L’incroyable (et périlleuse) révélation sur Lucid Motors, rival de Tesla

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Lucid Motors a connu un début d’année décisif pour son avenir en tant que constructeur automobile concurrent de Tesla. Son calendrier planifiait un début de commercialisation de sa toute première voiture électrique au printemps, et Bloomberg annonçait le 11 janvier que Lucid fusionnerait avec la société d’acquisition à vocation spécifique (SPAC) Churchill Capital IV, dans le but d’entrer en bourse.

L’engagement de l’entreprise californienne sur le marché des capitaux fut officialisé plus tard par son patron, Peter Rawlinson, dans une interview avec la même agence de presse. Près d’un mois après la première dépêche dévoilant les détails de l’opération entre Lucid Motors et Churcill Capital IV ($CCIV), voilà que de nombreux actionnaires s’étaient déjà précipités sur le titre, dans l’attente de la fusion.

Tous ne savaient pas, jusqu’alors, que le premier rapport de Bloomberg datant du 11 janvier était complètement faux. Sur les cinq différentes sociétés d’acquisition à vocation spécifique avec lesquelles Lucid Motors discutait, Churchill Capital IV ne figurait pas dans la liste… Alors que l’action CCIV gagnait plus de 90 % sur le mois de janvier, ni le SPAC ni le constructeur n’avaient envisagé de discuter d’une opération ensemble.

La fake news de Bloomberg, restée secrète

Bloomberg s’est trompé, et pourtant, en février, Lucid Motors ne contredisait pas l’agence. La révélation de toute l’affaire a pu être faite avec un récent dossier envoyé par le constructeur à la SEC (le formulaire S-4), portant plusieurs informations jusque-là confidentielles, notamment sur la chronologie des événements précédents l’introduction en bourse.

Nos confrères et consœurs de Motley Fool en publiaient le passage du dossier écrit par Lucid concernant l’agence et son SPAC : « Le 11 janvier 2021, Bloomberg a publié un article indiquant que Churchill était en discussion pour acquérir Lucid. Cependant, au moment de la publication de l’article, Churchill et Lucid n’avaient eu aucune discussion concernant un éventuel regroupement d’entreprises ».

La suite est tout aussi périlleuse. Avec ce rapport erroné, Bloomberg a forcé les pourparlers entre les deux sociétés, alors que Churchill Capital IV aurait été créé, au départ, dans le but de fusionner avec une entreprise totalement différente : la filiale DIRECTV, de AT&T. « À la suite de l’article de Bloomberg, Churchill a commencé à explorer un éventuel regroupement d’entreprises avec Lucid en raison de son intérêt pour l’industrie des véhicules électriques », confirme Lucid Motors dans son rapport.

Le 10 février, alors que le titre de CCIV avait déjà gagné plus de 227 %, Bloomberg revenait à l’attaque avec une nouvelle dépêche sur la fusion de Lucid Motors avec Churchill Capital IV. Une semaine plus tard, l’agence s’appuyait sur des sources proches du constructeur pour confirmer que le décompte avait été lancé avant une introduction en bourse sur le NASDAQ. CCIV était à son plus haut, en ayant gagné 427 % depuis le début de l’année.

SPAC Lucid CCIV 2021

© Apple Bourse

Lucid Motors en difficultés ?

Sur sa dernière séance, le cours de Churchill Capital perdait plus de 7 %, prolongeant la correction débutée le 16 mars, qui a conduit le SPAC à perdre plus de 27 % sur son cours. Avec cette nouvelle, les actionnaires ne devraient pas se montrer très confiants pour la suite. Les SPAC possèdent déjà l’inconvénient de ne pas offrir une visibilité très forte pour les investisseurs, à la différence des introductions classique, comme les offres publiques d’achat (OPA).

Depuis le rapport de Bloomberg du 11 janvier, puis la confirmation en février, l’introduction en bourse de Lucid Motors lui a ajouté une pression supplémentaire à devoir défendre son sérieux et respecter son calendrier de commercialisation. Le plus tôt sera le mieux : le PDG de Lucid Motors a repoussé la commercialisation de la Lucid Air (son premier modèle) au second semestre, quand la voiture électrique devait être lancée au printemps.

Le constructeur doit se battre pour maintenir la confiance avant son introduction en bourse. La communication autour de la marque s’est accélérée. Récemment, nous pouvions découvrir une vidéo sur la chaîne YouTube de Lucid Motors où son PDG en présentait les qualités en essayant un prototype. Un partenariat avec Dolby Atmos fut également dévoilé.

De quoi suffire à oublier le parcours brouillon de la marque pour atteindre Wall Street ? Les investisseurs le savent : les startups de la mobilité électrique peuvent atteindre le succès comme Tesla, mais également le cauchemar, comme Nikola Motors.

Projection déraisonnable

Difficile de prédire à quelle date Lucid Motors fusionnera avec son SPAC, et cotera sur le NASDAQ. L’horizon n’est plus très clair alors que la dernière valorisation mentionnée, de 24 milliards de dollars, n’est déjà plus d’actualité.

Derrière la présente correction du Churchill Capital IV, les futurs actionnaires de Lucid Motors se sont retirés en nombre. À l’unanimité, les cabinets d’analyse avertissent sur la projection déraisonnable du poids du constructeur en bourse.

À 24 milliards de dollars de valorisation, Lucid Motors serait estimé à plus de 5 fois ce que son chiffre d’affaires annoncé pour 2022 prévoit. La surestimation se poursuit aussi sur les chiffres annoncés par la société pour 2023, qui serait deux fois trop optimiste.

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