-deux ans, peut être portée à trente ans ou porter sur l’intégralité de la peine, mais seulement en cas de crime commis en bande organisée.

Le Monde avec AFP

Leave a Reply

%d bloggers like this: