A l’occasion des élections européennes, le divorce s’est aggravé entre le président et les Français modestes.

Par Publié aujourd’hui à 10h42, mis à jour à 15h34

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Ce n’est pas un hasard si c’est Gérald Darmanin qui est monté au créneau pour s’inquiéter de la fracture béante entre Emmanuel Macron et les classes populaires. La République en marche (LRM) ne doit pas devenir le parti des « bourgeois » et des « élites » sans « l’adhésion des classes populaires », a déclaré le ministre de l’action et des comptes publics dans un entretien au Point, publié le 6 juin. Certes issu de la droite, M. Darmanin vient lui-même d’un milieu modeste – sa mère était femme de ménage – et a été élu dans la ville de Tourcoing. Un pedigree qui lui permet, plus qu’à d’autres au sein du gouvernement et de l’entourage du président de la République, d’appeler l’exécutif à « parler plus au peuple ».

« Gérald Darmanin pointe une réalité », juge Brice Teinturier, le directeur général délégué d’Ipsos, qui rappelle que lors des élections européennes, 40 % des ouvriers et 27 % des employés ont voté pour le Rassemblement national de Marine Le Pen. Soit plus que la moyenne nationale (23,31 %). Le scrutin du 26 mai, qui a placé la majorité présidentielle juste derrière la liste conduite par Jordan Bardella, a encore accentué une réalité qui s’était imposée à l’élection présidentielle de 2017 : l’extrême droite continue à siphonner le vote populaire. Quant à l’électorat de La République en marche, s’il s’est largement étoffé du côté des Français aisés de droite, au détriment d’une partie qui l’a quitté pour revoter à gauche ou pour Europe Ecologie-Les Verts, il demeure toujours aussi faible parmi les catégories populaires.

« C’est notre faute »

« Structurellement, tout oppose l’électorat d’Emmanuel Macron et celui de Marine Le Pen, explique Brice Teinturier. D’un côté, on a un électorat urbain, diplômé, aisé, confiant dans l’avenir. De l’autre, un électorat angoissé par les fins de mois, que la mondialisation a broyé, inquiet face à l’immigration et en demande de sécurité et d’autorité. »

Les deux premières années du quinquennat n’ont pas permis de réduire cette fracture. Certaines décisions du gouvernement, comme la suppression de l’ISF ou la baisse de 5 euros des aides au logement, l’ont même accrue. Les mesures de l’exécutif qui s’adressaient directement aux catégories populaires – comme la suppression de la taxe d’habitation ou le dédoublement des classes de CP dans les quartiers défavorisés – n’ont pas non plus permis d’inverser la tendance. « Sans le grand débat et les 17 milliards d’euros que l’exécutif a mis sur la table pour sortir de la crise des “gilets jaunes”, le clivage aurait été encore plus marqué », estime Brice Teinturier.