Make America Smart Again

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Make America Smart Again

Curiosité de la vie politique : les élections présidentielles américaines sont plus suivies en France que les dernières européennes. Il est vrai que les eurodéputés n’ont pas accès à la bombe atomique. Depuis mardi, nous avons l’impression de vivre la nuit la plus longue de notre vie.

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Quel bilan ?

La présidence Trump a permis à bon nombre d’écrivains et de journalistes politiques de commettre différents ouvrages sur son action, son passé, sa personne, ses membres de cabinets, etc. Le dernier en date, écrit par sa nièce, apporte un éclairage intéressant sur le terreau familial, même s’il n’est pas passionnant. Que ce soit Mary Trump (Trop et jamais assez), Bob Woodward (Peur) ou Michael Wolff (Le Feu et la Fureur et Siège), il y a un problème : on ne sait pas ce qu’a fait Donald Trump durant son mandat.

Ses partisans disent qu’il a redressé l’économie et fait baisser le chômage, oubliant qu’une partie des résultats obtenus sous son mandat sont le résultat de l’administration précédente. La réforme fiscale promise a effectivement baissé les impôts des ménages imposables et des entreprises, mais a eu pour résultat d’augmenter le déficit de l’État.

Quant aux relations internationales, on ne peut pas dire qu’elles ont été un long fleuve tranquille. Bob Woodward souligne l’obsession de Donald Trump pour l’accord KORUS. En quelques mots, il s’agit d’un accord avec la Corée du Sud, à la fois militaire et commercial. Donald Trump voulait absolument le révoquer, arguant que c’était un gaspillage d’argent public. Finalement, il ne pourra pas le faire. On passera très vite sur les relations avec la Chine, la Corée du Sud, le Mexique, l’Union européenne, l’Afghanistan, l’Iran, etc. Il serait plus rapide de faire la liste des États qui n’ont pas eu de difficulté avec ce POTUS.

On passera également très vite sur la médiocrité abyssale avec laquelle les questions de société, celle du racisme, la santé et l’épidémie actuelle de COVID-19 ont été gérées. Elles ne l’ont pas été. Alors, qu’a fait Donald Trump durant son mandat ? Il a joué au golf et il a tweeté.

Je tweete donc j’existe

Ma position privilégiée me permet de me moquer des parlementaires qui pensent que s’ils tweetent beaucoup, ils existeront politiquement. Étant charitable par nature, je ne donnerai pas les noms. Mais peut-on réellement leur jeter la pierre quand le Président des États-Unis d’Amérique passe ses journées à tweeter tout ce qui lui passe par la tête et commente toutes les émissions de télévision qu’il regarde ?  

Comme le rapporte Woodward, il pousse le délire narcissique jusqu’à demander à son secrétariat d’imprimer les tweets qui dépassent les 200 000 retweets. On ne peut pas non plus dire qu’il utilise les 240 caractères à bon escient, son vocabulaire étant composé d’environ 150 mots. Alphabétisé comme un enfant de 7 ans, il se nourrit également comme tel, au point qu’on se demande comment un homme de son âge, obèse, a pu résister au COVID-19.

Les habitués de Twitter connaissent bien les énervés du clavier, qui disent des sottises à longueur de temps, mais quand l’énervé en question est le président des États-Unis, ça suscite des vocations. À force de beugler « fake news » à longueur de journée et de tweets, cela finit par contaminer des gens raisonnables et raisonnés. Bret Easton Ellis, dans White, parlait d’une hystérisation de la société américaine, au point où les Américains, qui ne sont pas des animaux politiques comme les Français, se sont opposés les uns aux autres. De manière plus visuelle, American Horror Story – Cult souligne très bien cette fracture entre les pro et anti.

Donald Trump a montré une chose : on peut déstabiliser une nation avec Twitter. C’est dans ce contexte très agité que l’attention du monde s’est concentrée sur les États-Unis.

Tourisme électoral

Dans la nuit de mardi à mercredi (heure française), l’ambiance était calme même si on sentait une certaine appréhension. Dans l’après-midi du mercredi, on a commencé à voir fleurir des tweets de parlementaires français du Rassemblement National. Non seulement ils affichent leur soutien à Donald Trump, mais certains ont carrément traversé l’océan pour suivre l’élection présidentielle.

On s’interroge à plusieurs titres : est-ce le rôle d’un parlementaire français ? Les fonds des assemblées ont-ils été utilisés pour financer ce tourisme électoral ? Est-ce prudent de voyager alors que les Français sont confinés chez eux ? Est-ce respectueux du Parlement de délaisser ses travaux — l’agenda législatif est toujours très chargé à l’automne — pour aller boire un verre avec Steve Bannon, mis en cause par la justice américaine pour détournement de fonds ?

Le plus délicieux reste de les voir s’agiter sur Twitter, en hurlant à la fraude électorale, à la conspiration, à la traîtrise, etc. À travers Donald Trump, c’est leur survie qu’ils jouent. Depuis que Marine Le Pen est à la tête du parti, le Rassemblement National n’a jamais été aussi mal. Financièrement acculé, comptant de moins en moins d’adhérents et d’élus, le parti peut toujours claironner que ses idées font florès en France, cela ne se traduit pas dans les urnes.

À l’heure où ces lignes sont écrites, le résultat n’est pas encore connu. Peut-être faudra-t-il attendre plusieurs jours avant que le nom du 46e président des États-Unis soit certain. On espère que la politique américaine ne ressemblera plus jamais une émission de téléréalité.

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