Lutte contre le terrorisme : L’espace Schengen, un « sujet brûlant » dont s’empare Emmanuel Macron – 20 Minutes

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Emmanuel Macron, le 6 novembre 2020 à Paris. — Ludovic MARIN / POOL / AFP
  • A l’initiative d’Emmanuel Macron, la France, l’Autriche, l’Allemagne et l’UE tiennent mardi un mini-sommet par visioconférence pour tenter de muscler la réponse européenne au terrorisme.
  • Le président français s’était exprimé la semaine dernière en faveur d’une réforme « en profondeur » des règles régissant l’espace Schengen de libre circulation en Europe.
  • « La question de la réforme de l’espace Schengen est une histoire ancienne qui débute avec sa création dans les années 1980 », rappelle Sabine Saurugger, professeure à Sciences Po Grenoble.

Faut-il revoir les accords de libre circulation en Europe pour lutter contre le terrorisme ? L’accord de Schengen, qui porte le nom de la ville luxembourgeoise où il a été signé, est en crise depuis plusieurs années. Avec les attentats de Nice et Vienne, et l’attaque contre Samuel Paty, le dossier redevient une priorité en Europe, où de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer un contrôle plus important des frontières extérieures.

Alors qu’un mini-sommet doit réunir l’UE pour faire le point sur la lutte contre le terrorisme mardi, Emmanuel Macron a fait une fois encore part de son intention de 
refonder « en profondeur » les règles régissant l’espace Schengen, estimant que la lutte contre l’immigration clandestine fait partie de la lutte contre le terrorisme. Il compte présenter de premières propositions en ce sens au Conseil européen de décembre, avec l’objectif « d’aboutir sous la présidence française » du Conseil, en 2022.

« On n’a pas attendu Emmanuel Macron »

Avec les attentats de Nice et Vienne, « une fenêtre d’opportunité s’est ouverte pour Emmanuel Macron, de réitérer ses propositions de réforme qu’il a déjà annoncées l’an dernier, en comptant cette fois sur un soutien plus large des autres Etats membres », explique Sabine Saurugger, professeure des universités en science politique et directrice de la recherche à Sciences Po Grenoble.

« La question de la réforme de l’espace Schengen est une histoire ancienne qui débute avec sa création dans les années 1980 », rappelle-t-elle. En temps de crise, elle est devenue un « sujet brûlant » de l’Europe. « L’espace Schengen s’est construit en temps de paix, mais on se rend compte aujourd’hui qu’il doit être capable de gérer les temps de tensions en Europe », ajoute Edouard Simon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

« C’est l’ambition qui est portée par Emmanuel Macron dans ses déclarations. Même si au niveau européen, on n’a pas attendu le président français pour réformer l’espace Schengen », complète Edouard Simon. « C’est même dans le programme de travail de la Commission européenne », rappelle-t-il. La réforme du paquet Schengen doit être présentée au deuxième trimestre 2021 pour renforcer la gestion des frontières extérieures de l’Union et préserver la libre circulation des personnes au sein de l’espace européen.

L’impossible tâche des pays frontaliers

L’espace Schengen, c’est l’un des piliers de l’Europe : il garantit la libre circulation des personnes et des biens à l’intérieur de l’Union européenne. Il permet d’aller de Lisbonne à Varsovie ou d’Amsterdam à Bari sans rencontrer aucune frontière physique. Une liberté qui est accompagnée d’une lourde responsabilité pour certains Etats de l’Union. « Le problème de l’espace Schengen, c’est la gestion des frontières extérieures », rappelle Edouard Simon.

« Elle a été laissée de manière unilatérale à la charge des états-membres frontaliers. Alors même que la gestion de ces frontières est un enjeu pour l’Union toute entière. Mais ce qui s’est passé à Vienne montre bien que cette gestion concerne aussi les Etats qui ne sont pas frontaliers », explique-t-il. Les pays concernés par les arrivées de personnes migrantes sont évidemment les pays du sud comme l’Italie ou la Grèce, mais également la Pologne, qui accueille des Biélorusses ou des Ukrainiens fuyant les conflits dans leur pays.

Une question au cœur de l’Europe de demain

Quelles solutions concrètes proposent les chefs d’Etat, dont Emmanuel Macron, pour renforcer les contrôles aux frontières de l’Europe ? Difficile à dire précisément, tant la question est complexe. Les pistes dévoilées jusqu’ici montrent que l’Europe s’oriente vers un renforcement des forces européennes de contrôles aux frontières Frontex. « Il s’agit aussi de renforcer la coopération, et de créer un nouveau cadre, permettant des règles contraignantes », ajoute Sabine Saurugger.

Et le sujet devient de plus en plus prégnant en Europe. « On a une montée en puissance de ces thèmes depuis 2016 », note Edouard Simon. « A tel point que le président du Conseil européen Charles Michel parle de l’autonomie stratégique européenne comme du projet d’une génération. Les questions régaliennes comme la gestion des frontières, la sécurité et la défense, sont en train de devenir le cœur de la coopération européenne, qui était jusqu’à présent polarisée sur les questions économiques », fait-il remarquer. Un défi de taille qu’Emmanuel Macron devra défendre début 2022, en pleine campagne présidentielle.

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