L’open source en France: une bonne activité pendant la crise

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Les mascottes de Linux (Tux) et de GNU. Image: 27m3d92br2 / Wikimedia Commons / CC by-sa

Le CNLL (Union des entreprises du logiciel libre et du numérique ouvert) publie une enquête* réalisée auprès de 140 entreprises** et d’une vingtaine de personnalités de l’écosystème, qui dresse un état des lieux de la filière open source en France. D’après le profil des entreprises interrogées, le secteur serait constitué en majeure partie (94%) de TPE/PME, d’un âge médian de 11,5 années, et avec «un fort potentiel d’internationalisation. En effet, ces entreprises réalisent, en moyenne, 20,5% de leur chiffre d’affaires hors France (vers l’Europe en particulier – 56,1% des exportatrices, -, devant l’Amérique du Nord – 25,8 % – et l’Afrique – 18,2%), contre 16,7% dans le secteur numérique.» Plusieurs logiciels créés par des Français et/ou dont les éditeurs sont en France sont même des leaders mondiaux, relève l’étude, citant Symphony, Videolan et Docker.

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Clientèle très diversifiée

Pendant la crise du Covid, la plupart des entreprises (64,6%) interrogées ont déclaré une activité stable (40,8%) ou en augmentation (23,8%). Leurs clients sont très diversifiés dans le secteur privé (pour 93,3%) et dans le secteur public (pour 82,8%), notamment dans les collectivités territoriales.

Leurs dirigeants sont confiants dans l’avenir de leur entreprise et de l’écosystème des logiciels libres et open source. 61,1 % des entreprises interrogées comptent recruter cette année.

Bien que l’activité de service reste très présente, observe le CNLL, «on peut noter qu’une majorité (57,1%) des sociétés sont éditrices de logiciels. Les modèles économiques évoluent en conséquence naturellement vers les solutions (facturation à l’usage, vente de licences, freemium / open core…).» En détail:

– 57,1% sont éditrices de logiciels.

– 51,1% commercialisent du SaaS / cloud.

– 78,4% facturent au moins certains services au temps passé.

Éditeur de logiciels, “un métier insuffisamment reconnu”

Le métier d’éditeur n’est pas assez reconnu, relève l’étude. Jean-Paul Smets, CEO de Rapid.space et de Nexedi, commente:

« Alors que 90% du logiciel libre est développé par des éditeurs, ce métier est insuffisamment reconnu, et trop souvent nié pour des raisons idéologiques. Qu’ils soient une entreprise, une association ou une fondation, que leur but soit lucratif ou non, les éditeurs ont une organisation, des salariés, une roadmap et des enjeux économiques. Le logiciel libre ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche!»

Pour expliquer le fonctionnement de la filière, Gilles Lehoux, responsable de la Business Unit Open Source chez Atos, explique:

«Les grandes organisations publiques et privées s’adressent généralement à de grandes entreprises qui sont en mesure de répondre à leurs enjeux techniques et contractuels.

Dans le cadre de marché open source portant sur des dizaines voire des centaines de logiciels open source, quelles que soient ses compétences, aucune entreprise ne dispose d’experts impliqués sur toutes les technologies. C’est pour offrir une couverture totale que nous avons travaillé avec le CNLL.
Cette collaboration avec les entreprises de la filière open source permet de valoriser la diversité de nos expertises et nous permet ainsi collectivement d’assurer la maintenance corrective de 350 logiciels libres utilisés par l’ensemble des ministères français.» (voir ce billet)

Les entreprises qui ont répondu ont des établissements en:

– Ile-de-France, 43,3%.

– Auvergne-Rhône-Alpes, 17,9%.

– Occitanie, 17,9%.

– Pays de la Loire, 12,7%.

– Bretagne, 11,9%.

– Provence-Alpes-Côte d’Azur, 11,9%.

– Nouvelle-Aquitaine, 9,7%.

Les autres régions sont à 6% ou moins.

“L’État et les régions doivent aller plus loin”

Seuls un tiers des dirigeants interrogés de la filière estiment que la France met en œuvre une stratégie industrielle open source pour reconquérir de la souveraineté numérique, tandis que deux tiers «estiment que les administrations n’encouragent pas suffisamment les logiciels libres et les formats ouverts, comme le prévoit pourtant la loi depuis 2016, en particulier au niveau de la commande publique.

