Livraisons, effets secondaires, mutations du Covid… le Monsieur vaccins de Pfizer dévoile tout – Le Parisien

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Il est lui aussi dans les starting-blocks. D’ici à quelques jours, David Lepoittevin, le Monsieur vaccin de Pfizer-France pilotera les premières livraisons des doses produites par le géant américain et son partenaire allemand BioNTech. A ce biochimiste de s’assurer que les objectifs (quantités, calendrier) fixés par le gouvernement sont respectés. Il nous détaille en exclusivité la manière dont les lots seront acheminés mais répond aussi sur les effets indésirables du vaccin et sa sécurité.

Le gouvernement veut démarrer la vaccination dimanche. Serez-vous au rendez-vous ?

DAVID LEPOITTEVIN. Les camions sont prêts à partir de notre usine de Puurs en Belgique, près d’Anvers où sont produits l’ensemble de nos vaccins pour l’Europe. On n’attend plus que le go des autorités sanitaires françaises (NDLR : jeudi matin) pour appuyer sur le bouton et la parution d’un décret au Journal officiel. Dès qu’il sera publié, nos livraisons démarreront. La première tranche portera sur 2 millions de doses au total sur 30 millions précommandées par la France. Elle sera échelonnée du 26 décembre à la fin janvier.

Jürgen Stock, le patron d’Interpol, parle de risque mafieux de vols, de cambriolage d’entrepôts, de sabotage et les antivaccins sont sur le pied de guerre. Prenez-vous ces menaces au sérieux ?

Ce sont des risques qu’on ne peut effectivement pas exclure. Les doses seront donc acheminées sous très haute sécurité. Nous sommes habitués à gérer ce type de menace. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place un processus de traçage très élaboré. Les véhicules qui vont livrer les hôpitaux et les plates-formes seront tracés en temps réel. A chaque seconde, on saura où se trouvent les doses et tout sera fait pour qu’elles arrivent en temps et en heure.

Redoutez-vous la contrefaçon ?

On peut craindre qu’il y ait des tentatives. Si vous voyez des lots proposés sur Internet, surtout ne les achetez pas. Ce seront forcément des produits d’origine frauduleuse. Mais là encore, on sait faire pour lutter contre. L’expérience du Viagra, parmi nos anciens médicaments historiques nous a beaucoup appris en la matière.

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Un tour de l’actualité pour commencer la journée

Vos vaccins doivent être stockés à -70 degrés, ce qui est une contrainte lourde. Ne craignez-vous pas des ruptures dans la chaîne du froid ?

Ils sont relativement fragiles, mais cela ne devrait pas poser de difficultés majeures car nous avons pensé le circuit d’approvisionnement en fonction, sachant que notre responsabilité sur la bonne conservation des lots s’arrête à la livraison. Une fois arrivés dans les super congélateurs, après avoir voyagé dans des caissons spéciaux alimentés en neige carbonique, ils pourront se conserver 6 mois. Et ils peuvent aussi être conservés une semaine en réfrigérateur normal.

Le virus « mutant » anglais va-t-il amoindrir l’efficacité de votre vaccin ?

A ce jour, il n’y a aucune raison de penser que notre vaccin ne serait pas efficace. A chaque fois que des mutations du virus apparaissent, on regarde, on vérifie qu’il garde bien les mêmes propriétés, à savoir une protection à 95 % contre la maladie. Dans la vingtaine de mutations que l’on a déjà expertisées, l’efficacité a été confirmée à chaque fois. Il est toujours aussi performant.

Avez-vous tout de même un plan B, si jamais avec ce virus anglais, les choses tournent mal ? Peut-on vraiment croire Ugur Sahin de BioNtech quand il assure que techniquement dans ce cas, vous seriez « capable de délivrer un nouveau vaccin dans les 6 semaines ».

Ce qui est certain, c’est qu’avec ce nouveau type de vaccin à ARN messager, on peut réagir beaucoup plus vite. Si un virus mute fortement, on ne repartirait pas de zéro. Cette nouvelle technologie est vraiment révolutionnaire. Dans les prochaines années, je suis prêt à parier qu’elle va s’imposer en matière de fabrication de nombreux vaccins.

Mais elle fait peur. Un vaccin qui envoie un message d’essence génétique à une cellule pour que celle-ci produise des anticorps, c’est totalement nouveau et c’est la première fois que l’homme est vacciné avec, non ?

C’est une première. Mais là aussi on ne part pas de rien. Cela fait vingt ans que l’on teste cette technologie, y compris sur l’homme dans le cadre de projets en développement. On a donc du recul. Et je tiens à rassurer tous ceux qui s’inquiéteraient : ce vaccin ne modifie en aucun cas votre ADN. Il n’affecte en rien le programme génétique dont notre corps est doté.

Quand avez-vous su que c’était celui-là qui pouvait marcher et pas un autre ?

Vers le mois de mai. On avait quatre candidats vaccins en développement. Mais celui-là s’est avéré le plus efficace. Et si on est allé aussi vite, c’est que très tôt on a employé les moyens nécessaires et accepté de prendre des risques. Plus de 2 milliards de dollars ont été investis dans ce vaccin sans demander aucun fonds public, car on voulait garantir notre indépendance.

Livraisons, effets secondaires, mutations du Covid… le Monsieur vaccins de Pfizer dévoile tout

A quels effets indésirables doivent s’attendre les personnes âgées qui vont le faire ces prochains jours ?

Principalement à une douleur au point d’injection et à des maux de tête ou des états de fatigue transitoires, qui ne devraient pas durer plus de 48 heures. C’est classique sur une vaccination. Notre essai de phase 3 mené sur plus de 44 000 personnes n’a montré aucun effet secondaire sévère et notre vaccin est bien accepté. C’est également ce qui remonte des campagnes en cours au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Quatre personnes qui ont reçu votre vaccin ont eu une paralysie faciale, appelée paralysie de Bell… Inquiétant, non ?

Pour l’instant, il n’y a pas de base claire permettant de conclure à une relation causale entre le vaccin et la survenance de ces paralysies. Ce sont par ailleurs des paralysies bénignes. Elles surviennent brutalement et sont d’origine inflammatoire mais se traitent bien. Cela dit, on continue de regarder attentivement tous les effets secondaires. Pendant deux ans, on va suivre tous les patients qui ont accepté de participer à notre essai.

Malgré tout, on n’a que trois mois de recul dessus, Si jamais il s’avérait qu’il produit des effets indésirables inquiétants, que ferez-vous ?

Il n’est pas question de jouer avec la santé des gens. Même si nous sommes très confiants dans sa bonne tolérance, il est évident qu’on prendra toutes les mesures nécessaires, et s’il le faut, on suspendra la fabrication. Ce vaccin est d’abord une très bonne nouvelle pour les Français et pour la population mondiale, il a le pouvoir de sauver des vies et de permettre le retour à une vie normale.

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