La commande publique occupe en effet une part importante dans l’activité des entreprises du libre (82,8% ont des clients dans le secteur public contre 93,3% dans le secteur privé). Ce chiffre confirme l’importance des politiques publiques pour développer la filière du logiciel libre.»

Selon le CNLL, «l’État et les régions doivent aller plus loin dans les actions de définition et de mise en œuvre d’une véritable stratégie industrielle open source, en aidant les administrations à s’engager activement dans l’écosystème du libre et en donnant une vraie priorité à l’achat de produits et services open source français et européens, notamment issus de PME».

«De fortes disparités régionales sont par ailleurs ressorties de l’étude. La plupart des régions ne communiquent pas autour d’initiatives en faveur d’un numérique libre et responsable, et seulement 9,7% des répondants rapportent que leur région a déjà une stratégie numérique appuyée sur le libre, avec des résultats tangibles. La région Nouvelle-Aquitaine fait ainsi figure d’exception et d’exemple, avec un soutien au logiciel libre et à l’open source depuis le début des années 2000.»

Pour Stéfane Fermigier, fondateur d’Abilian, coprésident du CNLL, « la filière française du libre se voit, à juste titre, comme le fer de lance d’un numérique éthique et responsable, et de la reconquête de sa souveraineté numérique par la France et l’Europe. Ce sont des défis colossaux, que les approches collaboratives de notre écosystème, fondées sur nos valeurs d’ouverture, de transparence et d’inclusivité, pour une innovation au service de la société dans son ensemble, peuvent relever. Elle a pour cela besoin du soutien de toutes les parties prenantes, pouvoirs publics en tête, et de renforcer les collaborations en son sein entre tous les éléments de la chaîne de valeur du numérique ouvert.»

“Les Big Tech déresponsabilisent les DSI”

Parmi les inquiétudes et critiques exprimées dans cette étude, le CNLL expose:

«Les Big Tech saturent l’espace informationnel des décideurs publics et privés, rendant peu audibles les autres acteurs, notamment les entreprises de la filière open source française. Elles rendent captifs les utilisateurs de formats propriétaires, avec des coûts de sortie exorbitants qui leur garantissent des rentes régulièrement dénoncées (Cigref, 2019).

Elles déresponsabilisent les DSI auxquelles elles vendent des solutions “clés en main”, en tant que “leader du marché”, en participant de leur perte de maîtrise des systèmes d’information, notamment avec le développement du cloud.

Avec des tarifs préférentiels, elles créent des habitudes de travail, dans les écoles, collèges, lycées, universités et grandes écoles (alors que pour l’enseignement supérieur, le logiciel libre est censé avoir priorité) qui accoutument les utilisateurs et renforcent leur résistance au changement par la suite.»

L’étude cite ainsi François Aubriot, fondateur de DotRiver, vice-président de Ploss Rhône-Alpes, cluster CNLL de la région Auvergne Rhône-Alpes, qui regrette:

«Selon le Code de l’éducation, le service public de l’enseignement supérieur doit mettre à disposition de ses usagers des services et des ressources pédagogiques numériques où les logiciels libres sont utilisés en priorité mais hélas, la commande publique ne suit pas et les universités se fournissent auprès des GAFAM.»

A contrario, Stéphane Dumond, chef de bureau IT à la gendarmerie nationale (modèle de transition vers le Libre s’il en est):

«La seule stratégie qui fonctionne pour promouvoir le logiciel libre en entreprise ou dans l’administration jusqu’à l’OS du desktop lui-même: vaincre progressivement la résistance au changement en apportant de nouvelles fonctionnalités (a minima aucune régression), tout en bénéficiant de sponsors internes de haut niveau.»

* Enquête menée par Will Strategy pour le CNLL, le Pôle Systematic Paris-Région, Solibre (association des professionnels de l’open source d’Occitanie) et Nouvelle Aquitaine Open Source (NAOS, ex-Aquinetic).

** Des micro-entreprises (moins de 10 salariés) pour 59%, des PME (moins de 250 salariés) pour 35,1%.

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